‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 199 sur 764 · Ann. Dert. 858, p. 5o · texte numérisé non relu

Ann. Dert. 858, p. 5o

2l4 l'K RKG.NE DE LOTHAIRE II (8r>5-8G(j).

Ce n'est pas une ambition vulgaire, mais bien le désir de punir les scandales et les désordres, de donner aux opprimés un appui et un refuge, d'assurer h. l'Eglise une certaine unité, (jui a poussé Nicolas l*' à revendiquer pour le Saint-Siège des droits et une autorité qu'il n'avait eu jusqu'alors que rarement l'occasion d'exercer. Il voudra faire de la cour de Rome un tribunal d'appel où les principales causes ecclésiastiques, particulièrement celles dos évoques, devront être portées, prétendra juger ou faire juger par les conciles les souverains eux-mêmes, et ira jusqu'à les menacer de l'excommunication. Les intentions de Nicolas ont toujours été droites, mais enqjorté par son zèle, il lui est arrivé de recourir, pour faire triompher ses vues, à des moyens dont la légalité était douteuse, ou dont il n'avait pas calculé la portée. A de certains moments il procède comme un révolutionnaire, ou plutôt comme un faiseur de coups d'Etat. Le malheur voulut que justement Lothaire et les principaux membres du clergé de son royaume fournissent à Nicolas I" de justes motifs de s'ériger contre eux en redresseur de torts et en justicier. Nous sommes convaincu que le pape dans ses rapports avec le roi de \a Francia n'a obéi qu'à des mobiles avouables, honorables, mais il a eu le tort de ne pas remarquer que quelques-uns de ceux qui le soutenaient dans sa lutte contre Lothaire n'étaient poussés que par l'intérêt et l'ambition, nullement par l'amour de la justice. Assurément, le pape n'entendait pas travailler pour Charles le Chauve, mais il aurait désiré faciliter à ce prince la conquête des Etats de son neveu qu'il ne s'y serait pas autrement pris '.

Nicolas !"■ est un partisan convaincu de l'indissolubilité du mariage. Il n'admet pas, bien entendu, que l'on répudie sa femme pour prendre une concubine. Mais il va plus loin encore : d'après lui, si un mari vient à apprendre que son épouse a été déflorée avant de s'unir à lui, il n'a pas le droit de la renvoyer; même dans ce cas le lien conjugal ne peut pas être rompu. Telle est l'opinion que formule le pape dans une lettre à Adon, archevêque de Vienne, qui l'avait questionné sur l'affaire de Lo-

I. Sur Nicolas I^r voir les juç]ements favorables de Sdralek, op. latid., pp. 177-178, de Ba.yet, Les Élections pontijictiles sous les Carolirujiens au viii" et au ix» siècle (R. H., t. XXIV, p. 8.')), de Roc.quai.n, Lu Papauté au Moyen Age, t. I, pp. 68 et suiv. Pour ce qui est de rinterveution du pape dans l'airaire du divorce, Leibmz la reyretle {^Ann. imp. occ, t. I, p. Giy); si, dit-il, un Souverain l^oiitite avait protesté contre la répudiation de Plectrude par J'éi)in le Moyen, ou de la fille de Didier [>ar {'liarleina(|ne, de (jrands malheurs en seraient résultés. Gaokhn, Arnulji iinperatoris vita, p. i/j, l'ait renianiuer combien la papauté avait accpiis d'autorité depuis le temps où elle laissait Pépin épouser Alpaide du vivant de Pleclrude et (lliarlemacjne rt'jjudier sa premii're l'eunne, lille du roi des Lombards. Il s'étoiuu", d'autre part (p. 3i), ((ue rÈ()lise se soit montrée pour Louis le lié(jue plus indubjente (jue pour Lotbaire. U'aprt-s Zklleu, Histoire d'Allemagne, t. 11, [). i4i, c'était l'intérêt de Louis 11 (jui <|uidait Nicolas dans l'alTaire du divorce, l'empereur ne voulait pas en elVet (pi'un maria()e légitimât les enfants (jue W'aidraile avait donnés u Lotbaire et leur conférAt îles droits à riiérilaije de leur père. Nous croyons celle apprt>ciation absolument fausse, aussi bien en ce <pd concerne le Souverain Pontife ipie Louis 11. Des mobiles plus élevés diricjeaieut la politicpu- de Nicolas, et l'empereur, (jui n'avait pas d'enfant mille, n'était aucunement intéressé à empècber le llls de Lotbaire II et de Walilra le de devenir aple à recueillir la succession de son p<'re.

NICOLAS DÉCIDE LA REUNION d'uN CONCILE (862). 2l5

thaire et de Theutberge. Ni le roi ni sa femme ne sont nommés dans la réponse du pape, mais personne ne peut mettre en doute qu'il s'agisse d'eux '. On pourrait se demander pourquoi Nicolas, si son opinion était nettement arrêtée, prenait la peine de faire examiner la question par un concile : pourquoi ne pas dire tout de suite à Lothaire qu'il était tenu, quelque faute qu'eût commise Theutberge, de la garder pour femme ? Le pape jugea sans doute avec raison que c'était là une façon de procéder trop sommaire et trop brutale. Il convenait de prendre quelques ménagements avec un souverain, qui n'avait cessé de protester de son dévouement et de son obéissance au Saint-Siège. En outre, si Lothaire avait déjà prétendu que Waldrade était sa femme légitime, Nicolas était obligé de faire examiner la vérité de cette allégation.

Au mois de novembre 862 ^, le Souverain Pontife précisa donc les dispositions relatives au concile qu'il avait déjà arrêtées dans leurs grandes lignes. Le concile devait se tenir dans une des plus importantes villes des Etats de Lothaire, à Metz î. Outre les prélats lorrains, deux évêques de chacun des royaumes d'Allemagne, de France et de Provence étaient appelés à faire partie de l'assemblée * : tout d'abord il n'avait pas été question de convier au concile des membres de l'épiscopat français. Celui de Louis II était en fait représenté par les deux légats du pape, dont les diocèses étaient situés en Italie. Nicolas avait désigné, pour aller présider le concile de Metz, Radoald, évêque de Porto, et Jean, évêque de Cervia î. Les souverains intéressés étaient avisés de la décision qu'avait

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