Ann. Bert. 858, p. .'io
2. RÉr.iNON, Chronicon 8G6, p. 91. Voir ci-dessus, p. 120, n. i.
3. Sijn. Aq. I, Ul>. Vil capp., ch. a, et Si/n. Aq. H ch. iH (CC, I. II. pp. 'it'>'i rt f^^'>^').
GUNTHER, ARCHEVEQUE DE COLOGNE, l5l
et tous les doutes seraient levés. Le mariage pourrait être annulé et Lothaire, redevenu libre, épouserait Waldrade.
Theutberge fut dès lors en butte aux persécutions de son mari et des agents qui le servaient. Parmi ces derniers, le plus important, celui qui a joué le principal rôle, est sans contredit Gunther, archevêque de Cologne et archichapelain de Lothaire '. Il était devenu, peut-être sur la désignation du roi, le confesseur de Theutberge^. Ce poste lui permettait d'agir sur l'esprit de la malheureuse femme, lui donnait une influence que Lothaire mit à profit. Nous ne savons qui, du roi ou du prélat, a imaginé l'idée infernale de faire travailler Theutberge à sa propre ruine, mais il il est hors de doute que le plan une fois arrêté, le soin de le mettre en œuvre a été confié à Gunther. Nous n'oserions affirmer que les évêques qui ont pris part aux conciles d'Aix-la-Chapelle, où a été instruit le procès de Theutberge, aient connu tous les dessous de l'afTaire, nous voulons croire qu'ils ignoraient les moyens employés pour arracher un aveu à la reine, et que dans cette honteuse comédie ils ont été de simples figurants et non des acteurs jouant un rôle appris d'avance'. Mais on ne peut invoquer la même excuse en faveur de Gunther, qui a été le meneur de toute cette affaire et qui l'est resté jusqu'au bout. Il a travaillé en pleine connaissance de cause à une œuvre d'iniquité, et sa faute est presque plus
I. Nous nous occupons dans un Appendice de la vacance du siège de Cologne, qui se prolongea de 8^1 à 85o. Elle prit fin par suite du désistement d'Hilduin, l'archichancelier de Lothaire I^'', qui n'avait pu se faire consacrer. S'il avait échoué pour lui-même, il réussit à obtenir le siège de Cologne pour un de ses neveux, Gunther, qui fut consacré le 20 avril (Ann. Col. breuissimi, SS., t. I, p. 97) 85o (/V/. ibid., et Catal I archiepp. Colon., SS., t. XXIV, p. 338). Gunther était parent de l'abbé de Saint-Denis, appelé lui aussi Hilduin, mort en Hl^2 (sur cette parenté, voir Epistola synodalis episcoporum regni Lotharii ad Hincniarum, Mansi, t. XV, col. 645). 11 devait, à ce qu'il semble, descendre de Radbod, duc des Frisons. La Vita Radbodi Ultra jectensis episcopi, ch. i5 {SS., t. XV, p. ôôg), fait de Gunther l'oncle maternel (uuunculas) de Radbod, évè(jue d'Utrecht, et comme d'après elle, Radbod, duc des Frisons, était l'ancêtre de la mère du prélat, il s'ensuit que Gunther, frère de celle-ci, avait également pour aïeul l'adversaire de Pépin le Moyen et de Charles Martel.
Gunther a trouvé des flatteurs qui ont célébré en vers ses talents et ses vertus. S'il fallait en croire Sedulius Scottus, et un moine inconnu, il aurait été patient, humble (I), charitable, inslruit et doué de talents poétiques (Sedulii Scotti Poeniata, pars II», n»' 68- 70 et 82, et Appendix ad Sedulium, poema 111"^, PP., t, III, pp. 221-223, 23 1 et 238- 240). Par contre, les Annales Xantenses 865 {SS., t. II, p. 23 1) reprochent à l'archevêque son avarice, sa cupidité, son népotisme. Peu scrupuleux, orgueilleux et vindicatif, tel il nous apparaîtra pendant l'affaire du divorce. Nous avons parlé de la résistance qu'il avait opposée à l'union de Brème et de Hambourg, mais on ne saurait lui en faire un reproche, bien au contraire ; il était dans son droit en défendant les intérêts de sa métropole.
