‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 108 sur 764 · LA FRISE. I · texte numérisé non relu

LA FRISE. I

l'un et l'autre du roi de Germanie, mais on n'a pas le droit d'en conclure qu'elle était soumise elle-même à ce prince'.

Si le traité de Meerssen nous autorise à placer la Frise dans le royaume de Lothaire, par contre la Translatio S. Alexandri et en particulier la lettre de Lothaire I^"" au pape Léon IV ne justifient pas l'attribution de Wildeshausen à la Frise, et, par suite, l'extension du territoire de cette dernière contrée aux dépens de la Saxe. Wildeshausen appartenait au pa(jus Leri, qui était saxon et non frison^.

La frontière entre la Saxe et la Frise ne suivait aucune limite naturelle, elle se maintenait au nord du cinquante-troisième degré de latitude, coupait l'Ems et venait aboutir aux bouches du Weser, laissant peut-être à la Frise une étroite bande de terrain sur la rive droite de ce dernier fleuve. En Frise, on rencontrait, en allant de l'ouest à l'est, les pagi Emisga, Fivelga et Riustri, en Saxe les pagi Agrodingon, Hasiigo ou Leri, Amineri et Wigmodia^.

Ainsi, depuis le confluent de l'Ahr et du Rhin jusqu'au cours inférieur de l'Ems, nous ne pouvons ni tracer la frontière qui séparait les royaumes de Lothaire et de Louis le Germanique, ni dire auquel de ces souverains

1. Presque seul Gfrœrer, Geschichte der ost- iind west-frienkischen Karolingev, I. I, p. 53, n. 2, et p. i38, n. 4> soutient que la partie orientale de la Frise, comprise entre l'Ems et le Weser, aurait été attribuée en 843 à Louis le Germani [ue. S'il en avait été autrement, dit-il, le diocèse de Brème aurait été coupé en deux, et c'est une chose que l'on a soigneusement évitée en partageant l'empire franc entre les trois fils de Louis le Pieux. Cette dernière assertion est fausse, comme iious le verrons plus loin, et le raisonnement de Gfrœrkr n'a aucune valeur. Wenck, Dus frœnkische Reich, p. i49, l'a démontré le premier. Les historiens suivants ont pensé comme lui que Lothaire avait eu toute la Frise. Citons en particulier Hodenberg, Die Diœcese Bremen und der en Gaiie in Sachsen und Friesland, p. 88 ; Hirsch, Jahrbiicher Heinrichs II, t. I, pp. 33g, 34o et n. I ; Waitz, D. VG., t. V, p. 12 et n. 3 ; Meyer, Die Theihingen, etc., p. 5o ; Dijmmler, p. 2o3, n. I, pp. 2o4, 210, n. i ; Blok, Geschiedn'S van het Nederlandsclie Volk, p. 102 ; MtJHLBACHER, Dcutsche Geschichte, etc., carte. Spruner-Mexke, Hist. Handatlan, n° 3o, rattache également toute la Frise aux Etats de Lothaire. Sur la Frise, consulter Ledebur, Die Jiinf rniinsterschen Gaiie und die sieben Selnnde Frieslnnds ; Hodenberg, op. cit., pp. 85 et suiv. ; Van der Bergh, op. cit.; Bœttger, op. cit., t. II, pp. 176-201, t. III, pp. 346-370, et Gaukarte ; Spruner-Menke, n°^ 3 1 et 32 ; Richthoken, Untersuchungen aeber friesische Rechtsquellen, pp. i285-i3io.

