ALLIANCE DE LOTHAIRE AVEC LOUIS LE GERMANIQUE (860). I
Nous voulons parler de l'alliance conclue entre Lothaire et Louis le Germanique, de la fuite de Tlieutberge, enfin de l'ambassade envoyée au pape par Lothaire II et les évêques du deuxième concile d'Aix. Nous croyons que cette ambassade est postérieure tant à l'évasion de Theutberge qu'au concile de Tusey, et nous dirons tout à l'heure pourquoi. Prudence place le traité conclu par Lothaire avec le roi de Germanie, avant la fuite de Theutberge, mais, comme il ne dit rien du concile de Tusey, il est difficile de déterminer dans quel ordre se rangent chronologiquement ces trois faits. Par contre, il nous paraît vraisemblable que la fuite de Theutberge est postérieure à la rédaction du De divortio Hlotharii : Hincmar, en effet, n'en dit pas un mot'. Nous croyons d'autre part devoir ne placer l'alliance de Lothaire avec Louis le Germanique qu'après la publication du mémoire d'Hincmar. L'accueil peu favorable fait par Charles le Chauve aux projets de Lothaire, l'hospitalité accordée par lui à Hubert^ étaient déjà de sérieux indices de son hostilité à l'égard de son neveu ; la publication du mémoire d'Hincmar en était un autre. Nous y ajouterions l'asile donné en France à Theutberge, si tlans les Annales Bertiniani cet événement ne venait après le récit de l'alliance de Lothaire et de Louis le Germanique : on serait tenté de croire qu'ici l'ordre des faits a été interverti 3.
Quoi qu'il en soit, Lothaire, sans démêler peut-être les intentions secrètes de Charles le Chauve, sans deviner le véritable motif de l'opposition qu'il rencontrait chez son oncle de France, trouvait en lui un adversaire de sa politique matrimoniale. La crainte que lui inspira Charles le Chauve fut assez forte pour qu'il se tournât franchement vers Louis le Germanique dont il s'était déjà rapproché, nous l'avons vu, au cours des négociations qui précédèrent la paix de Coblenz^, et conclût avec lui un traité d'alliance.
Il se rendit sans doute auprès de ce prince, mais nous ne connaissons
1. Sdralek, p. i8i, prétend qu'il ressort de la réponse d'Hincmar à la 4* question (MiGNE, t. CXXV, coll. 75i et suiv.) que Tlieutberge s'était déjà enfuie quand l'archevêque écrivait ces lignes. Nous ne voyons rien qui justifie l'opinion de Sdralek dans le passage en question.
2. Hincmar, De div. Hloth., intcrr. XH', Migne, t. CXXV, col. G98, parle de rois qui avaient donné leur appui à Hubert, révolté contre son souverain. Charles le Chauve doit être visé par ce passage, puisque les Ann. Bert. 860, p. 54, racontant la fuite de Theutberge en France, ajoutent que son frère Hubert s'y trouvait déjà. Dûmmler, t. H, p. i4, n. I, estime aussi que la retraite d'Hubert dans le royaume de l'ouest se place avant la rédaction du mémoire d'Hincmar.
3. MiJHLBACHER, Reg . Kar., p. 484. place la fuite de Theutberge entre l'entrevue de Coblenz et le i3 septembre, date à laquelle Lothaire, qui se trouvait à Elsloo sur la Meuse (Hollande, Limbourg, Maëstricht), fit sur la prière du comte Adalard et de son vassal Tieton une donation à l'abbaye allemande de Lorsch (B. M. 1267, SS., t. XXI, p. 263). MûHLBACHER mentionne ensuite l'envoi d'une ambassade au pape, puis l'alliance avec Louis le Germanifiue. Nous ne savons sur (juoi il se fonde pour ranger dans cet ordre les trois événements. Il ne parle pas du concile de Tusey. Dummler, t. H, p. 19, suit les Ann. Bert., et ne raconte l'évasion de Theutberge qu'après le rapprochement de Lothaire et du roi de Germanie.
4. Nous avons fait remarquer au ch. III du liv. II que Lothaire n'avait pas reinjili avec impartialité son rôle d'arbitre ; il avait favorisé le roi de Germanie.
l8o LE UKIJNK DK LOTIIAIUK II («âû-Sfiy).
pas plus le liou que l;i date exacte île l'entrevue '. Lothairo deiuanda sans doute k son oncle son appui contre les entreprises possibles de CMiarles le Chauve ainsi que dans l'affaire du divorce. Louis accepta mais fît payer son concours -. La Tarentaise et le Bucjey avaient été le prix dont Lothaire avait payé sa réconciliation avec Charles de Provence ; il avait acheté l'amitié de Louis II en lui abandonnant les diocèses de Genève, de Lausanne et de Sion. (^ette fois il dut faire le sacrifice de l'Alsace, c'est-ii-dire d'une terre souabe, il est vrai, mais depuis lonqtemps unie à la Francia, et que le mariage d'Ermengarde avec Lothaire I*"^ avait rattachée plus étroitement encore h la branche aînée de la dynastie carolingienne. Toutefois, tandis que les cessions de territoires consenties en faveur du roi de Provence et de l'empereur avaient été définitives 3, celle de l'Alsace ne fut que conditionnelle. Lothaire conserva son autorité sur l'Alsace, comme le prouve un diplôme qu'il rendit le 12 juin 80() en faveur de l'abbaye de Liepvre-*; nous n'avons au contraire aucun diplôme de Louis le Germanique pour cette province antérieur à 870. En 8G7, Lothaire donne le duché d'Alsace à son bâtard Hugues qu'il recommande, ainsi que tout son royaume, k Louis le Germaniques. En 864, Ratold, évêque de Strasbourg, est envoyé au pape Nicolas 1*' par Lothaire^. Enfin, après la mort de ce prince, Charles le Chauve se rend en Alsace et y reçoit la soumission de Hugues et de Bernard, deux des plus puissants seigneurs du pays? ; si l'Alsace avait appartenu
1. Nous ne connaissons l'alliance des dcnx rois et la cession de l'Alsace à Louis le Gennanique que par les Ami. Bcrl. Sfio, p. hl\, (jui placent l'événement à la fin de l'année, mais sans donner aucune date. Nous ne possédons aucun diplôme de Lothaire II de l'année 8O0 [joslérieur au i3 septembre. Un diplôme de Louis le Germani(jue du 20 novembre pour l'éiilise de Salzbounj (K. M. i4o3) est daté de Matahliova (Malli(|liol'en, Haute-Autriche). La rencontre des deux princes ayant du avoir lieu avant que le roi des Francs orientaux partît pour la Bavière, comme le j)ense Mûhlbaciikr {Reg. Kar., p. 557), ce serait en septembre ou en octobre (ju'il conviendrait de la placer. Mais dans ce cas la présence de Lothaire à Tusey devient bien improbable.
2. Dehio, Geschichte des Erzbisthiuns Hamburj-Iiremen, t. I, p. 74 (cf. pp. ï)l\-ôZ^ des remanpies), suppose (jue c'est à ce moment et pour obtenir l'alliance de son oncle que Lothaire a contraint Gunther de consentir à l'imion de Brème et de Hambourq. Nous avons dit précédenunent (pie nous ne pouvions accepter cette hypothèse.