‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 214 sur 764 · AMBASSADE ENVOYEE A CHARLES LE CHAUVE · texte numérisé non relu

AMBASSADE ENVOYEE A CHARLES LE CHAUVE

royaume'. Il n'y aurait pourtant rien d'invraisemblable à ce que le jeune roi, retenu dans le nord de ses Etats, eût confié le gouvernement du pays qu'il venait d'acquérir à son cousin, sur la fidélité duquel il pouvait compter.

On se rappelle la tentative que Charles le Chauve avait faite dix-huit mois auparavant contre le roi de Provence. La crainte qu'il ne la renouvelât avait peut-être influé sur ses neveux et les avait déterminés à s'entendre^. Ce qui prouve que Louis et Lothaire avaient des inquiétudes sur les dispositions de Charles à leur égard, c'est qu'ils lui firent demander de ne pas rompre la paix. Pour donner plus de poids k leur requête, ils prièrent Louis le Germanique de l'appuyer. Ce prince y consentit, et l'évêque Gebhard de Spire se joignit k Liutard, évêque de Pavie, et au comte Nanthaire, qui représentaient le premier Louis II, le second Lothaire II, pour aller trouver Charles le Chauve et obtenir de lui qu'il s'expliquât sur ses projets. Charles répondit aux ambassadeurs qu'il était disposé k observer la paix autant que le lui permettraient les attaques de ses adversaires?. Il est impossible de dire si les inquiétudes de l'empereur et de ses alliés étaient fondées. Dans tous les cas, l'union des trois souverains, qui se manifestait par l'envoi en commun d'une ambassade, était de nature k faire réfléchir le roi de France et k calmer les velléités belliqueuses qu'il aurait pu avoir. De fait, il s'abstint de toute agression k l'égard de Lothaire, le seul qui fût maintenant directement exposé k ses coups. Il n'y aurait rien d'étonnant k ce que Lothaire eût pris l'initiative de cette ambassade, qui avait pour but d'intimider Charles le Chauve. Plus que tout autre il avait besoin de ne pas avoir k redouter une intervention armée de son oncle.

Ce règlement de la succession de Charles de Provence occupa Lothaire pendant une partie des mois d'avril et de mai, sinon davantage. Tant que cette affaire n'était pas arrangée, tant que le roi n'avait pas reçu le serment de ses nouveaux sujets, le concile ne pouvait se réunir, puisque la présence de Lothaire était indispensable. La date k laquelle s'ouvrirait le concile ne fut-elle arrêtée qu'après le retour du roi en Francia, ou l'avaitelle été antérieurement, alors qu'il se trouvait encore en Provence ? Nous

1. C'est sans aucun fondement que Gingins-la-Sarra, Mémoires pour servira l'histoire des royaumes de Provence et de Bourgogne Jurane, t. I, p. 28, avance que Louis II et Lothaire « laissèrent d'iui commun accord au duc Gérard le gouvernement général du royaume de Provence ». Lokgnon, Girard de Roussillon (R. H., t. VIII, p. 258), a réfuté péremptoirement cette erreur.

2. Où Gisi a-t-il vu qu'en 803 \e pugus Bellicensis, comme d'ailleurs tout le royaume de Provence, tomba entre les mains de Charles le Chauves ? ÇScotingi et Wurasci, dans VAnzeiger fiir schweizerische Geschichte, neue Folgc, t. IV, p. 290). C'est pour ce motif, ajoute Gisi, qu'il n'en est pas fait mention au partage de Mecrssen. — Réginon, Chronicon 858, p. 77, parle d'mie querelle qui se serait élevée entre Lothaire et son oncle Charles au sujet de la Provence. Aucun autre document ne confirme cette assertion, qui a été cependant accueillie par Longnon, Girard de Roussi/Ion (R. H., t. VIII, p. 258).

3. Ann. Bert. 803, p. 62. — D'après DCmmler, t. II, p. 5o, si Charles le Cliauve se tint tranquille, c'est que s'étant posé auparavant (à Savonnières) en champion du droit et <ie la morale, il ne pouvait se démen ir à si bref délai.

2^8 I-r UK(;.\K l)K LOTIIAIUK II («âfi-ROy).

ne savons. Pendant le s6jt)ur Je l^otliairc dans le Midi, les lécjats avaient reçu les lettres du pape écrites en remplacement de celles qu'avaient dérohées les amis du roi. L'évèquo de lîeanvais Odon était de retour en France dans la seconde quinzaine do mai, car il remit le 24 de ce mois à l'archevêque de Reims une lettre do Nicolas à ce prélat'. Nous n'oserions alTirmer qu'Odon fût en môme temps porteur de la correspondance pontllicalo ipii devait être remise à Radoald et à son collègue, mais ils ont dû la recevoir vers cette époque^. Il est probable qu'alors Lothaire avait déjîi acheté leur concours. Les évéqucs étrangers devaient être écartés du concile : comment s'y prit-on pour les empêcher d'y venir ? Les légats supprimèrent-ils les lettres de Nicolas aux rois et aux évêques, ou se consentèrent-ils de les faire parvenir trop tard pour qu'il fût possible aux prélats franç^-ais ou allemands de se concerter entre eux et de choisir les délégués qui les représenteraient au concile de Metz ? On peut hésiter entre les deux hypothèses ; Hincmar parle dans ses Annales de lettres du pape que cachèrent les légats?; lui-même écrit à Nicolas qu'il fut convoqué quatre jours seulement avant l'ouverture du concile, et ce fut d'ailleurs par une lettre de Theutgaud et d'Arduic*. Il y eut une lettre au moins que les légats remirent à Charles le Chauve, celle relative à Baudoin et à Judith, en faveur de qui le pape intercédait auprès du roi de France, le priant de pardonner aux coupables et de laisser bénir leur union >. C'est à la fin de mai ou au début de juin, mais certainement avant le concile, que Radoald et Jean se rendirent à Soissons, où se trouvait le roi de France, pour traiter avec lui l'affaire de Baudoin : Charles se laissa fléchir, et Judith devint la femme légitime de son ravisseur*.

Quand cette partie de leur mission fut terminée, les deux légats reprirent le chemin de la Lorraine, pour y présider le concile, qui s'ouvrit à Metz vers le milieu de juin. Aucun évêque étranger n'était venu, soit que les convocations n'eussent pas été faites, soit qu'elles eussent été à dessein envoyées trop tard : ainsi Hincmar, nous l'avons dit, ne reçut la sienne que quatre jours avant la réunion du concile?. Ni Theutberge,

1. C'est ce que nous apprend une lettre de Nicolas à Hincmar de janvier 865 (J. E. 2784, MicNE, t. CXIX, col. 8y8, où il est écrit par erreur « iulii » pour « junii •, qui est la leçon donnée par Baro.mus, t. XV, p. 3, col. i). La lettre pontilicale remise à l'archevêque de Reims pour son sutlragant est le n° 2731 des Reg. pont.

2. Odon apporta certainement la lettre du pape aux évêques lorrains relative à Hilduin (J. E. -.i-j'^o), c'est Hincmar lui-même qui le dit au pape (Micnk, t. CXXVI, col aô). Il est vraisemblable que Nicolas lui avait confié le reste de la correspondance.

Page 1