‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 222 sur 764 · TRIBUNAL COMPÉTENT POUR JUGER UN METROPOLITAIN · texte numérisé non relu

TRIBUNAL COMPÉTENT POUR JUGER UN METROPOLITAIN

être plus grande aux yeux de Nicolas que celle de Lothaire : Ils avaient failli à leurs devoirs de chrétiens et de pasteurs. Cette constatation dut remplir de tristesse et d'indignation l'àme du Pontife : étaient-ce là les exemples que donnaient un roi et des évêques, violateurs de toutes les lois divines et humaines? Comment, avec quelle autorité enseigneraientils la vérité et le bien, eux qui se complaisaient dans le mal et l'erreur? De pareils scandales ne pouvaient être tolérés plus longtemps. Il fallait en frapper les auteurs, quelque haut placés qu'ils fussent, ou plutôt parce qu'ils occupaient une situation élevée : plus ils se trouvaient en vue par leur rang, plus il y avait lieu de craindre qu'ils n'eussent des imitateurs. Pourtant, le pape ne se décida pas à sévir tout de suite contre Lothaire ; sa grande jeunesse, son peu d'expérience, son titre de roi, sa qualité de frère de l'empereur lui constituaient autant de titres à l'indulgence de Nicolas, qui voulut user de ménagements à son égard. Les évêques qui avaient mal conseillé Lothaire étaient les principaux coupables, et parmi eux Gunther et Theutgaud, qui dans cette affaire avaient joué le rôle de meneurs '. Seuls, ces derniers devaient être immédiatement frappés ; les autres seraient simplement menacés, s'ils ne faisaient une prompte soumission, de subir le même sort que les deux métropolitains. Tel fut probablement le raisonnement du pape ; c'est en tous cas à ce dernier parti qu'il s'arrêta, et les membres du concile se rallièrent à ses vues.

Au fond, Nicolas avait raison : Gunther et Theutgaud étaient très coupables, tous deux méritaient une punition ; seulement il convenait que celle-ci fût prononcée dans les formes. On reprochait, non sans raison, à Gunther et à Theutgaud d'avoir violé à l'égard de Theutberge les règles de la justice ; en procédant contre eux il importait de ne pas suivre leurs errements. Le pape eut le tort de ne pas le comprendre.

A qui appartenait le droit de juger les deux archevêques ? Un concile œcuménique, ou un concile général de l'empire franc auraient eu sans aucun doute la compétence nécessaire ; peut-être aurait-il suffi, pour que les décisions du concile fussent valables, qu'au moins les autres métropolitains de Lothaire, de ses oncles et de ses frères, ainsi que les évêques suffragants des deux archevêques inculpés eussent fait partie de l'assemblée. Un synode d'évêques italiens présidé par le pape avait-il qualité pour prononcer sur le cas de Gunther et de Theutgaud? On doit, semble»t-il, répondre non à cette question. Au v= siècle, plusieurs papes avaient jugé, avec le concours de conciles italiens, des métropolitains de la Gaule ou de l'Orient; ainsi, saint Léon le Grand cassa la décision d'un synode primatial gaulois qui, à l'instigation d'Hilarius, métropolitain d'Arles, avait déposé le métropolitain de Besançon, Celidonius. Le pape restaura celui-ci sur son siège, et déclara déchu de son rang de métropolitain Hilarius, qui fut réduit à la condition d'un simple évêque d'Arles^. Mamert, métropolitain de Vienne, empiétant sur les droits de son collègue

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