I. Archives de la famille d'Estampes
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mité incommode pour tout le monde, et encore plus pour ma mère que pour personne, parce qu'elle a le tact fin, les sens eu très bon état, qu'elle est très vive, et qu'elle aime qu'on l'entende à demi-mot. C'est donc à moi à me faire justice gaîment... » Après ce touchant examen de conscience, la marquise prend le « ferme propos )> de changer, vis-à-vis de sa mère, d'attitude et de langage, de lui épargner à l'avenir toute contradiction, de ménager en toutes choses son ombrageux amour-propre, de « s'effacer complètement devant elle », et d'exiger que tous les gens de son entourage observent la même conduite.
Puis, passant de la pensée à l'action, elle rédige, le 20 avril 1770, jour où elle atteint sa soixantième année, une espèce de message diplomatique, qu'elle intitule: Plan de vie pour ma vieillesse, et qu'elle destine à informer madame GeolTriii de ses résolutions nouvelles. Cette curieuse pièce — dans laquelle, pour mieux marquer le retour aux sentiments de son enfance, elle reprend les surnoms des jours anciens, où madame Geoflrin, (( quand elle était de bonne humeur » , appelait sa fille mon beau matou, et où celle-ci répon- <.lait à sa mère en la nommant ma belle minette — cette pièce, dis-je, débute par des considérations générales sur les devoirs des enfants envers leurs parents, se poursuit par des protestations de tendresse et de reconnaissance à l'égard d'une mère (( qui a toujours eu foncièrement des entrailles » pour sa fille, qui lui a
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donné une « éducation distinguée », lui a fait connaître les hommes les plus éminenls de son temps, et a couronné ces bienfaits « en la mariant noblement » ; et se termine enfin par la solennelle déclaration que voici : « J'ai mis ces choses par écrit pour ma Belle Minette, afin de lui prouver qu'en vieillissant je vaux mieux que par le passé. Elle a souffert si longtemps de la force de mon caractère et de mon opposition au sien, que je lui dois une profession de foi, par laquelle je prends l'engagement de ne jamais montrer d'humeur ni vis-à-vis d'elle, ni vis-à-vis des personnes de sa société. Nous sommes arrivées à l'âge où le peu de distance de celui de ma Belle Minette au mien nous rapproche l'une de l'autre plutôt comme sœurs que comme mère et fdle. La différence de nos goûts n'a jamais détruit d'ailleurs la solide estime qui règne entre nous... Tout ce qui va chez elle et tout ce qui vient chez moi forme, sans contredit, le magasin de bonne compagnie le plus immense et le mieux choisi de Paris. Il convient donc de regarder sa société et la mienne comme un parterre de fleurs où l'on en trouve de toutes espèces, et où chacun peut choisir librement celles qui s'accordent le mieux avec ses préférences '. » Madame Geoffrin ne repoussa pas la main qui lui était si gracieusement offerte. Cette sorte d'amende honorable la toucha même plus profondément qu'on n'eût pu s'y attendre ; et elle commença de ce moment