LOTHAIRE ET SES ÉVEQUES ÉCRIVENT AU PAPE
et suivent la vraie doctrine catholique. A la fin comme au début de sa lettre, le roi se plaint que Nicolas ait ouvert trop complaisamment ses oreilles aux accusations de ses ennemis, qui convoitent son royaume. Il est prêt d'ailleurs à répondre à ses détracteurs, et à faire le voyage de Rome, pour se justifier devant le Souverain Pontife. Il avait, prétend-il, donné toute sécurité à ses accusateurs pour venir au concile (de Metz), les légats peuvent en témoigner, et il était disposé, sans tenir compte de son titre de roi, à réparer ses torts, comme le dei^nier de ses sujets'.
On le voit, dans cette lettre la vérité est fréquemment altérée, les assertions inexactes ou mensongères abondent : citons en particulier celles qui concernent Engeltrude, ou encore les accusateurs de Lothaire. Gomment, d'autre part, le roi ose-t-il invoquer à l'appui de sa parole le témoignage de ces mêmes légats qu'il a corrompus, et dont la culpabilité, il ne peut l'ignorer, est bien connue du pape ? Lothaire se garde d'ailleurs d'apprendre à Nicolas qu'il a confié à Hugues l'administration du diocèse de Cologne. Enfin, on remarquera qu'il ne parle ni de Theutberge, ni de Waldrade. Nous ne possédons qu'un court fragment de la lettre qu'avait écrite le pape à Lothaire au sujet de ses deux femmes, mais nous savons par une lettre de Nicolas à Louis le Germanique, de mai 864, qu'il réclamait tout au moins le renvoi de Waldrade, et sans doute aussi la restitution à Theutberge de ses droits d'épouse et de reine ^. Un peu auparavant, le 3o mars 864, il invitait Adon, archevêque de Vienne, devenu depuis un an le sujet de Lothaire, à employer auprès de son roi tous ses efforts pour le faire rentrer dans la voie de la justice > : cela signifie qu'Adon devra exhorter Lothaire à reprendre sa femme légitime. Cette voie, Lothaire n'était nullement disposé à la suivre, le silence de sa lettre au Souverain Pontife en est une preuve péremptoire, et il fallut de la part du pape de nouveaux efToi^ts, une menace d'excommunication, pour amener le jeune roi à capituler.
Cette lettre de Lothaire, qui n'était pas de nature à satisfaire celui à qui elle était adressée, devait être portée à Rome par Ratold, évêque de Strasbourg +.
Ce prélat et peut-être aussi ses collègues avaient déjà dû faire parvenir au pape les assurances de leur repentir ainsi que de leur complète soumission à ses ordres. Nous possédons en effet un fragment de la lettre que Ratold adressa à Nicolas ; à l'époque où il l'écrivit, il ignorait certainement que Lothaire l'enverrait à Rome, car du moment qu'il pouvait implorer son pardon de vive voix, sa lettre n'avait pas de raison d'être. Celle-ci est donc antérieure tout au moins à la décision prise par Lothaire
1. B. M. 1269, Mansi, t. XV, coll. 384-386. Cf. Ann. Bert. 864, p- 71. Le 21 mai, Lothaire se trouvait à Aix-la-Chapelle, où il fit un échange avec l'abbaye de Priim (B. M. 1268, MR. UB., t. I, n» 100). C'est le 21 mai que tombait la Pentecôte cette-année-là.