I.E ROY.VLME DE LA II U E S A I N T - H ON O HÉ
frais d'éloquence pour détourner Bcrnis de suivre la carrière littéraire, et le pousser vers la politique, où il trouverait bien mieux, suivant elle, un utile et profitable emploi de ses brillantes facultés, a Comme j'étais, ajoute-t-elle, de son Age et d'humeur fort gaie, mes discours et mes conseils ne l'effarouchaient pas ; il me marquait de la reconnaissance : et c'est ainsi que nous prunes tout doucement l'un pour l'autre, sans affiche, et sans que les gens chez qui nous passions notre vie s'en doutassent, une confiance et une amitié qui ne se sont jamais démenties, sans aucune apparence d'amour. Dieu merci ! »
Celte dernière protestation est vraiment superflue, et un simple coup d'oeil sur la correspondance de Bernis avec madame de la Ferté-Imbault suffirait au besoin à dissiper tous les doutes sur l'innocence de leurs sentiments, correspondance au reste très active, puisque, du témoignage de la marquise, « il n'a jamais pendant trente ans de sa vie manqué à m'écrire tous les huit jours, et de mon côté je n'ai jamais manqué à lui faire réponse » . Une grande partie de ces lettres sont aujourd'hui perdues : il en reste pourtant un bon nombre, dont quelques unes présentent un certain intérêt. Telle est celle que Bcrnis adresse à son amie le 17 décembre ï-jbS, quatre jours après sa chute du pouvoir; le ton en est noble et digne, et pourrait servir de modèle à bien des ministres tombés :
(( Yic-sur-Aisne. — Ma disgrâce, madame la mar-
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quise, ne trouble point mon esprit; elle n'afflige que mon cœur. Je m'y attendais, et il y a déjà longtemps que je me suis préparc à tout, même à la mort. Mais j'aime le Roi comme mon bienfaiteur, autant que je le respecte comme mon maître. Je suis fâché de lui avoir déplu, cela est tout simple. D'ailleurs, je n'étais point fait pour la Cour; j'ai fait l'impossible pour n'y être jamais fixé. Douze mille livres de rente m'auraient évité d'en courir le risque; il n'a pas été possible de les avoir, il a fallu s'embarquer, et j'ai fait naufrage dans un port tranquille. Je voudrais qu'il fût plus à portée de vous. Remerciez madame votre mère de ses bontés. Il me semble que je devrais être bien aujourd'hui avec tout le monde : on n'a plus rien à espérer ni à craindre de moi ; on ne doit plus me juger que par mon cœur, et, grâce à Dieu, il est honnête '. »
A mesure que les années s'écoulent, l'attachement réciproque du cardinal ^ et de la marquise prend un caractère à la fois plus grave et plus intime. Bernis, simple tonsuré quand il avait reçu le chapeau, songe maintenant à entrer définitivement dans les ordres;