‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 48 sur 221 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'iiumeur grondeuse et autoritaire de madame GeofTrin. — Burigny, son <( majordome ». — La discipline de son salon. —

— Portrait physique de madame Gcoflrin. — Sa toilette. — Son existence intime. — L'emploi de sa journée. — Son hôtel.

— Sa fortune. — Ses relations avec la Société de Saint- Gobain.

L'humeur tyranniquc et grondeuse qu'on a vue se manifester au chapitre précédent est encore l'une des particularités du caractère de madame Geofîrin ; et l'indocile Marmontel n'en eut pas seul le privilège. Cette disposition s'étendait au contraire à tous ceux qu'elle honorait de son amitié, et qu'elle avait une fois admis au nombre des sujets de son royaume. Entrer dans son intimité, c'était, on le savait, accepter par avance une discipline rigoureuse, dont il ne faisait pas bon s'écarter ; car, si les conseils qu'elle prodiguait étaient généralement judicieux et sages, « elle se mettait véritablement en colère », dit Gleichen,

contre ceux qui hésitaient à les suivre, colère qui se traduisait, d'habitude, non par des violences de langage, mais par un refroidissement subit, une sorte de petit « dépit sec » fort redouté des gens de son entourage.

Dès le début de son règne, avant que la durée n'en ait consacré le prestige, ses amis des premiers jours subissent déjà ce despotisme, et s'en plaignent d'une manière plus ou moins discrète. « Madame a toujours raison, gémissait quelquefois le vieux Fontenelle, mais elle a raison trop lot ! » L'âge ne lit, comme on pense, qu'augmenter celle propension naturelle ; et ce qui n'était tout d'abord qu'une sorte de moyen de gouvernement devint tout doucement une manière d'être, un tic et une manie. Elle gronde à tout propos, « par plaisir », comme elle l'avoue, pour éprouver son autorité et s'en donner la jouissance. Celui qu'elle aime le mieux est le mieux grondé ; a c'est la plus grande marque de sa faveur et de sa direction*. »

Aussi, de tous ceux qu'elle assujettit à son joug, nul n'est-il opprimé d'une manière plus constante, et nul ne s'y soumet avec une plus déférente résignation, que son excellent et fidèle commensal, l'honnête Burigny, l'historien des papes, ce type achevé du savant d'autrefois, simple, naïf, respectable, « fort gauche, assure Diderot, et d'autant meilleur, car il faut toujours avoir

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