‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 111 sur 764 · RESSOURCES DE LA LORRAINE. I · texte numérisé non relu

RESSOURCES DE LA LORRAINE. I

gogne réunies, et c'est en Francia que réside le plus souvent le jeune roi'.

En nommant les villes épiscopales, nous avons fait connaître les cités les plus importantes de la Lorraine. Citons encore : sur le Rhin, Coblenz^, Bonn, Neuss, Dorestad ; sur la Moselle, Thionville ; entre la Roêr et la Meuse, Aix-la-(Ùhapelle, qui continue d'être la capitale du pays? ; sur la Meuse, Maëstricht, où le siège de l'évêché institué à Tongres avait été transféré quelque temps avant de l'être en dernier lieu à Liège; sur la Dyle, Louvain ; sur l'Escaut, Valenciennes4 ; enfin Orbe entre le lac de Genève et celui de Neuchàteh.

Nous ne pouvons faire ici la géographie économique du royaume de Lothaire. A côté de pays pauvres, comme les plateaux de l'Ardenne et de l'Eifel, qui s'étendaient de l'ouest à l'est, il comprenait dans les vallées du Rhin, de la Moselle, de la Meuse, de l'Escaut et de la Saône, des territoires riches et fertiles. Champs, vignes, prairies, forêts, mines d'argent et de fer, salines, donnaient d'abondants produits^.

Considéré à ce point de vue, le royaume de Lothaire pouvait se suffire à lui-même ; tout au moins avait-il les moyens de se procurer par des échanges ce qui lui faisait défaut. Outre les anciennes voies romaines,

1. On peut même dire qu'il ne réside qu'en Francia; si on le trouve en Bourgogne, c'esl qu'il doit y avoir une entrevue avec un ses frères, ou qu'il va combattre Hubert, ou qu'il se rend soit en Provence, soit en Italie. Il est allé de même à plusieurs reprises soit en France, soit en Allemagne, pour s'y rencontrer avec l'un ou l'autre de ses oncles. En somme, il ne sort de la Francia que si une affaire l'appelle ailleurs.

2. Lothaire eut dans cette ville une entrevue avec Louis le Germani(iue en 857 ; c'est à Coblenz également qu'eut lieu, en 860, le congrès oii la paix fut signée entre Louis et Charles le Chauve.

3. Se reporter aux textes que nous avons cités p. 5, n. 6. Lothaire II a fait treize séjours à Aix-la-Chapelle, répartis sur douze années, et si l'on ne constate sa présence dans cette ville ni en 863, ni en 808, ni en 869, il ne s'ensuit pas qu'il n'y soit pas venu. C'est à Aix que furent tenus en 8O0 et en 862 trois conciles où fut examinée et tranchée en première instance l'affaire du divorce de Lothaire II. Le couronnement à Metz de Charles le Chauve, en 869, a induit en erreur plusieurs historiens modernes, qui ont cru que cette A'ille avait été la capitale de Lothaire II. Citons en particulier Meurisse, p. 203; Benoît Picart, p. 120; V Histoire de Metz, t. I, p. 699; Strobel, Vaterhendische Geschichte des Elsasses, t. I, p. 182 ; Jeantin, Histoire du comté de Chiny, t. I, p. 93 ; Ernouf, Histoire de Waldrade, p. 2, n. i ; Zeller, Histoire d' Allemagne, t. II, pp. i34 et i48.

4. On trouve Lothaire à Valenciennes le 2O janvier 860 (B. M. 1260).

5. C'est à Orbe qu'avait eu lieu en 856 le partage des États de Lothaire I^''. Ses deux fils aînés se rencontrèrent dans cette localité en 864, et peut-être aussi en 865. Lothaire y passa en 869, lorsqu'il se rendit en Italie. Hubert enfin périt près d'Orbe en 864.

