‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 137 sur 764 · LOTHAIRE SE TOURNE VERS LOUIS- LE GERMANIQUE · texte numérisé non relu

LOTHAIRE SE TOURNE VERS LOUIS- LE GERMANIQUE

avait échappé au châtiment que méritait sa violation de la foi jurée, et qu'il n'avait pas été obligé d'offrir à son frère la réparation qu'en bonne justice il lui devait pour avoir, sans motif légitime, envahi son royaume. C'était en partie grâce à Lothaire que Louis avait pu traiter à des conditions qui ne coûtaient rien à son amour-propre et qui n'-exigeaient de lui aucun sacrifice matériel'.

Le nouveau revirement de Lothaire devait durer plus longtemps que les autres, et, jusqu'à la fin de son règne, ce prince entretiendra de bonnes relations avec le roi des Francs Orientaux, tandis qu'il verra presque constamment un ennemi dans son autre oncle. Bien des raisonsjustifient la nouvelle attitude de Lothaire IL Louis le soutiendra dans l'affaire du divorce ; Charles, au contraire, ne cessera pas de contrecarrer ses projets. La politique extérieure des deux oncles de Lothaire s'est d'ailleurs complètement modifiée. Au cours des dix dernières années, Louis avait joué le rôle de perturbateur de la paix publique ; à deux repi'ises, en 854 et en 858, il avait manqué gravement a sa parole, en cherchant à priver son frère de la part d'héritage qu'il lui avait solennellement reconnue en 843. Charles n'avait rien à se reprocher de pareil, il ne s'était attaqué ni à ses fi^ères, ni à ses neveux. A partir de 86o, les rôles sont intervertis : Louis, devenu pacifique, respecte ses engagements, et c'est le roi de France qui devient agressif et provoquant, pour le rester jusqu'à sa mort. Les royaumes de ses neveux, Lothaire et Charles, excitent sa convoitise, et, s'il se pose en protecteur de Theutberge, s'il intrigue pour empêcher Lothaire d'épouser Waldrade, c'est bien moins par souci de la morale que dans une pensée de convoitise : il veut empêcher son neveu d'avoir des héritiers directs aptes à lui succéder, il espère même qu'il se produira des circonstances qui lui permettront de dépouiller Lothaire de ses Etats ^. La méfiance qu'il inspire est donc très légitime, et l'on s'explique que Lothaire, malgré l'attitude suspecte prise à certains moments par le roi de Germanie, ait recherché l'alliance et la protection de ce dernier prince. Il n'attachera pas un moindre prix à l'amitié de son frère aîné, dont il a besoin pour le succès de ses projets matrimoniaux, pt, bien que Louis II ne parvienne pas à obtenir

1. Pour les réflexions de Gfrcerer, de Wenck et de Dûmmler, voir ci-dessus, p. iliO, n. 3. Louis le Germanique se rendit peut-être compte du préjudice que lui avait causé son attaque malheureuse contre Giiarles le Chauve. On s'expliquerait ainsi la conduite prudente et presque effacée qu'il observa dans la suite. Zeller, Histoire d'Allemngne, t. II, p. 1,39, estime que Lothaire s'était habilement conduit au cours des négociations qui aboutirent au traité de Coblenz ; le jeune roi semblait désigné pour jouer le rôle d'arbitre entre deux grands peuples, mais il allait perdre la situation avantageuse qu'il occupait. Lothaire mérite-t-il vraiment l'éloge que veut bien lui accorder Zeller ? Son rôle avait été nul pendant la lutte de ses deux oncles, et après il n'avait pas su ou pas voulu obtenir pour le roi de France la réparation que celui-ci demandait et à la(iuelle il avait droit.

2. Sur la nouvelle politique et sur les visées de Charles le Chauve depuis 8Go, voir les appréciations de Leibniz, Ann. imp. occ, pp. 692, 618; de Warnkœnig et Gérard, Histoire des Cnrolirigiens, t. II, p. a5i; de Noorden, Hinkmar, p. 162, et de Schrœrs,. Hinkniur, p. 22a.

^h2 le RÈGNK DK LOTHAIUE II (855-8()(j).

la sanction du pape, il n'en rendra pas moins h son cadet phis d'un service.

Avant de poursuivre plus loin, il nous faut revenir un i)eu en arrière, étudier les origines, les causes et les premières phases de cette affaire du divorce, qui, depuis 8Go jusqu'à la mort de Lothaire II, va constituer la principale, sinon l'unique préoccupation du jeune souverain, celle qui inspirera toutes ses démarches, toutes ses actions.

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