2. Syn. Aq. I, Libellas octo capitaloruni, ch. 6, CC, t. II, p. 465.
3. Ernouf, op. cit., p. 6, dit que Lothaire acheta la complicité de l'évêque de Toul en lui restituant trois abbayes (allusion à B. M. 1260). Pour Hauck, KG. D., t. II, p. 5o5, le roi avait gagné les évê({ues en leur reconnaissant le droit de juger en matière spirituelle. Sdralek, op. laud., p. 62, n. 3, considère les prélats comme des marionnettes dont on tire les ficelles, comme des comparses auxquels on assigne un rôle. Schrœrs, au contraire, op. laud., p. 17g, n. 19, croit plutôt que les évêques lorrains n'ont pas été complices, mais dupes ; le roi a joué devant eux, pour les tromper, la comédie du pénitent qui se repent de ses fredaines extraconjiigales. D'après Ranke enfin, WG., Vl^r Th., l'e Abth., pp. i83i85, les évêques de Lothaire obéissent surtout à des considérations politiques ; ils veulent que leur prince ait une postérité apte à lui succéder.
l52 LE RÈGNE DE LOTHAIRE II (855-869).
grande que celle de Lothaire. Celui-ci était jeune, aident, inexpérimenté, désireux d'avoir un héritier, l'amour qu'il avait i)our Waldrade et pour Hugues l'aveuglait et le rendait indifTérent h la valeur des moyens qui s'oflVuient ii lui pour atteindre le i)ut. Mais l'âge, l'expérience, le caractère sacerdotal de Gunther lui faisaient un devoir de ne pas se prêter h de louches compromissions, à de basses intrigues, de ne pas se faire l'artisan et le propagateur du mensonge et de la calomnie, mais tout au contraire d'éclairer et de reprendre le jeune roi, de le ramener à Theutberge, et s'il n'y réussissait pas, de l'exhorter k ne pas violer au moins les lois de la morale et de la justice '.
Comment (îunther s'est-il laissé entraîner dans une voie au bout de laquelle il devait rencontrer la perte de son siège ? Par quelles promesses le roi est-il arrivé à faire taire la conscience de l'archevêque, de quel prix a-t-il payé son concours ? Nous ne connaissons pas les conditions du marché. Un auteur quelque peu postérieur, Réginon, a prétendu que Lothaire s'était engagé à épouser, une fois divorcé d'avec Theutberge, la nièce de Gunther -. L'assertion ne présente pas l'ombre de vraisemblance : Gunther était au courant des sentiments de son roi pour Waldrade, et n'aurait guère pu ajouter foi à une promesse comme celle dont parle Réginon ; d'autre part, est-il admissible que Lothaire eût risqué, en prenant un engagement qu'il ne voulait pas tenir, de s'aliéner un homme dont il avait le plus grand besoin? Quant à faire, avec un catalogue des archevêques de Cologne, de Waldrade une sœur de Gunther, c'est là très certainement commettre une erreur, comme d'identifier Waldrade avec la nièce de l'archevêque dont pai'le Réginon 3. Les contemporains n'auraient pas manqué de relever cette parenté, si elle avait existé réellement. L'espoir d'être le principal conseiller de Lothaire, le premier personnage du rovaume après le souverain, des donations faites à lui, à sa famille, à
1. Lothaire déclara aux Icijats Hadoalcl et Jean qu'il n'avait agi dans cette aflaire du divorce que sur le conseil de ses évè(iucs, mais sans nommer toutefois Gunther ni Tlieutqaud (Ann. Fuld. 863, p. 67, Vita Nicolai, dans le Lib. pont., t. II, p. 160, Réginon, Chronicon 865, p. 82). Mais la Vi/a Nicolai (Lib. pont., t. II, pp. iSg et 160) déclare formellement que Gunther et Theutijaud ont été les meneurs ; Nicolas dit la même chose dans les actes du concile de Lalran (Ann. Bert. 863, p. 63) et dans différentes lettres (J. E. 2748 et 2886).
