‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 24 sur 764 · Nous parlerons plus loin de Gérard de Roussillon · texte numérisé non relu

Nous parlerons plus loin de Gérard de Roussillon

2. Sur les origines de la famille à laquelle appartenait Lambert, voir Waitz, Ueber dus Herkommem des Markgrnfen Wido von Spoleto (F. D. G., t. III, pp. i49-i54), et WtJSTENFELD, Ueber die Herzoge von Spoleto aus deni Hause der Guidonen (ih. ib., pp., 383-432).

3. Sur Matfrid, voir Croll, Origines Bipontime (t. I, pp. 9G et suiv.); Kuijger, Der Ursprung des Hanses Lotliringen-Habsburg (pp. 6 et 7), et Witte (Heinrich), op. cit. (pp. 33 et suiv.).

4. L'origine austrasienne de Robert le Fort a été soutenue récemment par ^NIerlet, dans le travail dont il a été fait mention plus haut.

5. Le testament d'Evrard (d'Achery, Spicilegiam, t. II, p. 876) nous montre ([u'une partie des biens de ce seigneur était située dans les p<igi austrasiens d'abord, puis lorrains, de Hesbaye, de Goiidroz, de Toxandrie et de Moilla. Quoique mariée à Gisèle, sœur utérine de Charles le Chauve, Evrard s'était rallié au parti de Lothaire, qu'il accompagna en Italie, quand, en 834, ce prince s'j' retira. Sur Bérenger et sa famille, voir Wenck, Das fr. Reich, etc., p. 35o, et Die Erhebung Armilfs, p. 68; Dummler, Gesta Berengarii, pp. 12 et suiv., et Gesch. d. OR., I. I, p. 119, p. 211, n. 6, p. 333, etc.; Ed. Favre, La Famille d'Evrard, marquis de Frioul (Études d'histoire du Moyen Age dédiées à G. Monod, pp. i55 et suiv.).

6. Voir EiNHARD, Vita Karoli Magni, ch. 22 et 3o (pp. 20 et aS de l'édition in usum scholarum) ; Thégan, Vita Hladowici, ch. 37, 4i et 4^ (SS., t. II, pp. 5g8 et 601); l'As- TRONOME, Vita Hludovici, ch. 28 (SS., t. II, p. 621); Nithard, Historiaruni libri IIII, liv. IV, ch. I (p. 43 de l'édition in usum scholarum) ; Chronicon Moissiacense, aux années 8o4 et 810 {SS., t. I, pp. 307 et 309); Réginon, Chronicon 869 (p. 98); le poème De sancto Karolo (Einhard, Vita K. M., éd. in us. se, p. 43). Cf. Ann. Fuld. 839 (p. 3o) ; Adon, Chronicon {SS., t. II, p. 822); Waitz, D. VG., t. III, pp. 254, 255.

7. Voir HiMLY, De la Décadence carlovingienne (B. E. C, t. XII, p. 2o3), et Zeller, op. cit., t. II, p. 60.

8. Parmi les historiens modernes qui ont défendu cette opinion, citons : Sismondi, Histoire de France, t. III, pp. 9, 10, 58, 59 ; Augustin Thierry, dans la XI* de ses Lettres sur l'histoire de France; Luden, Histoire de l'Allemagne (traduction Savagner, t. II, pp. 5oo et 5oi) ; Michelet, Histoire de France, t. I, ch. 3, des éditions antérieures à 1869 ; Gfrœrer, t. I, pp. 64 et 65. — Guizox, discutant la thèse d'AuGUSTiN Thierry, car c'est ce dernier historien surtout qui l'a mise en relief, la trouve beaucoup trop exclusive ; suivant lui, d'autres causes ont contribué, avec l'hostilité des races, à la dissolution de l'empire carolingien (Histoire de la civilisation en France, t. II, XXIV leçon ; Essais sur l'histoire de France, III» essai; Histoire de France, t. I, pp. 270 et 271); c'est aussi l'avis de

6 Li; RÈGNE DE LOTIIAIRE l" (843-855).

inoiqiuMit pas en faveur de cette luaiiière de voir ; nulle part on ne rencontre la trace d'un patriotisme français, non plus que d'un patriotisme allemand '. Saxons, Bavarois, Lomhai'ds, Aquitains, contre lesquels Cliar- Icmaijue avait eu à soutenir des luttes opiniâtres, et dont il avait dû u plusieurs reprises réprimer les révoltes, acceptaient maintenant, tran- (piillos et résiqnés, le gouvernement de Louis le Pieux ^. L'esprit particularistc n'était ])as mort, nous l'accordons, mais il n'avait pas la force d'accomplir l'œuvre de destruction qu'on a voulu lui attribuer.

