‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 65 sur 221 · I. Souvenirs de maJamc ilc la Fcrlé-Imbault · texte numérisé non relu

I. Souvenirs de maJamc ilc la Fcrlé-Imbault

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(le juin 1749. anéantissant du coup lotîtes les belles espérances qu'elle avait fait concevoir.

Certes, il y avait dans ces deuils successifs de quoi briser une âme moins bien trempée que celle de madame de la Ferté-Imbault. Mais la tristesse ou la joie de la vie ne dépend pas uniquement des circonstances extérieures, et certaines personnes apportent en naissant des dispositions au bonheur, comme d'autres en ont pour la peinture, la musique ou la géométrie. Madame de la Ferté-Imbault était de ces natures privilégiées que les plus lourdes épreuves ne peuvent écraser ([u'un moment, et qu'un ressort invincible redresse à l'heure même où on les croit accablées pour toujours. La mort de sa fille la plongea d'abord dans un affreux désespoir ; sa santé même en fut quelque temps altérée, et elle attribuait à l'impression violente qu'elle avait alors ressentie la surdité accentuée dont elle souffrit depuis cette époque, et qui jusque dans la plus extrême vieillesse demeura sa seule infirmité. Mais, une fois sortie de cette crise de douleur, son tempérament primitif reprit rapidement le dessus ; et on la vit reparaître, au bout d'un an ou deux, aussi active, aussi gaie, aussi remuante que dans sa plus folle jeunesse. Ce fut même à dater de cette époque qu'elle devint véritablement mondaine. Ses trente-cinq ans révolus, joints à la réputation d'irréprochable honnêteté qu'elle avait justement conquise, l'affranchissaient

des scrupules» des premières aimées de son veuvage. Ne se voyant plus de devoirs qui la retinssent au logis, entièrement libre désormais de son temps et de ses actions, elle résolut de a se dissiper, autant qu'elle en serait capable, des chagrins passés », et de jouir, sans faire aucun mal, des avantages et des plaisirs que la vie pouvait encore lui donner. « Je ne tardai point, nous apprend-elle, à devenir fort à la mode, et plusieurs bons partis de la Cour voulurent m'épouser, » entre autres mllord Clare, qui fut depuis le maréchal de Thomond, l'un des hommes les plus distingués et les plus vertueux de son temj)s. Mais son amour pour l'indépendance la détourna de contracter à nouveau « un engagement aussi terrible que le mariage», et elle se détermina à rester veuve, « tout en ne le disant jamais qu'en riant, afin, confesse-t-ellc, d'être recherchée et amusée par les familles qui avaient envie de se lier aNec moi. »

Elle passait l'hiver à Paris, dans la maison de sa mère, se rendant souvent à Versailles, pour prendre l'air de la Cour. L'été, elle courait les châteaux, où elle obtenait un grand succès ; on l'y appelait impatiemment, on la retenait avec instances. Une de ses villégiatures favorites était la terre de Pontcharlrain* ; elle y faisait de longs séjours auprès de M. et de madame de Maurepas, avec lesquels elle était liée d'une

1. Propricto de madame de Ponlcliarlrain, Lelic-mcro du comte de Maurepas et du duc de iXivcrnais.

LE nOYALME DE LV U L E S A 1 N T - H O N O UÉ . la;

amitié qui dura autant que lu \ie. Elle avait lait leuiconnaissaiice étant encore enfant, par l'intermédiaire de celte demoiselle de Logivière qui l'avait soignée de sa petite vérole, et qui était parente du comte de Maurepas. Celui-ci s'était intéressé à la jeune fdle, et il lui témoigna toujours une affection paternelle, qui lui fut d'un grand secours dans les épreuves qui suivirent son mariage. Il fit plus encore ; car, à une époque où le règlement d'une succession causait à la marquise d'assez gros embarras, il voulut remplir auprès d'elle « l'office d'un tuteur et presque d'un intendant », se fit remettre tous les comptes, et, pendant des années entières, travailla à l'arrangement de ses affaires « comme si elle eût été sa fille » . Elle lui en conserva une profonde reconnaissance, et, dans toutes les péripéties de sa vie agitée, Maurepas ne rencontra jamais d'amie plus fidèle et plus passionnément attachée à sa cause. La comtesse de Maurepas la traitait également avec une grande bonté ; mais, tout en lui sachant gré de cette iDienveiffance, madame de la Ferté-Imbault n'éprouvait à son égard qu'une médiocre sympathie. On en jugera par le Por^ra// suivant que je trouve dans ses notes', et qui me paraît assez curieux pour que je sois excusable de le reproduire ici :

u Portrait de la comtesse de Maurepas. — Il faut

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