2. Chronicon 864, p. 81. Un certain nombre d'historiens modernes ont accepté cette version ; citons en particulier Flkuuy, Histoire ecclésiastique, t. XI, p. 58 ; C.vlmet, t. I, col. 6(j8 ; Daniel, Histoire de France, t. II, p. Ao4-
3. Catulogiis arcliiepiscoporuni Coloniensium, SS., t. XXIV, p. 338. Ont adopté celle assertion (^iiapeavim.e, Historia in qua reperiuntur (/esta pontijicum Ttini/rensium, t. 1, p. i5f). 11. 3; HiiowEii et Maskn, Annales Treuirenses, t. 1, p. 417. co\. 2; Guizor, Histoire de la civilisation en France, t. II, 27» lc(;on ; Heniu Maktin, Histoire de France, t. II, 1. XV, p. 454. D'autres auteurs ont cru que celle nièce de Gunther dont parle Réginon, n'était autre (|ue Waldrade ; ainsi Hkktholeï, Histoire de Luœembourij, t. 11, p. 396 ; Eknoui-, Histoire de Waldrade, p. 5, (jui ajoute iiu'elle était sienr de Theutijaud ; de Saint-Maoivis, Études historiques sur l'ancienne Lorraine, t. 1, p. 5o; W'Au.NKiKPiiii et GÉiiAKU, Histoire des Carolingiens, t. II, p. 270, qui font, en outre, de Waldrade une pareille d(^ Theutqaiid. Sismonoi, Histoire des Français, t. III, p. i44. 1. 1, dit les deux archevê(|ues de ('.(iloqne et de Trêves ap|)areiités 1» Waldrade. Leibniz, Ann. imp. occ, t. I, pp. 5y2 et 616, avait déjA mis à néant toutes ces histoires.
MANŒUVRES CONTRE THEUTBERGE (SBg). l53
son église, voilà ce qui aura ébloui l'archevêque, homme cupide et avare.
Gunther se mit donc à l'œuvre, aidé sans doute par des agents du roi. A lui la tâche délicate d'égarer, de troubler la conscience de la reine par d'artificieux discours ; d'autres employaient sur Theutberge les menaces, peut-être même allaient- ils jusqu'à exercer sur elle des violences'. Brisée, épuisée par des tortures physiques et morales, craignant peutêtre pour sa vie, la reine finit par promettre d'avouer ce que l'on voudrait. En même temps que l'on recourait à l'intimidation sur Theutberge, on s'attachait à déconsidérer dans l'opinion publique la sentence qui avait déclaré la reine innocente ; on élevait des doutes sur la valeur des jugements de Dieu en général, et plus particulièrement de l'épreuve de l'eau bouillante qu'avait subie victorieusement le champion de Theutberge. Celle-ci, disait-on pour expliquer le résultat de l'épreuve, s'était confessée auparavant, et Dieu, l'ayant absoute, ne pouvait pas se déjuger en laissant succomber son champion ^.
