‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 82 sur 221 · I. Sœur du maréchal de Souljise · texte numérisé non relu

I. Sœur du maréchal de Souljise

l8o LE UOYAUME DE LA RLE S AIN T-HO?} OUÉ .

l'inspiralricc et la directrice suprême, et qui ne tarda ])as à inonder de sa gloire Paris d'abord, puis la France et l'Europe. Ce fut, à dater de celte époque, la grande affaire de la vie de madame de la Ferté- Imbault; elle y consacra, sans compter, ses soins et son activité, et ne douta jamais que ce noble édifice, amoureusement construit par ses mains, ne dût transmettre un jour son nom à la postérité.

Ces sortes de « sociétés badines », comme on disait alors, n'étaient pas une nouveauté dans l'histoire de notre pays, où, depuis le moyen âge, le goût de la parodie, de la farce burlesque revêtue d'un cérémonial compliqué et pompeux, constituait pour ainsi dire une tradition nationale. Mais jamais peut-être ce genre spécial ne renconlra-t-il autant de faveur qu'au xviu® siècle, et l'on a pu consacrer des volumes entiers* à l'énumération et à la description des Ordres, Cercles, Associations de toute esjocce, qui, sous les appellations souvent les plus bizarres, et parfois avec certaines prétentions littéraires ou politiques, n'avaient en réalité d'autre but que d'amuser un moment la frivolité de leurs adeptes. Telles étaient, pour ne rappeler que les plus célèbres, l'Association de la Calotte, qui comptait surtout parmi ses membres des officiers de l'armée, et qui subsista pendant la plus grande partie du siècle ; l'Ordre de la Mouche-à-miel,

I. Histoire des Sociétés badines, par Arthur Dinaux (2 volumes

în-8'>).

LE n O Y V U >I E DE LA RLE S A I N T - II O N 0 R K . 1 0 I

fondé et préside par la ducliessc du Maine; le Cercle de la Paroisse , sorte d'oiïicine de nouvelles qui se tenait chez madame Doublet, et qui donna naissance aux Mémoires secrets de Bachaumont ; l'Ordre de la Persévérance, qui avait, disait-on, principalement pour objet la bienfaisance et la philanthropie ; l'Ordre de la Félicité, où se parlait une langue particulière, dont les alïiliés avaient seuls connaissance et qu'ils s'engageaient à employer exclusivement entre eux . Mais aucune de ces sociétés, je ne crains pas de le dire, n'atteignit le degré d'importance, d'extension et de célébrité, où madame de la Ferté-Imbault, par ses efforts sans relâche, sut porter l'Ordre des Lanturelus. Une note ', qu'elle rédigea dans les dernières années de sa vie, assigne à la fondation de cet Ordre une origine en quelque sorte politique. La destruction des Parlements et les divisions du royaume l'avaient, assure la marquise, « affligée au point d'ébranler ses nerfs et d'éprouver sa santé » ; quelques-uns de ses meilleurs amis souffraient tout autant qu'elle de cette (( maladie citoyenne » ; et c'est pour se distraire de ces tristes préoccupations et éviter de parler ensemble de ces pénibles sujets, qu'elle aurait imaginé d'organiser « une réunion de chansons et de plaisanteries, qui eut tout de suite un grand succès ». Mais les Annales de l'Ordre ^, scrupuleusement tenues jour par

Page 1