I. Archives de la famille d'Estampes
a. Ibidem.
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jour depuis sa création, semblent indiquer que cette institution eut des débuts plus vulgaires et plus simples, et, comme beaucoup d'autres grandes choses, ne dut son existence qu'à un hasard heureux. Madame de la Ferté-Imbault , nous apprend ce document, avait depuis quelque temps déjà établi chez elle un souper du lundi oiî, sans aucune idée de concurrence aux lundis de sa mère, elle se bornait à recevoir à sa table quelques amis intimes, toujours les mêmes : le chevalier de Valory, le comte de Stroganoff, le chevalier d'Haulefeuille, Grimm le publicisle, et le vieux marquis de Groismare, qui, malgré ses quatre-vingts ans, était l'âme de ces assemblées, par « la grâce do son esprit, son imagination féconde, son talent de poète et sa gaîté de pinson »,
Un lundi soir, qu'on l'attendait pour se mettre à table, le marquis de Groismare fit dire qu'il ne pouvait venir, étant retenu aux logis, « en robe de chambre », et en proie à un mal plus douloureux que poétique. Il envoyait en même temps en guise d'excuse une chanson, un peu trop vive pour les oreilles modernes, où il décrivait plaisamment l'infirmité qui l'accablait. La marquise, vexée de son absence, prétendit que c'était « une simple défaite, un mal de lanlurelu », et mit sur-le-champ la chose en couplets, qu'elle expédia à l'adresse du convive récalcitrant. Riposte sur le mcme ton du marquis de Groismare ; d'où s'ensuivit une nuée de chansons.
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composées sur le mémo sujet par les divers membres de la réunion, et se terminant par ce refrain : lanturelu, lanturelu''. Cette petite guerre, disent les yl«na/e.ç, fournit à la société de madame de la Ferlé-Imbault un tel élément de gaité, qu'elle proposa d'en conser\er le souvenir à la postérité, en créant un ordre qui fut nommé l'Ordre des Lanlurelus. On vola le projet par acclamation; les statuts furent élaborés séance tenante, et les premiers « cbevaliers » furent les invités du lundi, avec le marquis de Groismare pour « Grandmaître », et madame de la Ferté-Imbault pour « Reine ».
Dans les premières années, l'association resta fidèle à son programme originaire de plaisanterie légère et de gaîté sans prétention. On augmenta progressivement le nombre des adeptes ; on les divisa en deux catégories, dont l'une était l'échelon qui menait au grade supérieur : les simples Lampons ^, et les cheva-
1. Lnntiirelu-Innlure est le refrain (11111 air de vaudeville qui eut un grand succès en 1639. Ce refrain ayant été adopté en i63o par les révoilés de Dijon, le nom de Lanturelu resta à celle insurrection. (Arthur Dinaux, Histoire des Sociétés badines.)
2 . Ce nom de Lampons provient sans doute de ce refrain d'une chanson composée par madame de la Ferté-Imbault contre les encyclopédistes :
Évitons ces importants Tolérants, intolérants.
Avec tous leurs beaux systèmes, Ils sont tristes, sombres, blêmes.
Lampons, lampons, Camarades, lampons.
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liers Lantureliis . Les uns et les autres se rassemblaient en hiver dans l'hôtel de la rue Saint-IIonoré, en été à Athis, maison de campagne du duc de Rolian. Les séances avaient lieu une fois par semaine, chacun devant y apporter une composition de son crû : chanson, épi gramme, petit conte, allégorie, gaudriole en vers ou en prose. La (( Reine » prenait habituellement la parole, et improvisait une allocution à son peuple, qui ripostait parfois par des « remontrances » adressées à (( Sa Très Extravagante Majesté lanturelurienne, fondatrice de l'Ordre, et autocrate de toutes les Folies ». Le marquis de Groismare étant mort à la fin de 1772, il fut décidé dès lors que, « pour perpétuer sa mémoire, on chanterait au début de chaque séance une chanson dont il était l'auteur, et qu'il avait apportée le dernier lundi gras où il vécut encore ». On enregistrait soigneusement dans les Annales les pièces qui semblaient dignes d'être conservées ; trois gros volume^ in-quarto et une caisse entière suffisent à peine à renfermer toutes ces productions, dont quelques-unes sont réellement plaisantes. La charité, ajoutons-le, avait sa place au milieu de ces folies ; chacun des Lanturelus versait à chaque séance « une pièce de vingt-quatre sols », dont on formait un fonds qui servait à « vêtir les indigents nus pendant l'hiver » ; et, comme on était au moins a chaque fois une trentaine, la somme, au bout delà saison, ne laissait pas d'être assez importante.