Theutberge une fois matée, et l'opinion publique préparée à la reprise du procès, Lothaire et ses conseillers résolurent de faire un premier pas. Il ne s'agissait pas encore^ car il eût été imprudent de brusquer les choses, de faire prononcer le divorce ; on devait aborder en premier lieu la question de fait, la culpabilité de Theutberge. Celle-ci une fois constatée, prouvée, non par des témoignages, on ne pouvait en avoir, mais par la seule confession de la reine, on en viendrait à l'annulation du mariage 5. En 858, c'était un tribunal séculier, le tribunal du roi, qui avait examiné la question de fait. Quoique les grands qui y siégeaient fussent tous ou à peu près tous des fonctionnaires, ils avaient une certaine indépendance, et Lothaire ne pouvait leur imposer ses volontés. Hubert et sa sœur
1. Theutberge écrivit à Nicolas que l'aveu de sa culpabilité lui avait été extorqué par la force : « Theutberga apostolicam sedem bis et ter appellavit, et se a praefato rege glorioso questa est injuste fuisse dejectam, et vi coactam falsum contra se composuisse piaculuin. » (NicoLAi Coni'nonitoi'him ad legntos, 3. E. 2726). Cf. Hixcmar, De div. Hloth., inlerr. XII» (Migne, t. CXXV, col. 69O), et Syn. Aq. II, ch. 17 {CC, t. II, p. 467). II semble ([u'avant le premier concile d'Aix de janvier 8G0, Theutberge ait secrètement écrit au pape pour lui faire connaître la situation critifjue où elle se trouvait réduite ; cela ressort de la phrase du Conunonitorium qui suit celle que nous venons de reproduire : « Nam eo tempore ad apostolicam libellum appellationis sua; misit, in quo non quidem adhuc confessam, sed ut contra se falsum diceret crimen, cogi sese innotuit. Insuper subjungens, quod si amplius compulsa fuero, scilote non veritate sed timoré mortis, et evadendi studio, quia aliter non possum, quod vohierint dicam. »
2. Voir là-dessus Hincm.vr, De dii>. Hloth., interr. VI^ Vlla et VIII», Migne, t. CXXV, coll. 659, 673 et 675 ; cf. Syn. Aq. I, libellas VII capiL, ch. 2, et Syn. Aq. II, ch. 16, ce, t. II, pp. 464 et 467.
3. Sur la procédure employée contre Theutberge, voir Schrœrs, op. laud., pp. 180-181. ScHRŒRS se trompe en prétendant ([u'il était réservé à un tribunal séculier, qui devait se réunir ultérieurement, de prononcer sur la question de fait, d'établir la faute de la reine d'après les formalités légales. Bien certainement au contraire, l'intention du roi et de ses conseillers était de soustraire l'affaire aux juges laies, dont ils se défiaient. Le premier concile d'Aix-la-Chapelle se contenta, il est vrai, d'ordonner la séparation provisoire des deux époux, mais s'il n'alla pas plus loin, c'est qu'il ne se sentait pas suffisamment nombreux pour trancher une question de cette gravité. Il faut cherclier là — et non ailleurs — le motif de sa réserve.
i54 i.K ukonp: dp: lothaire ii (855-809).
cc)iii|itai('nt [)aiiiii ('U\ des amis dont l'opposition sciait peut-être assez forte pour l'aire échec au roi. Aussi Lothaire préférait-il s'adresser k un tribunal ecclésiastique. Le roi avait beaucoup plus d'action sur les évétjues et les abbés que sur les comtes. En principe, il nommait toujours ces derniers et pouvait les révoquer à son gré ; en fait il n'exer(;ait ([u'avec précaution ce dernier droit, sous peine, s'il en abusait, de soulever des révoltes ; de plus, il était forcé, pour ainsi dire, de choisir les comtes parmi les mend»res des grandes familles, (pii seules occupaient les hautes charges. Dans ses rapports avec les fonctioimaires laïcs, le roi avait en quehpie sorte les mains liées, et Lothaire autant et plus qu'un autre ; sa jeunesse, son inexpérience, sa faiblesse de caractère autant ((ue les conditions