‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 99 sur 221 · Lettre du 18 juin · texte numérisé non relu

Lettre du 18 juin

LE ROYAUME DE L V l\V K S A I N T - II O N O U i: . 21"

ce qui peut sans doute passer pour le dernier mol de la bienveillance. Elle prétend qu'elle déchiffre fort aisément ses lettres, que « les ratures ne les embrouillent nullement », et elle conjure madame Geolîrin de ne pas prendre le soin de les recopier, car « ce serait peine perdue, et elle ne s'en apercevrait seulement pas ».

L'entretien continue six mois sur ce ton ; puis, tout à coup, sans querelle et sans motif apparent, la correspondance s'interrompt brusquement, pendant toute la seconde moitié de l'année 17G5. La faute en est a madame Geoffrin qui, comme on le verra tout à l'heure, avait à ce moment bien autre chose en tête ; mais Catherine, qui n'était pas au courant des préoccupations et des projets de son amie, s'étonne avec raison de ce « silence obstiné » , et gronde à son tour : « Levez-vous, madame — répond-elle * à une lettre où madame Geoffrin s'excusait de son mieux — je ne suis point fâchée ; mais il est vrai qu'on pourrait dire beaucoup de choses sur ce silence si long et si obstiné. Mais il faut bien se contenter de vos mauvaises raisons, et fermer les yeux sur toutes les conjectures qui voudraient se glisser dans l'esprit... » Ce mécontentement légitime n'est pourtant pas bien profond, et se fond vite en un demi-sourire : « Ma rancune est fort délicate, écrit plus loin l'Impératrice, c'est parce que

Page 1