‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 40 sur 221 · I. Lettre à lady Ilervey, 3 septembre · texte numérisé non relu

I. Lettre à lady Ilervey, 3 septembre

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Ce fut le 12 septembre 1766 qu'il débarqua à Paris, et il courut, dès le lendemain, frapper à la porte de l'hôtel de la rue Sainl-IIonoré ; madame GeofTrin, par extraordinaire, se trouvait à la campagne ; comme on était au samedi et qu'elle ne recevait pas le dimanche, force fut de patienter deux jours avant de faire connaissance. Mais, de part ni d'autre, on ne perdit rien pour attendre ; et, à la première entrevue, une complète sympathie s'établit entre ces deux esprits également fins, sagaces et pénétrants. Wal2)ole, tout l'hiA'er qui suivit, ne bougea de chez madame GeofTrin ; et ses lettres, pendant cette période, ne sont qu'un dithyrambe en l'honneur de sa nouvelle amie, si charmante et si bonne « qu'il jurerait que ce fût lady Ilervey en personne », ce qui était tout dire. Il lui découvre chaque jour une qualité nouvelle : « un des meilleurs entendements qu'il ait jamais rencontrés » ; une science du monde, un bon sens, « que l'on ne saurait imaginer » ; une « merveilleuse promptitude à découvrir les caractères », avec une (( incroyable pénétration pour aller au fond de chacun » ; bref, c'est u une femme extraordinaire », et il en est si fort engoué, qu'il va jusqu'à lui pardonner, lui, le plus susce])tlble des hommes, le léger ridicule quelle a jeté sur lui en l'affublant du surnom de « nouveau RicheHeu * ». Cette flambée d'enthousiasme eut l'éclat d'une hme

1. Lettres des ï4 novembre, 3 cl i3 octoJjro, 21 novciuljre 1-65, 25 janvier 1766, etc. etc. (General Correspondence).

de miel, et aussi la brièveté. Madame du Deffand entra bientôt en scène ; et Walpole, touché plus qu'il ne se l'avouait à lui-mcme de la passion étrange cpi'il avait inspirée à celle qui, jusqu'à soixante-dix ans, n'avait jamais aimé personne, déserta un beau matin la rue Saint-Honoré pour passer, avec armes et bagages, dans le camp ennemi. De ce moment, et du jour au lendemain, son altitude et son langage changèrent du tout au tout à l'égard de madame GeoIIrin. Non seulement il ne met plus les pieds chez elle, mais, dans sa correspondance, tantôt il l'accable d'un dédaigneux silence, qu'il ne rompit même pas a l'occasion de sa mort, tantôt il la prend pour cible, raille durement (( la Geofîriniska », attaque avec aigreur ses petits travers, et notamment son penchant innocent pour les tctes couronnées, qu'elles soient russes, autrichiennes ou polonaises. Il va plus loin encore, car il détourne maintenant ses amis, en termes insultants, de l'hospitalière demeure dont il oublie qu'il fut naguère un des plus assidus et reconnaissants convives. (( Vous seriez, écrit-il à son ami Conway, promptement dégoûté de cette maison, où vont tous les beaux esprits et tous les faux savants, et où ils sont aussi impertinents que dogmatiques. » A cette nomenclature des habitués du salon de la rue Saint-IIonoré, Walpole, à juste titre, aurait pu ajouter les ingrats.

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