‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 198 sur 764 · Voir ci-dessus, pp. iqS-iqG · texte numérisé non relu

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212 LK UKli.NK 1)F-: LOTIlAIUi: II (Sn^-SOy).

concile général ? Il le semble bien ', quelque invraisemblable que la chose paraisse au premier abord ; en tout cas, on ne peut mettre en doute que le roi ait prié le pape de juger l'alTaire soit par lui-même, soit par ses légats. Nicolas décida qu'elle serait soumise h un concile, au(]uel assisteraient, outre les prélats lorrains, deux évêques allemands et deux provençaux, et (|ui serait présidé par ses légats; ilajoutait (ju'il ne pouvait tout de suite envoyer ceux-ci ^.

Queli[ues mois s'écoulèrent avant que le pape, absorbé par d'autres soucis', trouvât le loisir de tenir la promesse qu'il avait faite k Lothaire ; il ne put revenir à l'affaire du divorce que vers la fin de novembre. Depuis deux mois déjà, Lothaire, infidèle ii sa parole, avait, sans plus s'inquiéter du pape, élevé Waldiade sur son trône. Ce qui semble à peine croyable, c'est (ju'en novembre Nicolas ignorait encore l'événement ; on ne peut pourtant pas révoquer la chose en doute, car dans aucune des lettres écrites à ce moment par le Souverain Pontife il n'est fait la plus légère allusion au mariage des deux amants, et le ton général de ces lettres, très difi'érent de celui que l'on constate dans la correspondance papale du mois d'avril 8G3, indique bien que Nicolas ne savait rien alors de la désobéissance de Lothaire ^. Avait-il reçu en octobre ou en novembre une nouvelle ambassade du jeune roi ? Il parle, dans une lettre du 28 novembre à ce prince, de la demande que celui-ci lui a récemment Çnuper) adressée d'envoyer des légats pour présider le concile î. Louis le Germanique et son neveu, lors de leur rencontre k Mayence en juillet, avaient écrit au pape ; mais leur lettre était muette sur l'affaire du divorce et tout ce qui s'y rattachait. Peut-être les envo3'és des deux rois étaient-ils chargés par Lothaire d'autres instructions qui ne nous sont pas parvenues. Mais nous ne serions pas surpris que, vers l'époque de son mariage avec Waldrade, Lothaire eiit pris le parti, pour tromper le pape et le persuader de son

1. Dans une lettre écrite à Lothaire vers la fin de novembre 8^2 (.1. E. 2698, Migxe, t. CXIX, col. 798), Nicolas s'exprime ainsi : n Rerjalis excellentia vestra nuper apostolatui nostro direxit, ut pro perficienda synodo missos e latere nostro diricjere dir|naremnr. » Et la lettre aux évè(]ues de Germanie du 3i octobre 867 f.T. E. 288t), Mione, t. CXIX, coll. ii65-ii6<î) confirme lo témoiijnage fourni par la précédente. C'est bien Lothaire (pii a demandé l'intervention dn pape et l'envoi de lérjats chargés d'examiner l'afTaire ou de présider un concile qui s'occuperait de la question.

2. Nous ne possédons pas la réponse que fit le pape à la première demande de Lothaire, mais nous savons par des lettres postérieures ce (ju'elle contenait. Nicolas déclarait qu'il ne pouvait tout de suite envoyer ses léqats (.1. E. :!886, INIicnk, t. CXL\, col. iifiG) et il annonc'ait son intention de convoipiiT un concile qui, sous la présidence de ses reprt'sentants, réviserait le procès de Thentherqe, deux prélats de Louis le Germanique et deux de Charles de Provence (.1. E. 2G98, Mione, t. CXIX, col. 798). Il n'était pas encore question de faire venir au concile des évêques français.

