RETOUR SUR L AFFAIRE DE CAMBRAI
répondait au pape qu'il attendait non des reproches, comme ceux que Nicolas lui avait adressés, mais des consolations et des paroles réconfortantes. Il protestait de son innocence et sollicitait sa comparution devant des prêtres pour se justifier. Comme la lettre d'Hubert ne nous est connue que par la réplique de Nicolas, nous ne savons pas si le" frère de Theutberge demandait qu'on le convoquât au concile de Metz. Hubert devait en outre réclamer justice pour sa sœur et pour son frère Boson, le mari d'Engeltrude '.
Hincmar avait-il écrit à Nicolas pour lui faire connaître ses démêlés avec Lothaire au sujet du siège de Cambrai ? Ce n'est pas certain : Hincmar, très jaloux de ses droits de métropolitain, devait être peu disposé à réclamer l'intervention du pape; d'ailleurs, à lire la lettre qu'écrivit à ce dernier l'archevêque de Reims, au début de 864, il ne semble pas qu'il eût antérieurement entretenu Nicolas de l'affaire de Cambrai^. Nous avons vu qu'au congrès de Savonnières Hincmar avait remis à Lothaire un mémoire où étaient exposés les motifs pour lesquels il refusait de consacrer Hilduin 3. Ce mémoire contenait en outre des reproches à l'adresse de Gunther, de Theutgaud, d'Arduic et de quelques autres évêques lorrains ; Hincmar se plaignait sans doute que ses collègues n'eussent pas empêché leur souverain de donner, contrairement aux règles canoniques, l'évêché de Cambrai k un clerc d'ailleurs indigne. Ainsi mis en cause, les trois métropolitains relevèrent le gant et rendirent coup pour coup. Gunther et Theutgaud ne pouvaient oublier les attaques que contenait k leur adresse le De divortio Hlotltarii ; en outre, Gunther étant le frère d'Hilduin, peut-être l'instigateur de sa nomination au siège de Cambrai, était intéressé k défendre cette nomination. La lettre des trois archevêques k Hincmar pourrait bien être l'œuvre de Gunther, car elle est d'une âpreté, d'une violence qui indiquent chez son auteur une grande animosité. Ni Arduic, ni Theutgaud, s'ils avalent tenu la plume, n'auraient écrit sur ce ton. Hincmar est accusé de malhonnêteté et d'ingratitude pour avoir voulu essayer de discréditer un homme dont le parent et homonyme avait été le seigneur et le père nourricier d'Hincmar lui-même ♦. Hincmar est tenu de prouver la vérité de ses allégations; sinon il tombera sous le coup des canons qui frappent les calomniateurs. Les assertions mensongères qu'il a avancées retomberont sur lui et sur son neveu du même nom, qui, nul ne l'ignore, n'ont eu ni l'un ni l'autre recours, pour arriver k l'épiscopat, k la brigue ni k la faveur du prince î.
1. J. E. 2729, MiG.XE, t. GXIX, col. 840. Hubert se trouvait à Saint-Maurice en Valais au mois d'octobre 8G2 (Heirici Miracula S. Germuni, liv. II, cb. i3, Labbe, Nova biblio- Iheca manuscriptoru/n libroruin, t. I, p. 563).
2. Voir Hi.xcMARi Ep'^ ad Nicolaum, Migne, t. CXXVI, col. 25.
3. C'est ce que nous apprend la lettre des métropolitains de Lotbaire II à Hincmar, Mansi, t. XV, col. 645.
4. Sur les relations d'Hincmar avec Hilduin, abbé de Saint-Denis, voir FLODOAno, //. R. E., liv. III, cb. I, éd. Lejeu.ne, t. Il, pp. 2-4.
.'). Il est à peii.c besoin de faire renianiner ipie cette plirase est ironi({ue.
2 20 LE RÈGNE DE LOTIIAIRE II (Srw-SGy).
Ou'Hincmar vienne donc au concile qui se réunira à Metz, le i5 mars, pour soutenir son accusation ; Ililcluin se défendra et les trois archev»'ques justifieront leur conduite dans l'afTaire de (hunbrai'. On [)ense «jue ce n'était pas une lettre pareille qui pouvait amener l'apaisement. Hincmar ne répondit probablement pas. 11 ne vint pas le i5 mars au concile, attendu (pie celui-ci ne s'ouvrit pas a la date fixée tout d'abord.
Ou'liincmar ait lui-même écrit au pape pour lui exposer les détails de l'affaire, ou qu'un autre se soit chargé de ce soin, ce fut en tous cas par l'entremise d'Odon que Nicolas fut mis au courant du conflit qui s'était élevé entre Lotliaire et le métropolitain de Jleims.
Lothaire dut apparaître aux yeux du pape comme un homme sans foi, sans mœurs, qui ne respectait ni sa parole, ni les lois de l'Eglise. Nicolas ne conçut probablement pas une opinion beaucoup plus favorable des prélats qui avaient toléré chez leur souverain de tels écarts de conduite. Les fautes de Lothaire et de ses évêques causèrent au Souverain Pontife un vif chagrin et quelque irritation^. Lothaire avait cru pouvoir se jouer de lui, braver son autorité : il allait prouver au jeune roi qu'il entendait se faire respecter de tous, et qu'il était de force à obtenir la soumission qu'il exigeait.
Il est vraisemblable qu'il écrivit alors à Lothaire pour lui reprocher sa duplicité, sa désobéissance, son mépris des droits de l'Eglise. Toutefois, nous n'avons pas cette lettre, tandis que quelques-unes des autres, adressées aux légats, aux membres de l'épiscopat français et allemands, aux Pères du concile de Soissons, à Hubert, à Charles le Chauve, ainsi que la correspondance relative k Hilduin nous sont heureusement parvenues'. On sent, au ton de ces lettres, l'indignation qu'a ressentie le pape en apprenant le mariage de Lothaire et de Waldrade. Dans son esprit, la cause du roi est déjà condamnée : un homme qui emploie de pareils procédés n'a pas confiance dans son bon droit. Prévoyant que le roi ne se soumettra pas à la sentence du concile, le pape songe aux mesures qu'il prendra contre lui, et il parle de recourir à l'excommunication ♦.
1. Epistola e[nscoporam rcjni Illotharii ud Ilincnuirnin, Mansi, t. XV, col. 645. Sc.iinfERS, op. laud., pp. 570 el 071, croit (pic la lettre où Hiiicniar annonce à Advcnce son arrivée au concile c(5nvo(|ué ])ar le roi (Flodoahd, //. II. K., liv. 111, cli. 23, éd. Lkjeune, t. II, p. 279) se rapporte justement an concile qui devait s'ouvrir à Metz, le i5 mars. Hincmar tenait à y assister, pnis(iu'il en avait antéricnroment réclamé la convocation. Si les archevêques lorrains l'invitent, c'est probablement qu'ils savent (juc de toutes manières il viendra; autrement ils se seraient bien (jardés de l'apiieler. Peut-être même espèrent-ils le détourner de se reiulre au concile, en lui enjui(jnanl de justifier son refus de consacrer Hilduin.
2. La Vitd Xicoldi ÇLih. pont., t. II, p. ifxj) parle du ciiaqrin qu'éprouva le IVmlife en apprenant le mariaqe de Lotliaire et île Waldrade et l'ap|)robalion ipi'y avaient donnée Guntlier et Theutqand.
4. La menace d'excommunier Lothaire se trouve dans les lettres a\ix évêques du concile de Soissons et à l'épiscopat de Gaule et de fier.nanie (.1. E. 2723, 272.'), Mni-VK, t. G.XIX, <o:i. 833 el 801).