Sainte-Beuve, Lundis
96 lE ROYAUME DE LA RUE S AIN T-HON ORÉ .
s'assit à son chevet, et, nonobstant son état de souffrance, le morigéna sans ti'êve et sans pitié. Quand elle partit enfin, après deux bonnes heures de semonce, elle le laissa positivement enchanté : « Elle a, écrit-il séance tenante à lady Hervey \ une manière de reprendre qui me charme. Je n'ai jamais vu, depuis que j'existe, personne qui atteigne si au vif les défauts, les vanités, les faux airs d'un chacun, qui vous les développe avec tant de netteté, et qui vous en convainque si aisément. Je n'avais jamais aimé à être redressé aujiaravant ; maintenant vous ne pouvez vous imaginer combien j'y ai pris goût ! Je la fais à la fois mon confesseur et mon directeur, et je commence à croire que je serai à la fm une créature raisonnable, ce à quoi je n'avais jamais visé jusqu'ici... Si cela valait la peine qu'elle s'en mêlât, je vous assure qu'elle pourrait me gouverner comme un enfant. »
C'est par cet art de a gouverner » les hommes et de les maintenir en son autorité au moyen d'un judicieux emploi de a récompenses et de peines », que madame GeofTrin fut vraiment éminenle et presque unique en son genre. Son salon, composé d'éléments si divers, constitue, sous sa main adroite et ferme, un ensemble homogène, qui en fait une véritable puissance, et qu'aucune de ses rivales ne put jamais obtenir, pas plus, parmi les femmes de son âge, la marquise du