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8o LE ROYAUME DE LA RUE S AI NT- Il 0 N O UÉ .
amis, elle n'y épargne pas ses peines; dès qu'elle n'y peut plus rien, elle se détourne, ferme ses yeux et ses oreilles, et, comme elle dit, u pétrifie son cœur ». C'est le reproche que lui adresse, sous une forme plaisante, l'abbé Galiani : u Madame Geoffrin, dit-il, a le tic de détester tous les malheureux, car elle ne veut pas l'être par le spectacle du malheur d'autrui. Cela vient d'une belle cause : elle est sensible, elle est âgée, elle se porte bien ; elle veut conserver sa santé et sa tranquillité. D'abord qu'elle apprendra que je suis heureux, elle m'aimera à la folie. » Loin de s'en cacher, elle s'en vante, et érige sa méthode à la hauteur d'un principe : {( Je ne vous ai pas écrit — explique-t-elle un jour * à l'un de ses familiers frappé d'une cruelle disgrâce politique — parce que je vous voyais si malheureux, que je n'aurais su que vous dire. Les consolations sont non seulement inutiles, mais elles sont un surcroît de peine. . . Quant à mol, je ne cherche plus qu'à engourdir ma sensibilité, surtout pour les objets qui m'échappent. » Il lui faut autour d'elle des visages heureux, et elle ne supporte point de demeurer, fut-ce pour un moment, dans une atmosphère de tristesse. La petite scène racontée par Diderot à mademoiselle Volland^ est caractéristique à cet égard : madame Geoffrin arrive un
1. LcUre à Paciaudi, 26 a\ril 1763. — l^aciaudi venait d'être destitué de son emploi de biLliotliécaire, et réintégré dans son couvent, où il se morfondait.