Corw. ap. Snpon., cl». 4. CI4., t. II, p. lOo
l\. Voir sur cette (piestion Sdhai-ek, op. laiid., pp. lyG-iyy, et SciincEns, p. aoy, n. it).
5. Qnel(|ues auteurs, ([ui ont cru voir à tort dans les interr. xvni-xx du mémoire d'Hincmar des allusions au troisième concile d'.\ix-la-(llia[>elle, ont placé en 80a la rédaction de ce travail. Citons en particulier Nooivdkn, Hinliituir i>oii Reims, p. 17a, n. 2 ; Hkfele, ConcilieiKjesfhiclile, 2" édit., t. IV, p. util ; voir, pour plus de détails, Suhalkk, op. Inud., p. 3, II. 2, qui a réfuté, p. 3, l'opinion émise par ces auteurs, et prouvé d'une manière péren»|>toire, pp. 1-7, ipie le Dio. Illulh. a été écrit en 8()0 et tpi'il était publié avant le concile de Tusey. (<'est î\ cette manière de voir ipie se rallient ScmuKiis ('>/>. litud., pp. i8y, aoi, n. i(î, cl n" i3(j des Rujestcn llinkiniirs); Hauck, Kll, 1)., t. U, p. 5o5, n. /j ; DCm.mi.eh, t. Il, |>. I."», et IMOni.MAciiKK, /). (1 . h'., p. riocj.
CHARLES LE CHAUVE HOSTILE AU DIVORCE DE LOTHAIRE. I']t
du diocèse de Reims, et l'évêché de Cambrai, qui dépendait de sa métropole. Mais nous ne croyons pas qu'à la date de 8Go il songeât au détrônement de Lothaire, ni même à la possibilité poui' Charles le Chauve d'hériter de son neveu. Plus tard, ses idées prendront cette direction, et, surtout à la suite de l'affaire de Cambrai, il souhaitera l'annexion aux Etats de son maître, soit de la Lorraine entière, soit au moins de la moitié occidentale de ce royaume, celle-là même oîi se trouvaient lesfragments détachés de sa province. Mais en 8Go, ce qui provoque l'intervention d'Hincmar, ce qui l'amène à composer son mémoire, c'est, d'une part, le désir de rétablir, en ce qui le concerne, la vérité des faits, et, d'un autre côté, le souci de la morale et de la justice ; l'une et l'autre ont été violées, et de plus d'une façon, dans l'affaire de Theutberge : il juge que son devoir est de protester contre les irrégularités de toutes sortes que le roi et ses évêques se sont permises. Peut-être Hincmar cède-t-il encore à un sentiment de vanité ; il n'est pas fâché d'étaler son érudition théologique, sa connaissance de l'Ecriture et des Pères'.
Une autre question qui se pose à propos du traité dont nous parlons est celle de la part qu'a prise Charles le Chauve sinon à sa rédaction, tout au moins à sa diffusion. Peut-on admettre que dans une affaire aussi grave, qui mettait en jeu un souverain, jusqu'alors l'allié de son maître, Hincmar ait agi de son chef sans en référer à Charles le Chauve ? Evidemment non ; et la preuve que ce prince était d'accord avec l'archevêque de Reims, c'est qu'il se fît le protecteur de la reine persécutée et de son frère, leur donna à l'une et à l'autre asile dans son royaume, et prit à l'égard de Lothaire une attitude franchement hostile. Nous avons dit que Theutberge était très probablement stérile : il ne faut pas chercher
I. D'après Weizs.ecker, Hinkmar iinrl Pseudo-Isidor dans la Niedners Zeilschrift fiir historische Théologie, 1808, pp. 383 et suiv., 3g3, 4ii-4i2, Hincmar, (jui désirait, pour devenir primat, que l'évêché de Cambrai fût rattaché à la France, travaille à la réunion de ce diocèse et de la Lorraine au royaume de Charles le Chauve ; l'archevêque de Reims a vraisemblablement été dans l'affaire du divon-e l'instrument de son maître. Bourgeois, Le Capitulaire de Kiersy, pp. 116-iig, et Hugues F Abbé (^Annales de la Faculté des lettres de Caen, i""" année, p. 99), estime que, si Hincmar intervient dans les affaires de la Lorraine, c'est dans l'espoir de reprendre l'évêché de Cambrai (Bourgeois semble