3. Nicolas fait allusion aux affaires (jui l'ont absorl)é dans .1. E. 2698 (Mione, t. CXIX, col. 798).

4. Nicolas dit exi)ress('meiit d'ailleurs, dans sa lettre aux évèqnes du concile de Soissons (.1. E. 2723, iMio.NE, t. (iXlX, col. 833), (ju'il n'a eu connaissance du mariaqe de Lothaire avec W'aldrade ([u'après le (h'-part des h'-qats Hadoald et .lean.

5. J. E. 2fi98, Mk;ne, I. CXI.X, col. 798. Peut-être convient-il de ne pas donner un sens trop précis h ce terme de « luqier », et de voir dans cette demande récente dn roi celle qu'il adressa au pape iinnii'dialenicnl apri-s le troisii-me conrile d'Aix-la-Cliai>elle.

LE PAPE NICOLAS l" (858-867). 2l3

obéissance, de renouveler sa demande antérieure relative k l'envoi des légats pontificaux. Dans le but de préparer Nicolas à la nouvelle de son union avec Waldrade, il lui aurait en même temps fait dire que son père lui avait donné Waldrade pour femme, mais qu'à son avènement il aurait été obligé de s'en séparer et d'épouser Theutberge sur les injonctions de factieux qui menaçaient de se révolter, s'il refusait de leur obéir. C'est alors que cette fable a dû être inventée. Lothaire avait besoin de justifier sa conduite auprès du pape ; en outre, il le savait peut-être hostile a l'annulation d'un mariage, pour quelque cause que ce fût. Le pape ne pouvait blâmer le roi d'avoir repris Waldrade, sa femme légitime, et de s'être séparé de Theutberge, avec laquelle il avait contracté une union sans valeur. Il n'est pas certain toutefois qu'au mois de novembre 862 Nicolas eût déjà connaissance de cette histoire, car il n'en dit rien dans les lettres écrites à cette date. On la trouve pour la première fois mentionnée dans un commonitoriam adressé aux deux légats ' ; mais ce commonitoriuin est de date incertaine, il peut n'avoir été rédigé qu'après le départ de ceux-ci, et alors même qu'ils l'auraient reçu avant de se mettre en route, sa composition ne se placerait qu'au début de 863 ^.

Quoi qu'il en soit, en novembre 8G2, Nicolas était résolu d'agir. Avant de le voir k l'œuvre, il convient de dire quelques mots de son caractère et du but qu'il se proposait d'atteindre. Devenu pape en 858, il avait dû son élévation au trône pontifical plutôt k la faveur de Louis II qu'k l'élection du clergé et du peuple 5. Mais si l'empereur avait cru que Nicolas ne serait entre ses mains qu'un instrument docile, il s'était étrangement mépris sur le personnage dont il avait fait le chef de l'Eglise. Le nouveau pape au contraire n'entendait nullement tolérer l'ingérence du pouvoir séculier dans les affaires religieuses. Nicolas I", dont l'Eglise a fait un saint, joignait k une piété sincère, k une moralité irréprochable, l'amour de la justice, de la paix, de l'ordre au sens le plus élevé du mot, un vif sentiment des droits et des devoirs du clergé ainsi que des siens propres. La société ecclésiastique n'était pas moins troublée, ne souffrait pas moins que la société laïque. Pour qu'elle fût en état de remédier aux maux de cette dernière, il fallait tout d'abord qu'elle guérît les siens propres. Or, aux yeux de Nicolas, une des plaies principales de l'Église était sa dépendance k l'égard du pouvoir séculier ; l'affranchir de cette sujétion dégradante et corruptrice, telle sera une des tâches qu'il cherchera k accomplir avec le plus de persévérance, car il estime que c'est k lui, le successeur de saint Pierre, que revient la mission de libérer l'Eglise, Il se croit d'ailleurs appelé k réprimer les injustices, les infractions aux lois divines et humaines, partout où elles se produisent, et quels qu'en soient les auteurs, souverains ou hauts dignitaires ecclésiastiques.

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