CHAPITRE VIII
Diversité des relations de madame de la Ferté-Imbault. — Son séjour à Lunéville. — Amitié qu'elle inspire au roi Stanislas Leczinski. — Singulières confidences du vieux prince. — Montesquieu à la cour de Lunéville. — Stanislas Leczinski à Versailles. — Madame de la Ferté-Imbault et le cardinal de Bernis. — Lifluence qu'elle prend sur lui. — Attachement sérieux qui s'établit entre eux. — Leur longue correspondance.
La variété d'aspect qu'offrait, selon les jours et les circonstances, la physionomie de madame de la Ferté- Imbault, lui procura cet avantage d'être goûtée et appréciée par les gens les plus divers et pour les motifs les plus opposés; les uns l'aimant pour sa droiture, sa franchise et son honnêteté, tandis que d'autres la recherchaient principalement pour jouir de sa verve bouffonne et s'amuser de sa fantaisie. Je crains bien, d'après les confidences de la marquise elle-même, qu'il ne faille ranger dans la moins sérieuse de ces catégories le roi Stanislas Leczinski, qui la rencontra par hasard au mois de juin 1748, et se prit dès lors pour
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elle d'un engouement qui subsista tout le temps qu'il vécut encore, c'est-à-dire pendant dix-huit années. Madame de la Ferté-Imbault était fort liée à cette éiwque avec mademoiselle de la Roche-surA on \ tante du prince de Conti ; et, comme toutes deux souffraient de maux d'estomac, elles formèrent le projet de se rendre ensemble aux eaux de Plombières. Elles traversèrent Lunéville, où l' ex-roi de Pologne, devenu duc de Lorraine par l'appui de son gendre Louis XV, avait établi sa résidence habituelle, et elles s'y arrêtèrent pour se reposer un peu des fatigues de la route. Mademoiselle de la Roche-sur- Yon, qui connaissait Stanislas, lui présenta sa compagne de voyage. Elles furent toutes deux invitées à celte petite cour, dont la douceur, le charme, l'hospitalilé simple et large, étaient célèbres dans toute l'Europe ; l'accueil qu'elles y trouvèrent les ravit ; elles se crurent « dans un pays de fées », et passèrent si bien leur temps, qu'arrivées pour trois jours à peine, elles y étaient encore après trois semaines écoulées.
Stanislas Leczinski avait alors soixante-dix ans, ce qui ne l'empêchait pas d'être « très aimable, gai, et d'une galanterie plus séduisante que celle de tous les jeunes gens de sa cour ^ » . Son absence de morgue, la
1. Louise-Adclaïde de Bourbon-Conti, princesse de la Tlocliesur-Yon, née en iGyO.
2. Mon histoire avec le Roi de Pologne, manuscrit de madame de la Ferlc-Imbault, — Archives de la famille d'Estampes.
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facilité de ses manières étaient proverbiales ; il aimait beaucoup mieux, disait-il, être « diverti qu'adoré », et partageait l'avis du chevalier de Boulllers, qui prétendait que « Dieu seul a un assez grand fond de gaîté pour ne pas s'ennuyer de tous les hommages qu'on lui rend )) . Aussi l'ancien maître des cérémonies du dernier duc de Lorraine s'étant proposé à lui pour remplir le même olFice : « Eh ! monsieur, lui répondit Stanislas, je ne permets même pas qu'on me fasse la révérence ! » Cette simplicité d'allures était tout ù fait du goût de madame de la Ferté-Imbault ; elle se mit dès l'abord (( fort à son aise » avec le Roi, ce qui était le bon moyen de lui plaire, et elle y réussit effectivement au mieux. Chaque matin, à neuf heures, il venait famihèrement dans sa chambre pour lui rendre visite, la traitant presque en camarade, s'amusaat à lui faire débiter mille folies, l'accablant de déclarations brûlantes, qui se terminaient par un grand éclat de rire, et qu'elle recevait de même'. « J'étais si fou d'elle et elle si folle de moi, — disait-il en riant quinze ans plus tard au duc de Nivernais — que je fus au moment de faire doubler ma garde contre elle et contre moi! » Quelquefois la conversation prenait un tour plus sérieux, et le Roi s'épanchait avec la marquise en confidences intimes. Il lui parlait de la feue reine ^,