Ibidem
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son ennui » ; cl, bien que dans ses derniers voyages il eût quatre-vingt-cinq ans et plus, qu'il fût à demi sourd et presque aveugle, sa gaîté ne se démentait aucunement, et les rires allaient leur train ^ Une bonne humeur aussi soutenue ne va pas sans quelque courage, et Stanislas en fournit la preuve jusque sur le lit de soutTrances où, le lendemain de l'affreux accident qui causa sa mort ^, le corps couvert des plus horribles brûlures, il dictait une dernière lettre à sa fille, et la plaisantait sur l'envoi de la robe de chambre
I. Cl A son voyage de septembre 1764, raconte la marquise, peu de temps après la destruction de l'ordre des Jésuites, je le trouvai un jour en compagnie du Père de INIenou, gros bonnet de l'Ordre, et de quelques évêques du même parti. Le Roi m'interpella d'abord en me demandant par taquinerie si, (( moi qu'il croyait bonne femme, j'étais du nombre des méchants acharnés aux Jésuites ». La question était embarrassante, en présence de cette société, d'avitant que je n'avais jamais assez pensé à eux pour être ni pour, ni contre. Je m'en tirai par une plaisanterie : <( Sire, lui dis-je, je suis en cette affaire du sentiment de la foire Saint-Ovide. » Et le Roi demandant ce que la foire Saint-Ovide avait de commun avec les Jésuites : « Comme Paris, lui répondis-je, est composé de gens qui aiment les Jésuites et d'autres qui ne les aiment pas, les marchands de la foire, pour gagner de l'argent avec tout le monde, ont mis des tètes de Jésuites dans des coc|uilles de limaçons. Ils les vendent à ceux qui les aiment en disant qu'ils sortent de leur coquille, et aux autres qu'ils y rentrent. Telle est aussi ma manière de voir. » Le Roi rit de bon cœur, et la compagnie du bout des dents. » Mon histoire avec le roi de Pologne. — Loc. cit.
3. Il tomba dans sa cheminée, et mourut des suites do ses brûlures.
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qui avait amené la cataslrophe : (( Vous me l'aviez donnée pour me réchauffer, lui dit-il, mais elle m'a tenu trop chaud * ! »
Je me suis étendu sur cet épisode de l'histoire de madame de la Ferté-Imbault, parce qu'il me paraît que celte légère esquisse, en partie tracée de sa propre main, met assez vivement en lumière l'une des faces — la plus enjouée et la plus pittoresque — de cette originale figure. Ce que nous avons vu jusqu'ici, c'est la mondaine, vertueuse à coup sûr, mais évaporée, frivole, la marquise Carillon enfin, au regard malicieux, à la lèvre épanouie par le rire, exubérante d'entrain, naïvement grisée par les joies éphémères de la vie. Il est temps d'évoquer une autre femme, bien différente de la première, mais non moins réelle et tout aussi sincère, par un phénomène de duahté moins rare que l'on ne pense. Sous les dehors étourdis dont elle se plaisait à faire parade, se cachait une âme sensée, loyale, foncièrement bonne, souvent excessive, mais aussi ferme dans ses principes que constanle dans SCS affections, très droite et très fière, étrangère à toute intrigue et incapable de toute bassesse. Telle nous la représente ce qui subsiste de ses écrits et de ses correspondances; telle l'ont connue et jugée plusieurs de ses contemporains, et non des moins illustres.
I. Horace Walpolc. — General Correspondence, 29 février 176G.
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C'est par ces hautes qualités qu'elle conquit et qu'elle garda l'estime et l'amitié d'un homme qui, lui aussi, dissimula quelquefois sous le masque d'une légèreté apparente les mérites profonds de sou esprit et de son cœur, et auquel la postérité commence seulement à rendre justice. Je veux parler du cardinal de Bernis, en qui l'on n'a si longtemps voulu voir autre chose que le petit abbé galant qu'il fut en sa jeunesse, coureur de ruelles et faiseur de madrigaux, (( Babetla-Bouquetière », comme l'appelait \oltaire; jusqu'à l'époque récente où les belles études de M. Frédéric Masson ont détruit la vaine légende, en nous montrant sous son vrai jour l'homme d'État aux larges vues, le patriote ardent et éclairé, le pieux ministre de l'Eglise ^
Il n'était pourtant rien de tout cela, je dois le reconnaître, au moment où, introduit par son cousin, le baron de Montmorency, dans le salon de madame Geoffrin, il fit pour la première fois connaissance avec madame de la Ferté-Imbault. C'est à peine s'il avait atteint sa vingt-cinquième année, et il sortait fraîchement encore de la maison de Saint-Sulpice, où « des intrigues de séminaire l'avaient dégoûté de l'état ecclésiastique - ». Son aimable esprit, son visage souriant et fm, son talent de rimeur adroit, qu'éclairait même
I. Voir les Mémoires et lettres du cardinal de Bernis, publiés avec une introduction par M. F. Masson, et Le Cardinal de Bernis, depuis son ministère, du même auteur.
■A. Lettre de Bernis à madame de la Fcrté-Imbault, 24 juin 1760.
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parfois un rayon de poésie, lui valurent un rapide succès dans le sanctuaire de la rue Saint-Honoré ; il fut régulièrement admis aux dîners du mercredi, et sur un pied de familiarité cordiale avec Fontenelle, Mairau, (a'ébillon, qui l'avaient pris en gré et le choyaient à l'envi ^ « Je me sentis également de l'intérêt pour lui, écrit la marquise ; nous étions tous les deux du même âge, étant nés l'un et l'autre en 1715. Mais, comme il y avait peu de temps que j'étais veuve, que j'étais encore fort jeune, et que j'ai toujours été très occupée de ma réputation, je restai indifférente en apparence pour le brillant abbé, qui devint bientôt trop à la mode pour moi, parmi les belles dames de la Cour et de Paris. »
Ce fut seulement quelques années plus tard, dans un séjour qu'ils firent ensemble au château de Pontchartrain, que Bernis et madame de la Ferté-Imbault se découvrirent et s'apprécièrent mutuellement. (( Me trouvant très différente, dit-elle, des femmes qu'il avait jusque-là fréquentées, il me distingua pour faire de moi son amie; mais il comprit en môme temps qu'il devait faire toutes les avances, et me prouver, en me donnant le premier sa confiance, qu'il était plus raisonnable qu'il ne le paraissait... Il s'accoutuma ainsi peu à peu à m'ouvrir son cœur et à me dire ses secrets, qu'il savait bien ne courir avec moi aucun risque. De