I. Arcliivos de la famille d'Estampes
c(Miquoles. Elle n'aime, ainsi que lui, que les choses dilTiciles, et va toujours en avant, sans penser à ce (ju'ellc laisse derrière elle. . . Elle est arrivée à soixante ans au dernier degré de la célébrité tant à Paris que dans l'Europe, et l'on peut d'autant moins diminuer son éclat, qu'il n'est point fondé sur un seul talent, ni sur un seul genre d'esprit. Elle n'a jamais fait d'ouvrage; elle n'a point chez elle de ces idoles qui attirent le public ; elle ne cherche point à l'amuser, ni à dépenser de l'argent pour le retenir. Elle le veut avoir : elle l'a. »... Elle avait un mari commun par l'esprit, mais rare par ses vertus gothiques et par la bonté de son âme. Elle l'efTarouchait tous les jours, afin d'exercer son talent pour les conquêtes. En rendant difficiles les plus aisées, elle se trouvait ainsi sûre des plus difficiles. Elle a une fdle qu'elle a traitée de même, parce qu'elle a le caractère de son père. Cette fdle, ayant été bien élevée, a profité de la compagnie spirituelle qu'elle a vue dès son enfance chez sa mère; puis, portant un nom qui l'a mise de bonne heure dans le grand monde, elle a acquis, à sa manière, sans célébrité, un nombre d'amis aimables, qui lui font un petit royaume dont elle se contente, et où elle s'est toujours arrondie sans chercher à en sortir. Sa mère l'a prise en aversion, comme Alexandre y avait pris la Lune, du jour où son précepteur Aristote lui eût dit qu'il y avait des habitants, parce qu'il ne pouvait les conquérir. Cette aversion est cependant mêlée de
quelque amour, puisqu'elle lui fait l'honneur de la vouloir conquérir... »
Une nouvelle cause de dissensions ne tarda pas à surgir, au sujet de l'éducation de la fille de madame de la Ferté-Imbault. C'était une jolie enfant, d'apparence délicate, d'une intelligence précoce, montrant un goût marqué pour les choses de l'esprit, au point de composer, dès 1 âge de dix ans, des vers et des épigrammes, qui faisaient l'étonncment de ceux qui les lui entendaient réciter. Madame Geoiïrin, frappée de ces heureuses dispositions, s'était vivement intéressée à sa petite-fille ; mais elle ne s'en tint pas là, et, cédant à son instinct autoritaire, elle prétendit bientôt s'emparer de la direction de celte jeune àme, afin de la a gouverner totalement * » . La marquise qui, loin de suivre les exemples de son père, « combattait toujours et ne cédait jamais », fit valoir avec vivacité la suprématie des droits maternels ; et ce fut entre les deux femmes , pendant quelques années, une suite de « tracasseries » et de revendications pénibles, jusqu'au jour où la mort, pacificatrice suprême, se chargea de les mettre d'accord, en emportant l'objet de la querelle. Charloltc-Thérèsc fui prise dans sa treizième année d'une phtisie, dont elle axait sans doute reçu le germe héréditaire, et fut enlevée au mois