‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 123 sur 764 · Ann. Bert. 858, p. 5i · texte numérisé non relu

Ann. Bert. 858, p. 5i

4. Ann. Bert. 858, p. 5i. — D'après un diplôme pour Belmont (Echery) du i5 octobre 858 (B. M. 1252), Lothaire II se serait, à cette date, trouvé en Alsace, à Strasbourfj. Mais nous croyons, avec Pfisïer, Le Duché mérovingien d'Alsace (^Ann. de l'Est, t. VI, p. 85), que cet acte a été fabriqué par Jérôme Vigmer. Pour plus de détails, se reporter à ['Appendice IV du présent ouvrage : Le faux diplôme de Lothaire II pour Belmont (Echery). Vignier avait-il utilisé un document authentique, daté de Strasbourg, i5 octobre, quatrième année du règne de Lothaire ? Nous ne pouvons rien affirmer à cet égard, mais la chose ne nous paraît guère vraisemblable. Le séjour de Lothaire II à Strasbourg, en octobre 858, est donc très problématique.

5. Libellas proclamationis aduersus Wenilonem, ch. 7, CC, t. II, p. 452. Wénilon de Sens, le seul des prélats de Charles le Chauve qui eût fait défection, aurait pris part à l'entrevue où Louis le Germanique trompa son neveu et l'amena à abandonner le parti du roi de France.

6. Wenck, p. 2(j6, croit que Lothaire aurait pu entraver ou empêcher même le succès de l'entreprise de Louis ; mais, versatile comme son père, il se laissa berner par les promesses de son oncle et ne fit rien. Dûmmler, t. I, p. 4oo, estime que la puissance de Lothaire II était trop faible pour peser d'un poids décisif dans la balance dont ses deux oncles occupaient chacun un plateau. Nous ne partageons pas cette manière de voir ; ce n'est pas la puissance matérielle ([ui faisait défaut à Lothaire II, mais bien la volonté et le courage. Avec les moyens dont ce prince disposait, un homme énergi(iue et résolu aurait joué un rôle important, et les rois de France et d'Allemagne auraient dû compter avec lui.

124 l'E KKG.NE DE LOTHAIRE II (S^S-SOy).

Lotliaire une question vitale. Le jour où Louis le Germanique tiendrait dans sa main les deux royaumes de l'est et de l'ouest, il lui serait facile de conquérir celui de Lothaire, pris comme dans un étau entre les États de Louis. Alors même (jue Lotliaire conserverait son rovaume, il serait à la merci dç son oncle. Son intérêt lui commandait donc d'aider de tout son pouvoir Charles le Chauve à repousser le roi de Germanie. La conduite du jeune roi, en cette circonstance, ne mérite que le blâme ; elle a été aussi inintelliqente que peu honorable. La seule excuse qu'on puisse invoquer en faveur de Lothaire est que son allié a lui-même fait preuve d'une singulière inertie dans la défense de ses intérêts. On excuserait presque Lothaire d'avoir abandonné un homme qui n'avait rien prévu, qui n'avait rien su organiser pour repousser un envahisseur dont les projets lui étaient connus.

Quoi qu'il en soit, Louis ne tint pas rigueur à son neveu de l'alliance ([ue celui-ci avait contractée avec le roi de France. Un traité fut conclu entre les deux princes, nous ne savons à quelles conditions. Lothaire retourna ensuite dans ses Ltats ^

La situation allait rapidement changer de face dans le royaume de l'ouest. Louis avait eu l'imprudence de renvoyer en Germanie une partie des troupes qu'il avait amenées avec lui. Abandonné par quelques-uns des grands qui l'avaient appelé, menacé par Charles, qui avait rassemblé une nouvelle armée, Louis dut battre en retraite devant des forces supérieures et regagner assez rapidement ses Etats. Charles était redevenu le maître de son royaume -.

Lothaire eut sans doute peur que son oncle ne lui fît payer cher sa défection. Deux mois a peine s'étaient écoulés depuis le voyage d'Attigny, qu'il reprit la route du royaume occidental, pour aller implorer son pardon auprès de Charles. L'entrevue de l'oncle et du neveu eut lieu à Arches, le 12 février 869. Lothaire prétendit sans doute qu'il avait été

1. Ann. Bert. 858, p. .ti. C'est à la Qn de novembre ou au début de décembre que doit se j)lacer la visite de Lothaire à son oncle de Germanie. La présence de ce dernier est signalée le 7 décembre à Attigny, par un diplôme pour le fidèle Tuton (B. JNI. iSgô), mais il devait se trouver à ce palais dès le mois de novembre, s'il faut en croire une note placée en tête de la lettre écrite à Louis par les évè<[ues frani-ais du sj'node de Quierzy ; cette lettre aurait été apportée au roi d'Allemagne, à la fin de novembre, par l'arclievèque Wénilon, de Rouen, et l'évèipie Erchanraus, de (Huilons (Episfola sijnodi Cai'isiactnsis, ce, t. II, p. 427). Un passage du ch. i4 de ce document semble faire allusion ;\ l'entrevue de Louis et de son neveu : « Si enim sapientia vestra digruun jiulicat loqui et traclare cum vicino rege ejus(jue fidelibiis, etc. » Ce roi voisin ne peut être que Lothaire II. Mais la conférence des denx souverains avait-elle déjà eu lieu, ou était-elle simplement annoncée '.''

