‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 73 sur 221 · Archives de la famille d'Estampes · texte numérisé non relu

Archives de la famille d'Estampes

2. Bernis fut créé cardinal en octobre 1758, deux mois avant sa chute du ministère. On lit, à propos de cette nomination, dans les souvenirs de madame de la Ferté-Imbault : « Le pape Clément XIII, qui avait du goût pour lui, pensa le premier à le faire cardinal. L'abbé de Bernis en parla à la marquise de Pompadour, qui était déjà un peu dégoûtée de lui par les propos qu'avait tenus de lui M. de Choiseul. Elle était fort jalouse de

il entretient son amie de ce projet, encore secret pour tout le monde. Elle l'y encourage de tout son pouvoir, prend feu pour celte idée avec sa vivacité coulumière, et parle déjà de le choisir comme « directeur », si bien qu'il est obligé de modérer son impatience : « Vous avez encore, écrit-il, du temps pour y réfléchir; car je ne vais pas si vite dans les choses de conséquence... Mais tout homme sensé et tout honnête homme doit être attaché à son état, et je suis très résolu de tenir au mien par les véritables nœuds qui doivent m'y lier '. » Quelques mois après, il l'informe que la chose est faite, qu'il a reçu la prêtrise la semaine passée, et que, malgré (( le bonheur intérieur » qu'il en ressent, il ne se repent nullement d'avoir tant différé, car il a (( toujours beaucoup approuvé la conduite des prélats romains, qui ne prennent d'engagements dans l'Église que fort lard, et quand l'âge des passions est fini ^ » .

De ce moment, les rôles s'intervertissent entre les deux amis. C'est elle, à présent, qui lui demande conseil, qui s'incline devant sa sagesse, qui lui envoie,

son autorité, et fut fort étonnée de voir que le Pape eût décidé de le faire cardinal, sans qu'elle s'en fût doutée. Aussi lui répondit-elle avec humeur; mais il eut l'air de ne s'en point apercevoir, et se rendit directement chez le Roi, pour lui demander son agrément : « Je vous le donne volontiers, monsieur l'abbé, lui répondit le Roi ; vous ferez un beau cardinal ! »

I. Lettre du 4 juillet 1760. Archives de la famille d'Estampes.

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