dans lesquelles il avait succédé k son père, l'obligeaient à ménager beaucoup les grands de ses Etats '. La situation des évèques et des abbés vis-à-vis du souverain n'était pas la même. Le roi intervenait dans les élections épiscopales beaucoup plus que ne le permettaient les canons de l'Eglise ; il ne se contentait pas d'approuver le choix fait par le clergé et le peuple, il désignait le candidat qui lui était agréable, cassait l'élection quand l'élu ne lui plaisait pas, et quelquefois même nommait directement aux sièges vacants. En outre, le clergé, dont les biens tentaient la cupidité des comtes ou des grands propriétaires, avait besoin, pour se protéger contre les entreprises des hommes de proie, de recourir k l'appui du souverain. Les évêques et les abbés se trouvaient ainsi,* bien [)lus que les comtes, dans la dépendance du roi ^. Lothaire réunit donc en janvier 8G0 k Aix-la-Chapelle quelques prélats, choisis sans doute parmi ceux dont la docilité lui inspirait le plus de confiance. Fait curieux k noter, tous appartenaient k la Francia. Naturellement Gunther était du nombre ; avec lui se trouvait appelé le métropolitain de Trêves, Theutgaud, homme simple et borné, peu instruit, et dont le seul titre k la haute situation qu'il occupait était d'être le neveu de son prédécesseur, Hetti '. Dans toute cette affaire Theutgaud, inconscient des
1. Le rc(jne de Lothaire ne nous offre qu'un seul exemple de grand disgracié. En 8Ci Adalard fut dépouillé de ses bénéfices et obligé de quitter le royaume; encore, il est bon de le remar([uer, Lothaire ne j>ril-il cette mesure qu'à l'instigation de Louis le Germanique.
2. Arnoul, évêque de Toul, qui s'était opposé au divorce de Lothaire, eut à subir les persécutions du roi, qui lui enleva les abbayes Saint-Evre, Saint-Germain, Saint-Martin et celle de Honmoutier (Gesta epp. Tu/L, cli. 27, SS., t. VIII, p. G37, Diplômes de Louis le Bègue, du 9 décembre 877 et de Charles le Simple, du 20 janvier 91a, pour l'église de Toul, n. H. Fr., t. L\, pp. 399 et 5i5).
3. Les Ann. Prum. (SS., t. XV, p. i2yi)et Rkginon, <Vironicon 847, p. 7.'), placent en 8^7 l'avènement de Theutgaud ; nous jjréférons leur téuïoignage à celui des Gesia Tvev., ch. 2O {SS., t. VIII, p. i()4), (pii donnent l'année 85i. Hetti était mort le 27 mai d'aitrès le Nccrologium S. Gastoris (GtKiiz, M/{. lieij., t. I, p. Ui/|, n" 670). Il avait obtenu le 29 avril 8/j2 de Lothaire I" la restitution à son église de l'abbaye de Mellach, que l'empereur avait donnée i\ Guy, duc de Spolèto(B. M. io58). Nous possédons un autre diplôme du même prince, rendu le i"' janvier 845 et conlirmant un échange entre Ilelli et MarcNvard, abbé de l'riim (M. M. io83). Nous ne savons ipiel jour Theutgaud retint la «îonsécration. Il était neveu de Heiti et de l'abbesse Warentrude, IVère tie Griinoald, qui fui ahln' de Saint-Gall, archicliapelaiu de Louis le Germanique et chef de la chancellerie
LE PREMIER CONCILE d'aLX-LA-CHAPELLE (860). 1 55
responsabilités qui pèsent sur lui, ne fera guère que se traîner à la remorque de son intrigant et peu scrupuleux collègue, l'archevêque de Cologne. Nous doutons fort que Theutgaud ait été initié aux détails de la comédie qui allait se jouer. Nous ne croyons pas non plus que Francon, évêque de Liège, les abbés Eigil, de Prûm, et Odeling, de Saint-Corneille ou d'Inden, aient été mis au préalable dans la confidence '. Nous répondrions avec plus d'hésitation d'Advence, évêque de Metz, personnage équivoque et louche, qui trouvera moyen, tout en prenant une part active au procès en divorce, de conserver les bonnes grâces de Charles le Chauve, à qui il se ralliera l'un des premiers après la mort de Lothaire.
