‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 238 sur 764 · DISPOSITIONS DES ROIS ET DE LEUR HAUT CLERGE · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS DES ROIS ET DE LEUR HAUT CLERGE

ensuite abandonnés. Quel espoir leur restait-il ? Pouvaient-ils compter que leurs collègues lorrains, que Lothaire lui-même montreraient plus de fermeté et auraient le courage de résister au pape ? D'un autre côté, les évéques étrangers, auxquels ils avaient adressé leur mémoire, et dont ils avaient réclamé le concours, allaient-ils répondre à leu-r appel ? Dans l'empire grec, où l'empereur et une partie de l'épiscopat étaient en lutte avec le pape, les deux métropolitains pouvaient compter sur des sympathies, toutes platoniques d'ailleurs, et qui ne se traduiraient pas par des actes : de ce côté il n'y avait rien à attendre. L'épiscopat italien ne pouvait se prononcer en faveur d'hommes qui avaient perdu l'appui de l'empereur, son souverain. Vu l'hostilité à leur égard de Charles le Chauve et d'Hincmar, Gunther et Theutgaud étaient assurés que les évêques français ne tenteraient rien en leur faveur ; c'est en effet ce qui arriva, et Hincmar, si jaloux des prérogatives des métropolitains, si ardent à les défendre contre le pape, quand il s'agissait des siennes, approuva la condamnation irrégulière que Nicolas avait prononcée contre les archevêques de Trêves et de Cologne : il fallait que la haine l'aveuglât bien fort' ! Sa joie fut moindre, lorsque le pouvoir du pape s'exerça à ses dépens dans des conditions différentes, il est vrai, mais de façon pourtant à mortifier son amour-propre et à léser ses droits de métropolitain. Restait l'Allemagne, sur laquelle comptaient Gunther et son collègue, comme le prouve leur lettre aux évêques lorrains^. Louis était l'allié de Lothaire ; son archichapelain Grimoald, le propre frère de Theutgaud 3, devait énergiquement intervenir en faveur de celui-ci et de Gunther auprès de son maître et des évêques allemands. Mais jusqu'où irait la bonne volonté de Louis et de son clergé? L'attitude de Louis à Savonnières en 862 n'était pas de nature à inspirer une grande confiance en sa fermeté. En outre, le siège de Maj'ence venait d'être donné à un homme qui, sans être personnellement hostile a Gunther et à Theutgaud, approuvait leur condamnation, ou du moins n'était pas disposé à se révolter contre elle : Liutbert, élevé le 3o novembre 863+ sur le siège le plus important de l'Allemagne, n'avait pas encore au début de son épiscopat la même influence que Grimoald, mais elle ne tarda pas à se développer, et c'est à elle très probablement qu'il faut attribuer la volte-face exécutée par Louis le Germanique dans sa politique extérieure vers la fin de l'année 864 î. Quoi qu'il en soit, ni Louis ni ses évêques n'entendaient engager la lutte contre le Souverain Pontife ; l'envoi à Rome de l'évêque Salomon, de

1. Hincmar n'a pas un mot de blâme pour la déposition de ses deux collègues, il qualifie de diabolique leur mémoire de protestation, et dans VOpusculum aduersus Hincmaruni Laudunensem episcopum, ch. 47 (Migne, t. CXXVI, col. i63), il parle de l'obstination irrévocable qui a fait exclure Gunther de l'Église.

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