Souvenirs de madame de là Fcrlé-Imbault
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sautier, peu réglé sans cloute, mais d'une vivacité amusante, et une gaîté exubérante, bruyante, communicative, dont un de ses amis ^ disait un jour « qu'elle durerait indéfiniment , parce qu'elle n'était fondée sur rien », ce qui, après tout, est le propice de la véritable gaîté. Au physique, mademoiselle GeolTrin était une fort jolie personne, avec des traits fins et réguliers dans un visage un peu rond, des dents éblouissantes, des yeux et des sourcils si noirs, que, « quand elle ne riait pas, cela lui donnait un sombre dans la physionomie qui la faisait ressembler ù un matou ^ » ; mais elle riait toujours, et, au total, olTrait aux regards un fort avenant et agréable ensemble. Gomme elle était fille unique, richement dotée, et d'un nom qui commençait dès lors à de\enir célèbre, c'était ce qu'on appelle un excellent parti ; et, lorsqu'elle eut atteint sa dix-huitième aimée, on apprit sans trop d'étonnement la nouvelle de son mariage avec le marquis de la Ferté-Imbault, dont elle avait fait connaissance par l'entremise de la présidente Ferrand, amie des deux familles.
Le marquis de la Ferté-Imbault, colonel de cavalerie, descendait en ligne directe du maréchal d'Estampes : c'est dire qu'il ap[)artcnait à l'une des plus grandes et illustres maisons de l'ancienne noblesse française. C'était un homme spirituel et lettré, qui, à
I. M. de Maupertuis, — Mélamjcs de madame Necker. 9.. Souvenirs de madame de la Fcrlé-ImbauU.
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l'âge de dix-huit ans, avait compose une tragédie, (( dont les vers, dit Voltaire, étaient (rcs harmonieux, dans le temps que de vieux poètes de profession étaient assez déraisonnables pour écrire contre l'harmonie * » . Non content de cette note élogieuse, Voltaire, qui « se plaisait à faire prendre sa livrée aux jeunes gens de qualité amoureux de l'esprit^ », avait consacré quelques vers au jeune poète dans la première édition de son Temple du fjoûl :
Jeune d'Estampe, et vous, Surgère,
Employez vos soins assidus
Aux beaux vers que vous savez faire...
Avec ces dispositions littéraires, il est permis de supposer que la renommée du cénacle de la rue Saint- Ilonoré ne fut pas étrangère à la détermination du marquis de la Ferté-Imbault, et contribua à le décider à cette union. Le contrat fut signé le i8 février lySS^, et la bénédiction nuptiale fut donnée le même jour en
1. Note ajoutée par Voltaire dans l'édition de 1783 de son Temple du fjoût.