C'est le 9 janvier 860 que ces six hauts dignitaires ecclésiastiques se trouvèrent réunis à Aix-la-Chapelle ^. Lothaire les prit à part et leur raconta avec force soupirs et lamentations le malheur qui le frappait : sa femme se prétendait indigne de lai et demandait à prendre le voile 3. A-t-il
de ce prince {Epitnpliium Wnrenfruditt, PP., t. II, p. GGi). A une époque que nous ne pouvons pas préciser, Theutgaud écrivit à Hincmar pour l'inviter à reconnaître la préséance de l'église de Trêves sur celle de Reims, mais son collègue lui répondit (jue jamais son église n'avait admis cette primauté (Flouo.vkd, //. R. E., liv. III, ch. 21, t. II, p. 206). Hincmar, dans le discours qu'il prononça à Metz le jour où Charles le Chauve fut couronné roi de Lorraine, soutint que les deux églises étaient sur le même rang, et que l'antériorité de consécration donnait seule à l'un des deux métropolitains le droit d'avoir le pas sur son collègue, moins ancien que lui {Ann. Berf. 80g, p. io3). Pourtant Theutgaud se qualifie de « Gallia^ Belgicœ primas » dans une leltre relative à Rothade écrite aux évèques allemands par plusieurs métropolitains sujets de Louis II et de Lothaire II (M.vîfsi, t. XV, col. G45). Thomassi.n, Ancienne et nouvelle discipline de l'Église, t. I, col. Sig, estime fondées les prétentions de Trêves, qui avait été le siège de l'empire, et qui était la capitale de la première Belgique, Reims n'étant le chef-lieu que de la seconde Belgi([ue. Sur le caractère de Theutgaud, voir la leltre de Lothaire II à Nicolas de 864 (B. M. 126g) qui qualifie le prélat déposé de « simplicissimus atque innocentissimus vir » ; cf. Régi.nox, Chron. 864, p- 81 : « Rursus idem Guntarius Thietgaudum, archiepiscopum Trevcrensem, hac de causa alloquilur et, sciens esse virum simplicem nec adeo in divinis scripturis eruditum canonicisque sanctionibus exercitatum, ex utriusque testamenti paginis quasdam sententias profert, quas aliter, quam ecclesiastica régula docet, edissere.is virum improvidum secum in foveam trahit, cœcus cœco ducatum prœstans. »
1. Les noms des évèques et abbes sont donnés par le Libelltis septem capitulorum, ch. 3, ce, t. II, pp. 463-464. Eigil était devenu en 853 abbé de Priim {Ann. Pram. 853, SS., t. XV, p. 1291, et Réginon, Chron. 853, p. 76) à la place de Marcward, mort le 29 mai {Liber vitœ de Remiremont, dans le N. A., t. XIX, p. 70), après vingt-cinq ans d'abbatiat (Séries abbatam Pramensium, SS., t. XIII, p. 3o2). Sous la direction d'Eigil, le monastère de Priim reçut de nombreuses marques de la faveur de Lothaire I'"' et de Lothaire II (B. M. ii3o-ii32, 1137, i243) et, pendant huit jours Eigil fut le supérieur de l'empereur, devenu un simple moine de Priim. II est extraordinaire que Krause, CC. t. II, p. 465, n. i3, déclare Eigil inconnu. La chose s'explique mieux pour Odeling ; seule une mention du Liber vitœ de Remiremont nous apprend qu'il était abbé d'Inden {N. A., t. XIX, p. 62).
2. La date est fournie par le ch. 2 du Libellas septem capitulnriun {CC, t. II, p. 464) ; l'endroit par le même passage et par le ch. i du Libellas octo capitulorum {ibid., p. 463).
