I.E ROÏAUME DE T. V RUE S A I \ T - II O N O UÉ . l
Rien, comme on voit, de plus inofTensif, rien aussi de plus puéril que ces jeux, auxquels se plaisait i"âme légère de nos pères. Ce qui peut sembler surprenant, c'est le retentissement universel de cette plaisanterie parmi la haute société européenne. Tout le monde voulut en être ; les demandes d'admission affluèrent de toutes parts , et les listes de l'Ordre contiennent les noms les plus illustres et les plus disparates : le duc de la Trémoïlle, « grand Fauconnier », le cardinal de Bernis, « grand Protecteur », l'ambassadeur d'Espagne, (( grand Favori » , le comte d'Albaret, u grand Orateur », Grimm, « doyen de l'Ordre » ; et parmi les simples chevaliers : le duc de Saxe-Weimar, le prince de Saxe, le marquis de Cossé, le comte et la comtesse de Narbonne, le prince Bariatinski, M. de Burigny , et plus tard le prince Henri de Prusse, madame de Staël, le grand-duc Paul, futur empereur de Russie, et la grande-duchesse, sa femme, etc., etc. Une fête extravagante qui fut donnée en mai 1779 pour célébrer la convalescence de la « Reine », au sortir d'une espèce de rougeole, avait pour organisateur l'ambassadeur de Russie et pour président le nonce du Pape. Et si prompte fut à se répandre la renommée d'une si belle institution, que, dès la seconde année de sa fondation, quand Grimm arriva à Pétersbourg et se fit présenter à la grande Catherine, une des premières questions qu'elle lui posa, d'après son propre témoignage, fut relative aux
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Lanturelus ; et, sur sa réponse qu'il était chevalier et même doyen de l'Ordre, elle « redoubla de bienveillance, lui assigna une audience pour le lendemain, et l'interrogea curieusement » sur ce qui se passait dans ces mystérieuses assemblées.
Le caraclère des réunions <( lantureluriennes » se modifia à la longue ; le sérieux leur vint avec l'âge, un sérieux très relatif, et qui n'excluait pas la gaîté. La Reine édicta en 177/i un (( Code » complet, destiné il remplacer le règlement primitif, et qui porte l'empreinte des nouvelles tendances de la société. Les articles du début, il est vrai, ne font guère que rappeler les prescriptions anciennes : (( Tout Lanturelu sera tenu d'être juste, loyal, joyeux et bienfaisant... Il lui est défendu de vieillir, c'est-à-dire d'avoir de l'humeur et de médire du temps présent. . . L'indépendance complète reste le principe fondamental de l'institution, et, si l'on a pu nommer les célèbres assemblées de la duchesse du Maine les Galères de l'esprit, on nommera celles des Lanturelus la liberté de l'âme, de l'esprit et du cœur. . . n Mais, aussitôt après ce préambule, la Reine se souvient à propos qu'elle a toujours été possédée de « deux passions dominantes : la Raison et la Folie » ; et elle décide en conséquence que les séances se diviseront désormais en deux parties distinctes : dans la première, on récitera comme d'habitude des chansons, des poésies, des facéties de toute espèce ; dans la seconde, on lira « un morceau de philosophie ou de morale »,