croireque le traité de Verdun avait détaché ce diocèse de la province de Reims, alors qu'en réalité l'évêque de Cambrai ne cessa pas d'être le suffragant du métropolitain de la seconde Belgique). Schrœrs, op. laud., p. 20ct, admet qu'en 8O0 ce ne sont pas les mobiles intéressés (jui dictèrent la conduite d'Hincmar, mais plus tard (pp. 223-224) il vise la réunion à la France des parties de son diocèse et de sa province qui faisaient partie de la Lorraine, et il prépare les voies à son maître, qui convoitait les Etats de son neveu, en écrivant son mémoire sur le divorce et ses lettres au pape. L'archevêque espérait que Lothaire épouserait Waldrade , serait excommunié par le Souverain Pontife, et que Charles le Chauve serait chargé d'exécuter la sentence. Zeller, Histoii'e d'Allemagne, t. II, p. i4o, croit qu'Hincmar, en intervenant, a obéi à la fois à sa conscience et au désir de servir les intérêts de son maître. Pour Dûmmler, t. II, p. i4, le but princijial d'Hincmar est de réfuter les assertions mensongères répandues sur son compte et de faire connaître quelle a été sa vraie altitude en cette affaire. Noorden, Hinkmar von Reims, Beilage IV, p. xix, est convaincu qu'Hincmar ne désirait pas l'annexion violente de la Lorraine, et qu'il réprouvait l'emploi de la force. Enfin, d'après Sdralek, pp. io-i3, l'ar clievèquc de Reims, en composant son mémoire, ne cède à aucun mobile intéressé, il n'écrit que pour défendre les principes de la loi morale et religieuse.
172 I.E KÈGNE DE LOTIIAIUE II (S:.r)-8()y).
ailleurs le im>tir de l'intérêt que le roi de France porte à la fcnnne dç son neveu, et de ropposltiou (ju'il fait au mariage de celui-ci avec Waldrade, (jui a dynné des preuves de sa fécondité. Charles le Chauve ne veut pas que les bâtards (|u'clle a donnés à Lothaire se transforment en enfants légitimes, capables de recueillir un jour la succession de leur père. II faut donc que Lothaire reste l'époux de Theutberge. Et si cet héritage, que convoite Charles le Chauve, se fait trop attendre, peut-être se j)rodulra-t-il des circonstances ([ui permettront à l'ambitieux souverain d'intervenir dans le royaume de son neveu et de l'occuper en tout ou en partie. Au début, Charles ne pouvait prévoir que les maladresses de Lothaire lui fourniraient un jour l'occasion de le dépouiller; son but est simplement d'enlever au jeune roi la possibilité d'avoir des héritiers légitimes directs '.
Il est possible que peu après le deuxième concile d'Aix, alors que les intentions de Lothaire se manifestaient clairement, Charles le Chauve, sans faire connaître le fond de sa pensée, ait, au nom de la morale, protesté contre les agissements de son neveu, ou donné à entendre qu'il s'opposerait à son union avec Waldrade tant que vivrait Theutberge. D'un autre côté, sans publier la première partie de son mémoire, Hincmar a dû, dans ses entretiens et dans ses lettres, dire ce qu'il pensait des procédés et des projets de Lothaii^e II. C'est en effet à cette hostilité qui se manifeste en France contre son divoixe, que nous attribuons le revirement qui se produit dans la politique de ce prince. 11 se refroidit à l'égard de Charles le Chauve et, soit que Louis le Germanique lui ait témoigné des dispositions plus favorables que son frère, soit simplement que Lothaire désire se concilier ses bonnes grâces, il se montre dans son rôle de médiateur entre les deux adversaires, tout dévoué aux intérêts du roi de Germanie ; les ouvertures qu'il fait à Charles le Chauve pour la conclusion de la paix sont si peu avantageuses au roi de France que celui-ci doit les décliner-.