3. Nous possédons deux récits des événements ([ui se sont passés le 9 janvier à Aix-la- Chapelle ; Hincmar les a insérés dans son De divorfio Hlotharii, interr. I^. L'un d'eux, le Libellas octo capitulorum, est l'œuvre des évê(]ues présents au synode, qui l'ont adressé à leurs collègues (ch. i). L'autre, le Libellus septem capitulorum, n'émane pas des prélats, Hincmar a raison de le soutenir {De div. Hloth., interr. I», Mig.ne, t. CXXV. col. 637). Tandis que le Libellus octo capitulorum s'exprime avec discrétion, évite de parler du crime qu'avait commis Theutbcrge, l'autre mémoire, beaucoup plus précis et plus explicite, donne
l56 LE RÈGNE DE LOTIIAIRE 11 (Sn^-Say).
liii-iiuMiK* accusé iicttcmcut sa rciimic (rincesle ou s'ost-il coulcuté de j)ailer en tormes vagues du crime qu'avait comniis Tlieutberge ? Les LibelU no nous disent pas clairement ce qu'il en est". On constate une divergence entre les deux comptes rendus au sujet de la visite que les évè(|ues firent à la reine : le Libellas octo caitituloruin les fait ap[)eler [)ar <:elle-ci ^, le Libellas sejtteni ca/n'talora/n attribue ii Lothaire la pi-oposition <raller trouver sa femme'. Les prélats se rendent donc au[très de Theutliercje, (jui leur demande conseil 4, ceux-ci se déclarent prêts ;i l'assister lie leurs avis, l'invitant toutefois à ne pas proférer contre elle d'accusation fausse >. Tlieutberge proteste qu'elle ne dira rien que de vrai, prend à témoin de sa véracité (îunther son confesseur, et prie enfin ce dernier de •dévoiler h ses collègues ce qu'il sait. Celui-ci commence par se récuser, et il faut (jue la reine insiste pour qu'il y consente^. Auparavant, elle j)romet, sur la sommation que lui ont adressée les {)rélats, qu'à l'avenir, si l'on donne satisfaction à sa requête, elle ne fera entendre aucune plainte, et ne suscitera aucune difficulté 7. Gunther expose alors le lamentable secret à ses collègues, (pii preiment le parti de le faire connaître de vive voix aux autres évêques ; dans une réunion ultérieure, à laquelle ceux-ci prendront part, on délibérera de nouveau sur cette affaire et l'on verra h cpielle résolution il convient de s'arrêter*.
C'est ainsi du moins que le Libellas octo capitalora/n présente les choses. Le récit du Libellas septetu. capitalornm est un peu différent. Il supprime il'abord le dialogue entre les évêques et la reine ; il place dans la bouche de la reine elle-même l'aveu de sa faute 9. Mais, d'autre part, il nous fait connaître les opinions émises par les prélats en présence du roi, auprès de qui ils étaient retournés après avoir entendu la confession de Tlieutberge. Ils lui déclarent qu'il ne peut plus la garder pour femme. Cunther, qui parle le premier, raconte l'entretien que lui et ses confrères ont eu avec la reine, entretien au cours duquel elle a confessé son crime et demandé
clairement à enleiulre, sans nommer lontelois Huljerl. et sans dii'e <|ii'il y a en inceste, {|uc la reine avait été déshonorée avant son maria(je (cli. i, 4 et 7). (le dernier JJbelliis a pent-ètre été rédicjé par la cliancellerit» de Lotliairc II el, comme le sn])]iose Khause {(U!., t. il, p. 463), il était probablement destiné aux (jrands et au i)Ciiple. Nous croyons d'ailleurs avec SuRALKK, op. Idutl., !>. Gi, qu'il ne faut pas voir dans ces Lihelli les actes mêmes du concile d'Aix-la-Cliapelle.
1. Syn. Aq. I, IJbell. VIII ctipit., cb. 2 et 3 ; le Lihell. Vil capit., cli. 3, semble pourtant indiquer que Lothaire a dévoilé aux prélats tout ce (pi'il était censé avoir appris (/<7,\, 1. Il, pp. /iG/i-ZtCK)). La reine elle-même, d'après le Libell. Vil capit., ch. 3, ou Gunther d'a|)rès le Libell. Vlll capit., cb. 8, n'aurait l'ait ([ue conlirmer positivement, solennellement, le récit de Lothaire.