2. Ann. liert. 858 et 8.^>y, p. 5i ; Ann. Fuld. 8.58 et S.'xj, pp. 5i et 53. C'est à Juliactiin (.louj-, Aisne, Soissons, Vailly), dans le paijus Laudunensis (Hi.nc.mari epislolu ad episropos el proceres provinciie Jieniensis, ch. 3, et Vifa S. Ite/nigli, ch. O7, dans 1\Iii;nk, t. C.XXV, coll. <jCt'.\ et 1175), le i5 janvier (di|ilome de Charles le Chauve, pour Saint- Denis, du i(j septembre 8()a, B. i7()('i; cf. H. 1707), (|ue Louis le Germanique fut surpris par la brusipu" arrivée tie son frère ; il battit en retraite et regagna son royuuuu'. Les .inindes Fuld., ]>our attéimer la honte de cette fuite, prétendent tpi'uue attaiiue tles Slaves obligea Louis h retourner dans ses Ktals. Sur ces évi-uements, voir Wem.k, pp. 307 el suiv., HouiiGKOis, Iliujues iahbê (Annales de lu Faculté des lettres de tUien, i" année, pp. fi7-0(j), MChluaciieh, I(e(j. Kar., p. 553, et DCm.mleii, t. 1, pp. /l'ii et suiv.

LOTHAIRE REVIENT A CHARLES LE CHAUVE (SSg). 125

circonvenu par Louis le Germanique et ses conseillers ; Charles accepta sa justification et renouvela avec lui la convention conclue deux ans auparavant à Saint-Quentin'. Les bonnes relations de Lothaire et de Charles allaient se maintenir pendant tout le cours de l'année 869. Ce ne fut qu'en 8O0, à la suite de l'opposition manifestée par Hincmar et par son souverain aux projets de divorce de Lothaire, que l'amitié des deux rois se transforma en une hoslilité qui, à part un court intervalle, devait durer jusqu'à la mort de Lothaire IL

Entre le retour de Louis le Germanique dans son royaume et la paix de Coblenz, il s'écoula un an et demi. Les hostilités avaient cessé. Louis ne se souciait pas de recommencer une tentative qui avait si piteusement échoué, et Charles ne se sentait pas suffisamment fort pour essayer de détrôner son frère. L'année 85g et le premier semestre de 8G0 furent employés à des négociations. Si elles durèrent aussi longtemps, c'est que, d'une part, Louis ne voulait pas reconnaître qu'il avait commis une faute, en cherchant à s'emparer du royaume de Charles, et que ce dernier prince, d'autre part, refusait de pardonner à ceux de ses grands qui, restés infidèles jusqu'au bout, avaient accompagné Louis en Germanie.

Lothaire, qui n'avait pas su empêcher le conflit de ses oncles, s'employa du moins à ramener entre eux la concorde. Nous devons dire, toutefois, que dans ce rôle de médiateur, il ne déploya pas toujours suffisamment de zèle, et n'agit pas non plus avec la loyauté désirable : changeant encore une fois de parti, il chercha à favoriser, dans l'accord qu'il avait entrepris de conclure entre Louis et Charles, le premier de ces princes, qui lui semblait plus que l'autre disposé à le soutenir dans ses projets de divorce.

Ce fut d'abord Louis le Germanique qui envoya à plusieurs reprises des ambassadeurs k«son frère et à son neveu, pour calmer le ressentiment des deux rois et demander la paix -. Nous ignorons quelles réponses firent Lothaire et Charles. Le roi de France ne tarda pas, pour diminuer les distances et rendre les négociations plus rapides, à se transporter dans le royaume de Lothaire.

Nous connaissons assez bien les événements de cette période, les actes des conciles de Metz et de Savonnières nous ayant été conservés, ainsi que le compte rendu de l'entrevue qui eut lieu à Worms, entre le roi de Germanie et les prélats que lui avait députés le concile de Metz. Les évêques, par leur caractère, par leur importance politique, semblaient tout

1. Ann. Bert. 8dÇ), p. 5i. Le palais où se tint la conférence de Charles et de son neveu ne doit pas être cherché à Arches, sur la Moselle, entre Épinal et Remiremont, mais à Arches près de la Meuse, entre Mézières et Gharleville, comme l'ont supposé Mabil- LON, De re diplomatlca, p. 47, dom Bouquet, R. H. Fr., t. VII, p. 75, n. a., et Lo.xGiXON, Atlas, Texte explicatif, p. 175, col. 2 ; Mûiilbacher, Reff. Kar., p. 48i, et Dommler, t. I, p. 446, n. I, ont pensé à Warcq ; Waitz, Ann. Bert., p. 5i, n. 5, donne les deux opinions, mais sans se prononcer. A l'époque où Louis reprenait la route de l'Allemaqne, Lothaire résidait à Aix-la-Chapelle. Le 18 janvier, il donna à Otbert, fidèle du comte Matfrid (fils ou petit-fils du comte d'Orléans mort en 830), l'usufruit de la chapelle de Giisten, kreis de Juliers (B. M. i253, MR. UB., t. I, n» 94).

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