6. Nous avons de nombreux renseignements sur l'extraction du sel dans le pagus Salinensis. Les principaux centres de cette industrie étaient, en remontant la Seille, Vie (diplôme pour Saint-Denis de Charles le Chauve [865-866 d'après Giry], R. H. Fr., t, VIII, [). 545; diplômes pour Saint-Mihicl, de Lothaire I'^'', du 20 janvier 84i, de Charles le Chauve, du 24 juin 877, cnfl.i de Charles le Simple, du 24 novembre gi5, B. M. io45, B. 1816 et 1948, R. H. Fr., t. VIII, pp. 38o et 665, t. IX, p. 525); Moyenvic (diplômes pour l'église cathédrale de Toul de Charles le Gros, du 21 juin 885, d'Arnulf, du i3 juin 894, et de Charles le Simple, du 4 mars 922, B. M. 1662, 1849, B. 1974, R. H. Fr., t. IX, pp. 342, 368 et 553 ; diplômes pour l'abbaye Saint-Evre de Toul, du 24 novembre 869, et de Charles le Gros, du 21 juin 885, B. 1762 et B. M. 1661, R. H. Fr., t. VIII, p. 620,

MO LK KOYAIJMK DK r-OTM.VmK II (S'w-SCxj).

plus OU uiolns bien entretenues, mais toujours praticables, il |)ossédait (les cours d'eau naviijaltles, le Hhiii, la Meuse, l'Escaut, la Saùue, (|ui lacililaieut les trausactions couimerciales.

iMais à d'autres écjards, remplissait-il les conditions nécessaires à un Etat pour subsister? Ses frontière':, mal tracées, ne suivaient (ju'assez irrtMjulièremenl les cours d'eau ou la licjne de l'aîte des montagnes et ne correspondaient pas davantage à des limites ethnographiques. Rien n'eut été plus naturel (|ue la réunion en un royaume des pays qu'arrosent le Khiu, la Meuse et l'Escaut, ces trois fleuves dont les embouchures viennent se conl'ondre. dette région constitue géogra[)hiquement un tout, dont les parties communiipient facilement entre elles. Aussi l'homogénéité de la Lorraine aurait-elle été beaucoup plus grande si, au lieu de s'étendre au sud des Eaucilles, elle avait compris toute la rive gauche du Rhin, les territoires francs de la rive droite, ainsi (jue la contrée située entre l'Escaut et la mer. Mais avec la rive gauche de la Saône, la Lorraine avait du nord au sud une longueur ({ui n'était pas en rapport avec sa largeur, mesurée de l'ouest à l'est. Enfin, elle renfermait des éléments disparates. Toutefois, nous avons vu qu'un de ces éléments jouissait d'une prépondérance incontestable. Matériellement et moralement la terre francjue, placée d'ailleurs au centre du royaume, entre la Erise au nord et la Bourgogne au sud, avait une importance que ces deux provinces ne pouvaient contre-balancer. Bien })lus que les Etats de Louis le Germanique ou de Charles le Chauve, celui de Lothaire II était un royaume franc.

Si l'on examine la situation intérieure du pays, on n'y remarque en 855 rien d'anormal. Le haut clergé est tout dévoué au roi, et il lui en donnera d'éclatantes preuves. Les comtes sont ou semblent plus indépendants ; le roi doit compter avec eux, subir même leur volonté ; ainsi Lothaire a été l'instrument des grands qui désiraient empêcher le morcellement en trois Etats de l'empire de son père et il a été contraint par eux de renvoyer Waldrade pour épouser Theutberge'. Mais cette indépendance ne va pas jusqu'à la révolte, et Lothaire ne se trouvera jamais aux prises avec les difficultés que rencontra son oncle Charles.

Pour l'instant, celui-ci n'était pas h. redouter. Ce n'était plus seulement l'Aquitaine qui se dérobait à sa domination ; l'esprit de révolte se propageait parmi les grands de la Francia, et mettait en péril la royauté de Charles. Le trône de Louis le Germanique était bien plus solidement assis,

I. Voir ri-ilessiis |i|>. So-Si cl 87-SS. S lliairp, voir Dummi.kii, t. I, pp. /jui-4oa.

iir la siluaÙDn iiitiirieure du royaume tir Lo-

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