SITUATION DE LA LORRAINE. I I I
SDii autorité reconnue sans conteste, sauf chez les peuples slaves, toujours battus et toujours prêts à reprendre la lutte. Ce pinuce avait favorisé l'élévation au trône de Lothaire II, qui n'avait rien à craindre de ce côté. Si le jeune roi ne pouvait pas s'attendre à rencontrer chez ses frères des dispositions très bienveillantes, il était assuré que ni Louis, retenu en Italie par les Sarrasins, ni Charles, trop jeune pour se lancer dans une guerre, ne tenteraient d'agrandir à ses dépens leur part de succession. Le plus grand danger extérieur provenait des Normands, aussi bien de ceux qui étaient installés en Frise pour la défendre, que de ceux qui y débarquaient pour la piller. Roric et Godfrid avaient échoué dans leur tentative de s'approprier la couronne de Danemark, et dès la fin de 855 ils revenaient prendre possession des bénéfices qu'ils avaient en Frise. Pas plus que par le passé, ils ne devaient garantir le pays des incursions de leurs compatriotes païens. Le premier devoir d'un souverain énergique eût été de chasser ces hôtes incommodes et dangereux.
En définitive, le rovaume franc du centre, malgré plusieurs conditions défavorables, avait des chances de vivre et de durer. Aucun péril immédiat de quelque gravité ne le menaçait. Assurément, il était trop faible pour résister à une attaque venue de l'est et de l'ouest ; mais rien pour l'instant ne faisait prévoir que cette éventualité se produisît dans un délai rapproché. Un conflit paraissait probable entre Louis le Germanique et Charles le Chauve, conflit qui mettrait Lothaire dans une situation délicate ; quel parti devrait-il prendre en pareil cas ? Le sort du royaume sorti des partages de Verdun et d'Orbe dépendait surtout du souverain appelé à le gouverner, des qualités qu'il déploierait, de la politique qu'il se donnerait pour tâche de suivre. A l'intérieur, maintenir l'ordre, faire respecter l'autorité royale par les grands, débarrasser le pays des Normands et leur en interdire l'accès ; à l'extérieur, vivre en bonne harmonie avec ses frères et avec ses oncles, s'interposer entre ceux-ci pour empêcher une guerre dont il subirait peut-être le contre-coup : tel était le rôle qui s'imposait au jeune Lothaire. Il n'avait pas moins besoin de prudence et d'adresse que de courage et de fermeté, s'il voulait être un souverain obéi par ses sujets, redouté des pirates et tenu en estime par ses puissants voisins. Au début, il ne pouvait avoir d'autre ambition que de conserver son royaume ; plus tard, si les circonstances étaient favorables, il l'agrandirait d'un morceau de cette Francia que le traité de Verdun avait mutilée. Par malheur, le premier roi de Lorraine, jeune et inexpérimenté, ne trouva pas à ses débuts de conseiller sage et influent qui le dirigeât et l'instruisît de ses devoirs '. Livré à lui-même, aveuglé par l'ardent amour que lui avait inspiré Waldrade, il se consumera en eflbrts répétés, mais stériles, pour donner à cette femme la place de Theutberge.
I. Les hommes qui ont sa coiiflance, les arclievc(iues Gunllier de Coloçjiie et Theutgaud de Trêves, les évèques Advence de Metz et Hallon de Verdun, Liutfrid, son oncle maternel, et le comte Walter sont des complaisants, des flatteurs, (jui servent la passion de leur maître pour Waldrade, et qui lui font ou lui laissent commettre les imprudences les plus fjraves, et les atteintes les plus condamnables aux lois morales et religieuses.
112 LK RÈGNE DE LOTHAIRE II (Hn.'HHCxj).
Répudier la su'iir irHul>eit [joiir épouser Waldrade, voilà quel sera bieutcU le piemier et le dernier mot de la politique de Lothaire ; cette considération primera toutes les autres. Les yeux fixés sur le l)ut ([u'il veut atteindre, il marchera vers lui, ne songeant qu'à tourner les obstacles (ju'il rencontrera, prescpie indifférent aux orages qui s'amasseront sur sa tète. Ce sera miracle ([u'il ne soit ni excommunié, ni dépouillé de ses États. Il mourra n'ayant rien fait pour le pays qu'il gouvernait, et ne lui laissant même pas un successeur, qui pût réparer ses fautes et exécuter la tâche que lui-même avait été incapable de remplir.