Non, si l'empire franc s'est disloqué, c'est d'abord parce (ju'il n'avait pas les institutions dont il aurait eu besoin pour se maintenir?. Celles dont il était pourvu, même avec les améliorations qu'y avait introduites Cliarlemagne, pouvaient bien suffire à un royaume d'étendue médiocre ; elles étaient incapables de satisfaire aux besoins d'un Etat qui comprenait toute l'étendue de la France actuelle, la Belgi([ue, la Hollande, la moitié de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, la Suisse et les deux tiers de l'Italie, sans parler de deux provinces espagnoles.

Le service militaire gratuit et obligatoire pour tous les hommes libres était devenu sous Charlemagne une charge écrasante •♦ ; il ne se passait pour ainsi dire pas d'année où il n'y eut une expédition, et vu l'iumien-

Lehukuou, Histoire des instifalions carolingiennes, pp. 558-.Ï96 ; Himly, Wala et Louis le Débo/tniiire, p. 5, et De la Décadence carlovingienne (B. E. C, t. XII, pp. 207-209), et Zelleh, Histoire de l'Allemagne, l. II, p. r>3, cruioiit les nations soumises hostiles aux Francs, mais admettent d'autres causes de dissolution. Pour Wexck, p. an, les peuples vaincus par les Francs aspirent à l'indépendance, mais il n'existe point d'anla- (jonisme entre les populations (jermanii[ues d'une ])art et les populations romanes d'autre part; cf. pp. 36i et suiv. ; Dummler, t. I, p. i5 et pp. 2o4-2o5, ne voit aucune trace de haines nationales dans les luttes (pii éclatent sous Louis le Pieux ; pourtant, t. I, p. 5(j, n. 2, il interprète dans le sens d'une opposition entre les Francs et les Germains d'outre- Rhin, le passarje suivant de la Vita Hludouici, ch. 4''' i^^-, '• H. P- *533) : « diflidens (Ludovicus) quidem Francis, magisque se credens Germanis. » Fusïel de Coula>ges, Les Transformations de la royauté à l'époque carolingienne, pp. 617 et suiv., 63o et suiv., se prononce très nettement contre la théorie d'AuGUSTiN Thierry ; il n'y a i)oint, ditil, de sentiment national éveillé, point d'hostilité de race, point d'aspirations à l'indépendance chez les peuples soumis. Monod, Du Rôle de l'opposition des races et des nationalités dans la dissolution de l'empire carolingien (Annuaire de l'Ecole pratique des hautes études pour iSyO, pp. 2 et 3), reconnaît ([ue Fustel a raison pour les ciiuiuante premières années du ix» siècle.

1. Aux auteurs que nous avons cités dans la note précédente, il convient d'ajouter Dareste, Histoire de France, t. I, p. 445, Mourin, Les Comtes de Pa/'is, |>. 10, et W'aitz, D. VC, t, IV, p. 052, (jui rejettent également l'existence d'un patriotisme frani^ais ou allemand.

2. C'est ce (juc montre bien Mo.\od, p. 3 de l'article cité plus haut. Il fait pourtant, et non sans raison, une exception pour l'Aipiitaine.

3. L'insuffisance des institutions est relevée par Guizot, LEiiui'':R0U, Himly, Warnkce.mq et Gérard (pour ces auteurs, voir ci-dessus), par Waitz, D. V(!., I. IV, pp. t33t) et suiv., et par Suklje, Die Entstehung and Bedeulung des Verduner Vertrags, p. 0; Suklje croit encore d'ailleurs qu'il existe un antagonisme entre les Germains et les |iopulatious romanis. Il est étonnant que Fustel de C.oula.nges n'ait fait ([u'indiipier en |)assant cette cause de faiblesse dans le chapitre où il traite de la dissolution de l'empire carolingien (op. cit., |ip. (Î18 et suiv.). Il faut bien le reconnaître, nous n'avons là qu'im fragnu-nt, où l'éminetit historien n'a pas donné à toutes ses idées le développeuu-nt (pi'elles com(tortaient.

