GUNTHER ET THEUTGAUD ENVOYES À ROME
ture du concile. Radoald et Jean partirent les premiers, sans doute pour ne pas éveiller les soupçons du pape, qui aurait pu penser, s'il les avait vus arriver en compagnie des deux métropolitains de Lothaire, qu'ils étaient de connivence avec ces derniers. Mieux valait prendre les devants, tâcher de circonvenir Nicolas, et le préparer à bien accueillir les délégués du concile de Metz. Peut-être aussi les deux Italiens songeaient-ils à dégager leur responsabilité et à retirer leur épingle du jeu, laissant Gunther et Theutgaud se débrouiller comme ils le pourraient. Ce qui donnerait des soupçons sur leur bonne foi, c'est qu'arrivés à Rome ils auraient déclaré au pape ne pas avoir rencontré en Lorraine un seul évêque instruit, qui possédât les lois canoniques'. C'était là, il faut en convenir, une singulière façon de faciliter la tâche de Gunther et de Theutgaud ! Nous ne savons pas d'ailleurs comment ils présentèrent à Nicolas leur conduite, les débats et la sentence du concile. Ils durent se sentir d'autant plus mal à l'aise, qu'ils apprirent la condamnation de Zacharie, évêque d'Anagni, le collègue de Radoald dans la légation a Constantinople ; accusé et convaincu de s'être laissé corrompre par les Grecs, Zacharie avait été déposé par un synode, qui s'était réuni pendant que Radoald accomplissait, de la façon que l'on sait, sa mission auprès de Lothaire ^, Malgré les charges qui pesaient sur Radoald, Nicolas n'avait pas voulu que l'on instruisît son procès en son absence ; mais dès que le légat fut de retour, il convoqua un nouveau concile pour le juger. Quand Radoald connut les intentions de Nicolas, il prit la fuite de nuit et se cacha 3.
Le pape était en droit de supposer que, si Radoald avait accepté l'or des Grecs, il n'avait pas fait de difficulté pour recevoir celui de Lothaire. Les nouvelles qu'il reçut de Gaule ne tardèrent pas à confirmer ses craintes. Nous ne savons pas qui les lui fit parvenir, mais toujours est-il qu'à l'arrivée de Gunther et de Theutgaud le pape était instruit de tout ce qui s'était passé à Metz 4. Les deux archevêques avaient-ils connaissance de la chose ? Ils ne pouvaient en tous cas ignorer ni la convocation du concile qui devait juger Radoald, ni la fuite du légat prévaricateur. Pourtant, sans se laisser décourager par ces nouvelles de mauvais augure, ils s'acquittèrent de leur mission. A la fin de septembre ou dans les premiers jours d'octobre, ils se présentèrent devant le pape, qui présidait alors une séance du concile qu'il venait de réunir, et lui remirent la lettre contenant les actes du synode de Metz, en le priant de ratifier les décisions de cette assemblée. Ils ajoutèrent que tout ce qu'ils avaient fait se trouvait indiqué dans cette lettre. Le pape chargea un notaire de la lire à haute voix, puis, sans faire d'observations, sans examiner les assertions des Pères du concile de Metz, il congédia avec quelques paroles bienveillantes les
1. Ann. Bert. 863, p. 63; Kégunon, Chronicon 865, {)p. 82-83.