Ih'uL, i3 mars
Chine. En dépit des protestations de Caylus. elle appelle bientôt aux lundis des amateurs haut placés, tels que le duc de la Rochefoucauld, qui se mêlait de peinture, le marquis de Marigny, frère de madame de Pompadour et grand protecteur des arts, l'abhé de Saint-Non, qui se consolait de sa disgrâce politique en gravant de jolies vues de Rome, et même à l'occasion quelques littérateurs, comme Marmontel, afin d'ahmenter les causeries et d'exciter, par la divergence des points de vue, la verve des convives. Grâce à cette diversité d'éléments, les dîners du lundi sont peut-être plus animés encore que ceux du mercredi; il y règne plus d'abandon; le ton en est un peu plus \i{, et l'adroite a présidente » a parfois fort à faire pour maintenir les propos dans les strictes limites de la bienséance. Lorsque éclate quelqu'une de ces incartades, le coupable est généralement Caylus, et le (( Grand Croquant ' )> se voit souvent rappelé à l'ordre pour la crudité de son langage et l'audace de ses anecdotes. Agréable conteur au reste, érudit et plaisant tour à tour, ayant l'instinct de la couleur et le don du détail pittoresque, il sait prendre avec ses « petits récits » toutes les oreilles de l'assemblée. « Il y a huit jours, écrit-il à Paciaudi^, que je contai au lundi que j'avais vu, dans un village de France, huit ou dix
I. Lettre de madame GcofTrin à Paciaudi, 12 août 1762. 2 Lettre du 20 mars 17GI. (Portraits intimes du xriii''- siècle, par Goncoiirt.)
CO LE ROYAUME DE LA RLE S AI N T-IION ORÉ .
petits enfanls iiuilcs et femelles qui faisaient la procession avec des brins de paille, mais qui, s'clant troussés jusqu'au-dessus du ventre, marchaient avec ordre, c'est-à-dire un petit garçon avec une petite fille. — Le tableau leur plut; je l'ai fait graver, et je vous envoie une eau-forte comme à tous ceux qui composent le lundi. J'ai fait écrire au bas Jeu d'enfant. l]n eiïet, les processions les plus graves, celles mômes des Égyptiens, ne sont point autre chose ».
Afin qu'aucun art ne fut exclu de ces belles réunions, la musique ù son tour est fréquemment appelée à charmer les convives. Un tableau qui date de cette époque — et qui fut probablement commandé par madame GeofFrin — la représente dans son salon, assise au milieu de quelques intimes; un musicien, que l'on croit être Rameau, se tient au clavecin, et la maîtresse de maison, tournée vers l'exécutant, prête à la mélodie une oreifie attentive ^ Un peu plus tard, quand Mozart, âgé de huit ans, Aint avec sa famille faire son premier séjour à Paris, le salon de la rue Saint-Honoré fut un de ceux où il se fit d'abord entendre ; madame GeoITrin se prit d'admiration pour le prodigieux enfant, s'intéressa vivement à lui et aux siens ; et lorsqu'ils quittèrent Paris pour s'installer à Vienne , elle écrivit en leur faveur au prince de Kaunilz, premier ministre d'Autriche, une lettre de