2. WiLMANS, KU. W., t. I, pp. 391-392, et DoMMLER, t. I, p. 2 10, u. I, avaicnt cru, en se fondant sur la lettre de Lothaire, pouvoir attribuer à ce prince la possession de Wildeshausen. Wilmans avait en conséquence rejeté à 871 le diplôme de Louis le Germanique pour Wildeshausen. Mais IMuiilbacher, Reg. Kar., no 1872, maintient cet acie à 855. Visbeck, dit-il, dont il est question dans un diplôme de Louis, du 20 mars 855 (no 1372), était situé dans le pagus saxon de Leri; il en était de même de Wildeshausen, voisin de Visbeck. Lothaire, il est vrai, appelle Walbert, qui était allé à Rome chercher les reliques de saint Alexandre, son vassal (B. M. 1107, 1108), mais Wildeshausen était un bien patrimonial de Walbert, et l'on pouvait, tout en étant le vassal d'un roi, avoir des propriétés, et même parfois des bénéfices, dans les États d'un autre souverain. Mijhlbaciier ajoute qu'au n» 1108 (lettre au pape Léon IV), l'empereur parle, non du pngus Leri, mais d'une région située à l'extrémité de son royaume. Ces observations sont justes. Il n'en reste pas moins singulier ([ue les reliques demandées par Lothaire pour maintenir dans la foi ou ramener au christianisme les populations en partie frisonnes, en partie saxonnes, qui se trouvaient à la frontière de son empire, près des Normands et des Obotrites, aient été placées en Saxe, dans un pajs qui n'était pas soumis à sa domination.

3. Voir Bœttger, Gaukarte, et Spruner-Menke, Bist. Handatlas, no^ 3i, 32 et 33.

loG LE RÈGNE DE LOTHAIRE II (855-86(j).

appartonaiont \i^% pniji Avalgoioe, Tarinchoioe, Ruricfjoioe, Kolda(jgoioe, Duhah/oioe, U(tinahinl, Flethelli, Feliui, Tioente et Threante. Hicn do scinl)lable ne s'était présenté poui* les autres segments de la frontière ; nulle part ailleurs nous n'avions été aux prises avec d'aussi grandes difficultés, ni marché dans des ténèbres aussi piofondes.

S'il send)le que les limites des pagi aient été généralement respectées en 843, sauf j)eut-ètre en ce qui concerne le pagus Cabiloiiensis\ par contre on n'a tenu aucun compte des divisions ecclésiastiques. Non seulement les provinces ont été ilémend)rées, mais les diocèses eux-mêmes ont été coupés en deux. Lolhaire II avait Cambrai, sufTragant de Reims, qui faisait partie du royaume de Charles le Chauve ; Genève, sufTragant de ^'ienne, qui était soumise au jeune Charles de Provence; Strasbourg, sulIVagant de Mayence, ville que Louis le Cermanique s'était fait attribuer. D'autre part, s'il possédait Cologne et deux de ses suffragants, Liège et Utrecht, son oncle Louis était maître des évèchés de Munster, d'Osnabrùck, de INIinilen et de Brème, qui relevaient de Cologne. L'archevêché de Tarentaise et un de ses évêchés, celui de Sion, se trouvaient dans le royaume de Lothaire, tandis que Louis II avait dans son lot l'évêché d'Aoste, l'autre sufl'ragant de Tarentaise-.

Quant aux diocèses à cheval sur deux Etats, citons celui de Cambrai- Arras, dont la moitié artésienne, moins l'abbaye de Saint-Vaastî, était soumise à (Charles le Chauve ; celui de Reims, qui avait perdu les pagi Castricensis, Mosomensis et Dulcomensis, rattachés au royaume de Lothaire-*; celui de Langres, diminué du pagus Bassiniacus, attribué à Lothaire ; celui de Chalon-sur-Saône à qui l'on avait enlevé la moitié du pagus Cabilonensis située à l'est de la Saône, pour l'incorporer aux Etats de Lothaire ; celui de Trêves, amoindri de tout le territoire qui s'étendait sur la rive droite du Rhin, et qui formait le pagus Logenahe'^ ; celui de Cologne, dont la partie saxonne et peut-être aussi les pagi francs situés à l'est du Rhin avaient été incorporés au royaume de Germanie ; celui d'Utrecht, si toutefois les pagi de Hamalant, de Flethetti, de Felua,

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