‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 37 sur 221 · I.K nOYALME I)i: I. V nUE S.VINT-IIONORÉ . G · texte numérisé non relu

I.K nOYALME I)i: I. V nUE S.VINT-IIONORÉ . G

d'un Nalct de cliaaihie de madame la Dauphine, elle m'a paru fort à son aise au milieu de ces grands seigneurs et de ces grands esprits. »

A table, madame Geofîrin lit à l'assistance une lettre qu'elle vient de recevoir du roi de Pologne Ponialowski, et qui, de l'avis du jeune Costa, « est bien ce qu'il a ouï lire de mieux écrit ». Puis vient le tour d'une lettre de Voltaire, où Fréron est déchiré à belles dents. Vers la fm du dîner, on annonce un nouveau convive, et l'on voit entrer « un vieux bonhomme tout décrépit, sourd, et que l'on porte à bras ». C'est le président Hénault, l'ami de la Reine, alors Agé de quatre-vingt-deux ans, mais fort .spirituel encore, malgré son délabrement, et « d'une gaîté charmante » , en dépit de sa surdité. On s'empresse autour de lui, chacun lui fait fêle ; et il semble dès lors a qu'il n'y en ait plus que pour lui » ,

Ne croirait-on pas, à lire cette leste et vivante description, assister — après un siècle écoulé — à l'une de ces incomparables assemblées où le mérite et le talent donnaient seuls droit de cité, où la fusion des classes semblait pour quelques heures s'accomplir d'ellemême, où artistes et grands seigneurs fraternisaient dans une union si complète, qu' a elle faisait en quelque sorte disparaître l'inégalité des rangs * » ? Et ne comprend-on pas l'exclamation' du savant italien qui, au

I. Lettre du dessinateur Cochin à madame de la Ferté- Imbault.

sortir d'un lundi, s'écrie avec enthousiasme : « Je croyais voir ces soupers d'Athènes, où l'on ne s'entretenait que d'arts et de sciences * ! »

Il est aisé d'imaginer qu'une hospitalité si rare ne manqua pas de faire du bruit dans le monde, et que la réputation de l'hôlel de la rue Saint-Honoré franchit bientôt les barrières de Paris pour se répandre en Europe. Quelques éti'angers de distinction, diplomates accrédités auprès de la cour de Versailles ou visiteurs de passage, s'y firent d'abord présenter ; l'accueil empressé qu'ils reçurent les encouragea à amener de leurs compatriotes. Peu à peu ce fut une mode ; il fut admis dans toutes les capitales qu'un homme de mérite ne pouvait débarquer à Paris, sans faire aussitôt que possible la connaissance de madame Geoffrin, et aller chercher dans son salon ses lettres de naturalisation. « Les princes, dit Sainte-Beuve, y venaient en simples particuliers ; les ambassadeurs n'en bougeaient dès qu'ils y avaient pris pied, »

Les Carnets dont j'ai déjà parlé sont instructifs à cet égard ; il semble que l'on parcoure une sorte d'almanach de Golha, qui, aux illustrations de la naissance, ajouterait celles de l'esprit et du talent. Les noms qui s'y inscrivent deviennent bientôt si nombreux que, pour se retrouver dans cette multitude , madame

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