Toutes ces questions élucidées, nous en venons enfin au mémoire luimême. Sans méconnaître son intérêt ni son importance, il faut bien avouer qu'il est long, encombré de citations souvent sans aucun rapport
I. Lkib.mz, Ann. inip. occ, t. 1, pp. âya ctGi8, GKRŒREn, l. I, pp. 3i2 et 302, Eunouf, Histoire rie Waldrade, p. 10, Wkizs.bc.kkr, Ilinktnar tind J'setido-Isidor ( Niki>.ners Zeitschrift fur historische Tlieolotjie, i858, p. 4'^). Bourgkuis, Hugues r.\l>l>é (Annales fie la Faculté des lettres de Caen, 1" année, p. yy), Dlm.mlkr, I. II, pp. i8-ui, et Mûhl- UACHKR, D. G. A'., p. 010, estiment tous cpie c'est l'intérêt (pii dicte la conduite du roi de France à l'érjard de son neveu. H ne veut pas que celui-ci réjiudie luie feuuue stérile, parce qu'il désire hériter de lui. D'après Si>u.vlkk, p. i(j, c'est Hiucuiar ([ui a, <lans l'afTairc du divorce, imi)Osé à son maître la liqne (ju'il devait suivre. Livré i\ luiinènie, Charles le Chauve aurait consenti, nioyennatit un hou prix (témoin l'alliance qu'il conclut en HW) avec Lot'iaire (|ui lui avait cédé l'ahhaye Sainl-Vaasl), à favoriser les projets matrimoniaux de son neveu. Il y a peul-élre du vrai dans ces réflexions de Suralck. Les honuries do' celte épo(iue étaient eu (jéncTal incapahles d'une ])oliliipu' suivie, const*- (luenlc à clle-méiue, et disposés à sacrilier îles avanlayes considérables, mais incertains, pour réaliser un ijaiu iuunédial, si uiiiu'c fùl-il.
a. Voir ci-dessus, p|>. i3.''i-i3(').
LE De divortio Hlotharii d'hincmar. 178
avec le sujet, mal ordonné, qu'en outre l'exposé des' faits n'est pas toujours clair, et que la pensée d'Hincmar, très souvent, ne se dégage pas avec toute la netteté désirable '. Tel qu'il est, en voici une analyse succincte. Nous ne nous astreignons pas à suivre Hincmar pas à pas, nous voulons seulement indiquer quelle est sur les principaux points sa manière d'envisager et d'apprécier les choses -.
Il commence par protester contre la façon dont on a dénaturé ses actes et ses opinions ; il n'a pas plus approuvé le divorce qu'il n'a chargé Wénilon et Hildegaire de le représenter au deuxième concile d'Aix. Vient ensuite un résumé de l'entretien qu'il a eu avec Advence, suivi de quelques extraits des lettres qu'il a écrites à ce prélat '.
Hincmar ne prétend pas que Theutberge soit innocente du crime dont elle s'est accusée, mais la culpabilité de la reine ne lui semble pas non plus démontrée 4. La grossesse de Theutberge lui paraît peu croyable, vu le caractère contre nature des relations que la princesse aurait eues avec son frère 5. Mais, ce que critique surtout l'archevêque, c'est la manière dont on a procédé à l'égard de Theutberge. Il proteste contre les deux procès qui, pour le même fait, lui ont été successivement intentés. Du moment que le champion de la reine avait victorieusement subi l'épreuve de l'eau bouillante, on n'avait pas le droit de rouvrir l'affaire : l'accusateur aurait-il souffert qu'on la reprît, si l'homme de Theutberge avait succombé ? Assurément non^. A ce propos, Hincmar prend la défense des épreuves judiciaires, que saint Agobard avait jadis attaquées au nom de la religion et du bon sens 7 ; Hincmar, lui, croit que Dieu s'y prononce en faveur de la vérité ^. Il combat, en outre, les objections qu'on avait mises en avant contre la valeur de l'épreuve à laquelle avait été soumis le champion de Theutberge : Dieu, dit-il, ne peut ni tromper ni se laisser tromper 9.
1. Sdralek, op. land., p. vi de la préface et pp. 17-21 de son travail, reconnaît l'existence de tous les défauts que nous signalons.
2. Pour plus de détails, consulter l'ouvrage de Sdralek, Hinktnars von Reims kanonisiiscfies Gutachten, ueber die Ehescheidang des Kœnigs Lothar II, auquel nous avons déjà plus d'une fois renvoyé et qui nous a été d'un grand secours, quoique nous ne partagions pas toutes les opinions de l'auteur.
3. De div. Hloth., interr. 111% Migne, t. CXXV, coll. 645-648.