4. Waitz, /;. VG., t. IV, pp. 554, 555, et Fustel de Goui.a.nges, op. cit., p. 5oij, reconnaissent la lourdeur du fardeau i(ii'i''lait le service militaire.

CAUSES DE FAIBLESSE DANS L EMPIRE FRANC. j

site de l'empire, il fallait quelquefois parcourir des centaines de kilomètres avant d'être arrivé sur le théâtre de la guerre.

D'autre part, les comtes étaient trop puissants, trop indépendants de l'autorité royale, tant par suite de l'hérédité qui tendait à s'établir, que delà concentration entre leurs mains de tous les pouvoirs'. Bien souvent, ces agents étaient indignes de la mission dont ils étaient chargés. Quant à ceux qui étaient honnêtes et expérimentés, on ne pouvait pas raisonnablement leur demander d'être à la fois bons administrateurs, bon juges, bons gendarmes, bons capitaines et bons trésoriers ; s'ils s'acquittaient bien de l'une de ces fonctions, il y avait des chances pour qu'ils fussent médiocres dans l'exercice des autres. A supposer même qu'il s'en trouvât un qui possédât toutes les qualités, toutes les aptitudes, le temps lui aurait manqué pour l'accomplissement des devoirs différents qu'il était tenu de remplir.

II fallait donc au nouvel empire, en même temps qu'une armée permanente répartie aux frontières ou dans les provinces mal soumises, un corps de fonctionnaires civils chargés d'administrer et de rendre la justice. Pour l'entretien des troupes, des comtes et de leurs subordonnés, car les uns et les autres auraient été payés, il eût été nécessaire, vu l'insuffisance du produit des impôts encore existants, d'en créer de nouveaux ou de faire revivre ceux qui avaient été abolis. La perception de ces impôts aurait été confiée a des agents spéciaux.

En un mot, du moment que l'on ressuscitait l'empire romain, on devait revenir au système qui l'avait fait vivre cinq siècles. Cet empire avait possédé une armée permanente, des fonctionnaires civils à la fois administrateurs et juges, et des impôts réguliers : ces organes, l'empire franc en avait besoin, lui aussi, pour subsister.

Seulement, était-il possible a Charlemagne de restaurer les institutions romaines, de les faire accepter par les hommes de son temps? Nous ne le croyons pas ; il semble d'ailleurs que le premier des empereurs francs n'en ait pas eu l'idée. Tirer de ce qui existait avant lui le meilleur parti possible, combattre les maux dont souffrait la société par des remèdes empiriques, telle a été la méthode suivie par Charlemagne ^. Il a mieux

I. Sur la trop çjrande puissance des fonctionnaires, voir Himly, De la Décadence carlovingienne, loc. cit., Warnkœmg et Gérard, op. cit., t. II, p. 196, Waitz, D. VG., t. IV, p. 646.

3. Pour rendre le service militaire moins lourd, il a eu recours à différentes mesures, mais les unes et les autres ne devaient rester en vigueur que pendant une courte période de temps. Ainsi, le Me/noratoriuni de eœercita in Gullia occidentnli promouendo, ch. .^ (ce, t. I, p. i34), règle le service d'après la fortune que l'on possède, et les Capitula de caiisis diversis, ch. 2 (CC, t. I, p. i36), allègent pour les Saxons le service, à proportion de l'éloignement du théâtre de la guerre ; mais ces dispositions n'étaient valables que pour l'année 807, et il avait fallu une famine pour déterminer Charlemagne à le:* prendre.

Plus efflcace était certainement l'institution des missi dominici ; ces agents étaient pris parmi les évèques et les comtes, et nommés par le souverain, qui les changeait tous les ans. Leurs pouvoirs étaient très étendus ; ils devaient assurer l'exécution des ordres du roi, prêter main-forte aux autorités locales, quand celles-ci étaient trop faibles, veiller à

8 LE RÈGNE DE LOTIIAIUE 1^"^ (843-8r)5).

aimé l'-layer tant liieu que mal les murs branlants de la vieille maison que de les jeter bas pour construire sur des bases solides un nouvel édifice.

