I . Sainte-Beuve, Lundis
LE ROYAUME DE LA ULE S A I N ï- IIO NOR É . QÔ
un petit ridicule qui amuse ses amis ». Convive de tous les diners, liôle obligé de toutes les réceptions, plus lard, au acclin de l'âge, logé dans la maison de la rue Saint-Honoré pour y être soigné de plus près, Burigny remplit dans le salon de madame Geoffrin comme un office de majordome, chargé d'y faire la police et d'assurer le maintien de cette décence extérieure qu'elle prise par-dessus tout. Par suite, s'il se produit quelque infraction au règlement, s'il éclate quelque imprudence de parole, c'est à lui qu'elle s'en prend pour n'y avoir pas mis bon ordre *. « Voilà quarante ans que j'ai l'honneur d'être votre serviteur, dit un jour le patient souffre-douleurs à sa rude bienfaitrice, et au moins trente-neuf que je suis votre esclave ! »
Toutefois, hàtons-nous de le dire, ce que madame Geoffrin appelait en riant son u humeur grondante » était tempéré le plus souvent par tant de bonne grâce, d'à-propos, de réel intérêt pour ses victimes, que ceux qu'elle a^ait le plus vivement malmenés ne lui gardaient pas longtemps rancune, et que plus d'un prétendait même y trouver du plaisir. Nous avons sur ce point un témoignage qui n'est pas suspect, celui d'Horace Walpole, qui ne brillait, à coup sûr, ni par la bienveillance, ni par l'aménité du caractère. Un jour qu'il avait la goutte, madame Geoffrin le vint voir,