Souvenirs de madame de la Ferté-Imbault
3. Aux termes du contrat, IMaric-Tliérèse Gcoffrin reçut en dot vingt mille livres de rente, au capital de quatre cent mille livres. M. et madame Geodrin se chargent de « loger et nourrir les deux futurs, et leurs enfants à naître, avec un valet de chambre, une femme de chambre, un cocher et quatre laquais, de payer les gages des domestiques et de les habiller, de loger et
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l'ôglise Saint-Roch. Les jeunes époux, en attendant une installation définitive, allèrent d'abord vivre au ménage de M. et de madame GcofTrin, qui, par une clause stipulée au contrat, s'étaient engagés à u les loger et nourrir, eux et leurs enfants à naître », tant qu'il leur plairait de demeurer dans l'hôtel de la rue Saint- Ilonoré. Mais cette réunion complrlc fut de courte durée. L'année d'après le mariage, le marquis de la Ferté-Imbault, réclamé par la guerre de succession de Pologne, dut partir avec son régiment pour faire campagne en Italie. Il en revint vers la fin de l'année suivante, avec une maladie de poitrine, contractée au cours des fatigues de la guerre, languit dix-huit mois, et succomba le 2G mars 1737, laissant une petite fille, Charlotte-Thérèse, âgée de sept mois à la mort de son père.
Restée veuve à vingt-deux ans, fort belle et recherchée, remplie de mouvement et d'entrain en dépit des chagrins de sa jeunesse, la marquise comprit les dangers auxquels elle eût exposé sa réputation, en vivant, isolée et sans soutien, dans le monde de la Cour où l'avait jetée son mariage, et, malgré sa \iolenlc passion ]iour l'indépendance, elle prit le })arti de demeurer
nourrir deux clicvaux ilo carrosse à lusagc des futurs époux », à coiidilion de retenir di\ mille livres par an sur les vingt mille de la dot. — Une fois veuve, madame Geoffrin, plus généreuse (jue son mari, prit à son ct)nipte sans indenuiité toute la dépense de sa fdlc.
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comme par le passé à l'abri du toit maleriieP. G'élail à coup sûr une résolution sage, cl elle s'y tint avec l'crnielé. Mais cette communauté, que la mort seule brisa, lut l'occasion d'une mésintelligence, qui éclata presque dès le premier jour, cl qui subsista jusqu'au dernier.
Il n'en pouvait guère aller autrement. Madame de la Ferlé-Imbault était à peu près sur tous les points l'opposé de sa mère, dont elle n'avait guère hérité que l'esprit, et le penchant à régenter son prochain. Mais, pour le reste, on n'eût pu imaginer deux natures plus différentes. La vivacité brouillonne de la marquise, ses propos inconsidérés, son humeur bizarre, à laquelle s'ajoutait une excentricité voulue qu'elle appelait « son domino » et qui servait en effet comme de masque à ses fantaisies, d'ailleurs fort innocentes ; tout cela ne pouvait que blesser l'àme circonspecte, raisonnable et
1 . Cependant, sans quitter l'iiùtel de la rue Saint-IIouoré, la marquise eut, à partir de 1759, son ménage séparé de celui de sa mère. Ses amis lui firent, à cette occasion, la plaisanterie de lui envoyer, chacun de son côté, « les ustensiles nécessaires à son établissement », et le duc de ISivernais mit Ihistoirc en chanson :
Woilié folle et moitié sage, Après quinze ans de veuvage, Imbault se met en ménage.
Elle a déjà du Iromage, Un pAté, du sucre el du vin, Avec un balai de crin, chacun de ses amis A mis Au ménage une pièce, etc.
toujours calculée de celle que Walpole saluait en ces termes : <( 0 Sens commun, assieds-toi là !» A ces éléments de discorde se joint bientôt la diversité de relations des deux femmes, l'une recherchant, comme on sait, les hommes de lettres, les philosophes, et ceux des gens du monde que leurs idées ou leurs goûts rapprochaient de ces derniers ; l'autre fréquentant de préférence les gens de cour, Maurepas, Nivernais, Bernis, betes noires des encyclopédistes ; chacune des deux rivales cantonnée dans son petit royaume, et dénigrant volontiers la société voisine. On concevra facilement, d'après cet abrégé, que l'hôtel de la rue Saint-IIonoré ne fut pas précisément le sanctuaire de la paix domestique.
Un (c portrait à la plume » de madame GeofFrin, selon la mode du temps, écrit de la main de sa fdle, ne fait point mystère de cette situation tendue, tout en prouvant que le peintre savait rendre justice aux mérites éminents de son modèle. Voici quelques fragments de ce morceau, assez pompeusement intitulé : Portrait d'une femme plus rare que toutes celles dont l'histoire a consente le souvenir^.
(( Cette personne est née belle, bien faite ; elle a une activité au delà de toute expression, une imagination très vive, et le caractère d'Alexandre pour les