Au moins, par la vigilance, l'ingéniosité et l'activité qu'il avait dé- [doyées dans l'accomplissoiaent de cette tâche, avait-il réussi à conjurer le mal. Clos ({ualités taisaient niallieureusenient défaut a son (ils : Louis avait de belles vertus privées, mais il n'était rien moins ([u'un homme d'Etat ', Pourtant, au début de son règne, quelques-uns de ses conseillers-, soucieux d'assurer la paix et l'unité dans l'Eglise et dans l'empire, lui inspirèrent des mesures prévoyantes ([ui, s'il les avait respectées, auraient [)u [)rodulre les bons effets que l'on espérait d'elles J. L'acte de 817, par lequel Louis réglait sa succession, en accordant à l'aîné de ses fils la dignité impériale, tandis que les deux cadets devaient se contenter d'une couronne de roi, n'établissait pas seulement au profit du premier une prééminence honorifique ; elle faisait de Louis et de Pépin les vassaux de 4eur aîné, et l'attribution à celui-ci des deux tiers ou des trois quarts de l'empire, alors que les deux autres étaient réduits, le premier k la Bavière, le second à l'Aquitaine, mettait entre les mains de Lothaire une force matérielle suffisante pour qu'il put obliger au besoin ses frères à reconnaître ses droits de suzerain 4.

Ces dispositions, qui rompaient d'une façon heureuse avec la coutume barbare des partages égaux, source de tant de conflits, font le plus grand

ce qu'elles remplissent les devoirs de leurs charges, corriger les erreurs et les injustices qu'elles avaient commises ; en un mot, ils prenaient au nom de l'empereur toutes les décisions ([ue celui-ci aurait prises lui-même. Seulement, et là était le vice du système, l'évêque et le comte envoyés comme inissi dans une région, avaient dans cette même région, le premier son diocèse, le second son pnfftis. Ils allaient donc inspecter des collègues, qui seraient chargés plus tard de les inspecter eux-mêmes. On conçoit que, dans ces conditions, les misst se soient montrés indulgents pour ceux qu'ils avaient à surveiller, et aient fermé les yeux sur bien des irrégularités. Pourtant ils s'acquittaient de leur mission avec ([uelque conscience, quand le souverain était, comme Charlemagne, un homme actif, énergique et qui entendait se faire obéir. Avec un empereur faible et indolent, au contraire, l'institution ne donnait plus de résultat appréciable.

1. C'est ce que reconnaissent Lehuërou, op. cit., pp. 58/», ôS.'î, Himly, Wala et Louis le Débonnaire, p. 12, Zeller, op. cit., t. II, pp. 64 et 90, et Simso.n, op. cit., t. I, pp. 33 et suiv. Le jugement de Lkiiukkou est pourtant plutôt favorable à Louis, qui, d'après lui, aurait porté le poids des fautes de Bernard, son ministre.

2. Si Wal» n'a pu inspirer directement l'acte de 817, vu qu'il était alors en disgrâce, comme le fait justement observer Simson, op. cit., t. I, p. 109, n. a, on peut croire que l'initiative en revient à des hommes qui étaient animés de son esprit, qui partageaient ses vues. Sur le désir qu'avait Wala de maintenir l'unité, voir la Vitii Walie, cii. 10, de Paschase Radbert (SS., t. 11, p. ^>'i']).

3. Dareste, op. cit., t. 1, p. l^t^Z, parait croire que l'empire aurait pu continuer de subsister; c'est Fontanet qui l'a tué. — Muhi.uacuer, Deutsche (leschir/ite unter den Kdrolintjern, pp. 334 cl 058, estime que l'exécution intégrale des dispositions arrêtées en 817 aurait assuré le maintien de l'unité de l'empire. — On pourrait presipie dire que c'est également l'opinion de Dummmjr qui, t. I, p. ifig, attribue à la bataille de Fontenoyen-Puisaye et aux fautes de Lothaire la ruine de l'empire qu'avaient fondé Charles-Martel et sa maison. — Il est diflicile de dire iiuelle était à cet égard la pensée de Fustkl uk Coulanges (o/>. cit., pp. C24 et suiv.).

Page 1