I. Souvenirs de madame de la Ferté-Imbault
l48 LE ROYAUME DE LA RUE S AINT-HONORÉ .
mon côté, je me mis à lui parler raison, à le sermonner sur le vide de la \ie qu'il menait, et sur la nécessité, pour son honneur et pour son bonheur, de s'occuper d'autre chose que de réciter des petits vers et de composer des madrigaux pour les dames. »
Les « sermons » de la marquise devaient être persuasifs, car ils venaient du cœur, et elle prêchait sur son thème favori. Elle ressentait, en effet, dans le fond de l'âme un éloignement invincible pour tout ce qui faisait profession de bel esprit et métier d'homme de lettres; soit qu'il entrât dans cette disposition quelque secret penchant à contredire les goûts tout opposés de sa mère; soit, qu'à fréquenter de près, dans le salon de la rue Saint-Honoré, le peuple des philosophes et des littérateurs, elle eut été trop vivement frappée des défauts et des faiblesses dont tout le génie du monde n'exempte pas les plus grands hommes. Elle faisait si peu mystère de cette aversion, qu'il lui était arrivé de déconcerter Voltaire, un jour que, par manière de galanterie, il s'avisait de lui débiter « quelques fades compliments » sur les talents qu'il lui sujDposait : (( Monsieur, déclara-t-elle tout net, si vous tenez à me faire une réputation, j'aime mieux que ce soit celle d'une bête que d'un bel esprit; elle sera pour moi plus commode à soutenir, et me donnera moins de ridicule '. » Imbue de tels principes, elle se mit en