‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 59 sur 221 · I. Archives de la faniille J'I'^stampes · texte numérisé non relu

I. Archives de la faniille J'I'^stampes

a. ï/liùlel de la rue Saiut-llonoré est estimé à cotte mémo rnoque ail [>vix de deux cent ciiinuaiilc mille li\res.

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mil le livres de renie, dont quatre-vingt-dix mille en deniers de la Maniilaclure des glaces.

C(» dernier détail nous indique que madame Geof- Irin, depuis la mort de son mari, avait conservé de gros intérèls dans la sociclé de Saint-Gobaiu ; et, en personne pratique , elle n'avait cesse de s'occuper actiAement d'une industrie qui lui avait toujours été si profitable. Les arclii\es de la Compagnie renferment, à l'égaid de cette participation, d'intéressants documents, qui nous révèlent madame GeoITrin sous l'aspect d'une femme d'affaires de premier ordre, assistant régulièrement au « Conseil des associés » dont elle faisait partie, et y acquérant peu à peu une véritable influence. Elle venait souvent à Saint-Gobain , suivant attentivement les progrès de la fabrication, et amenant parfois avec elle quelques-uns de ses illustres amis, tels que Soufflot, qui donna sur sa demande le dessin de la porte d'entrée, ou encore d'Alembert, qui. en sa double qualité de matliémalicien et de fils adoptif d'une vitrière, fournit, assure-t-on, les calculs nécessaires pour la courbe des glaces.

Mais ce genre de services n'est ni le seul, ni le plus important que madame Geoffrin ait rendu à l'établissement de Saint-Gobain, et les arcliives rapportent à son sujet la curieuse anecdote suivante ', qui se place en l'année 1757. La société traversait alors une crise

i. Manuscrit de M. Deslandes, directeur de la Compagnie. (Archives de Saint-Gobain.)

fort dangereuse, par la mauvaise gestion du dernier directeur ; la manufacture ne produisait plus qu'un verre « opaque et invendable », et l'on était à deux doigts de la faillite. M. Combaull, l'un des associés les plus zélés et les plus importants, accourt un jour tout effaré chez madame GeolTrin, et, dès qu'il l'aperçoit : « Madame, lia crie-t-il, tout est perdu ! » Froidement, madame Gcoffrin ouvre une fenêtre donnant sur la rue : « Eh bien ! monsieur, si tout est perdu, jetons-nous par la fenêtre. » Et comme M. Combault ne se décidait pas : « Alors, reprend-elle, renvoyez les charlatans, et jouez le jeu que ^ous avez. Prenez le plus capable de vos agents, qui est M. Deslandes. » M. Combault fut frappé de l'avis; il fit nommer directeur ce Deslandes, qui n'était à ce moment qu'un simple (( officier de fabrique » , mais dont l'intelligence et la probité relevèrent promptement les affaires, et portèrent la manufacture au degré de prospérité où elle est encore aujourd'hui. Il resta en fonctions jusqu'en 1789.

Par un sentiment nature], madame Geoffrin s'attacha fortement au nouveau directeur, dont elle avait fait la fortune, et qui travaillait si efficacement à la sienne. Elle lui rendait de fréquentes visites, l'interrogeait sur ses désirs et ses besoins personnels, et ne manquait aucune occasion de faiic reconnaître par l;i Compagnie les éminents services qu'il rendait à 1;» cause commune. On conserve d'elle une lettre c[ui

L i: R O V A i; .M E DV. l.\ U L t: s A I N T - II O N o u i: . 1 I O

témoigne à cet égard de sa sollicilude ; elle s'adresse à un sieur des Franches, qui jouissait d'une grande autorité dans le conseil, et lui dcmonlrc par le menu que les appointements de M. Dcslandcs ne sont pas suiTisants pour lui permettre de vivre honorablement et de recevoir avec la décence convenable les nombreux visiteurs de la manufacture ; et elle conclut en ces termes : « Cette situation m'a tellement touchée, que je suis résolue de prendre sur moi ce que la Compagnie ne ferait pas. A mon âge, l'argent ne peut plus me procurer de plaisirs ; il ne peut plus que m'épargner des peines. Or, comme ce serait pour moi un sentiment douloureux de voir la Compagnie ne pas marquer à M. Deslandes ce qu'elle lui doit de reconnaissance, je prendrai sur moi de l'acquitter^...» Il me plaît de terminer par ce trait vraiment touchant le tableau que j'ai tenté d'esquisser de l'existence intime de madame GeolTrin.

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