ENTREVUE DE LOTHAIRE ET DE LOUIS II A ORBE (86A
cause. Son alliance avec Lothaire, qu'on aurait pu croire compromise, était redevenue plus solide que jamais, depuis qu'il avait eu avec lui une nouvelle entrevue. Un peu après l'envoi à Rome de Ratold, Lothaire s'était en effet mis en route, pour aller au-devant de son frère. Il devait être peu satisfait de la conduite de Louis, qui, au lieu de soutenir énergiquement Gunther et Theutgaud, avait eu la faiblesse de les abandonner. Mais Lothaire avait un trop grand besoin de l'empereur pour que sa mauvaise humeur l'amenât à se brouiller avec lui. Il est très probable que l'entrevue fut demandée par le jeune roi, qui désirait s'assurer le concours dévoué de Louis, soit pour intervenir auprès du pape, soit pour résister à Charles le Chauve en cas d'attaque de ce prince. Lothaire voulait sans doute faire rendre à Gunther et à Theutgaud leurs archevêchés, surtout il tenait à ne pas être séparé de Waldrade : à Louis le soin d'amener Nicolas à modifier son attitude. D'autre part, le spectacle de l'entente qui régnait entre les deux frères ferait sans doute réfléchir leur oncle de France et l'empêcherait d'attaquer Lothaire. Ce ne sont là toutefois que des hypothèses, car Hincmar, qui relate l'entrevue de Louis II et de Lothaire, ne dit rien des vues qu'ils échangèrent, ni des décisions qu'ils prirent'. Nous savons que les deux princes se rencontrèrent à Orbe, où avait eu lieu huit ans auparavant le règlement de la succession de Lothaire I", mais aucun document ne nous fait connaître la date de l'entrevue. Celle-ci est racontée dans les Annales Bertiniani^ longtemps avant l'assemblée générale que Charles le Chauve tint à Pitres, dans le courant de juin. D'autre part, un diplôme de Lothaire pour l'abbaye de Prùm nous apprend que le roi était à Aix-la-Chapelle le 21 mai. Si Hincmar a suivi dans ses Annales l'ordre chronologique, vu le grand nombre de faits qui s'intercalent entre l'entrevue dOrbe et l'assemblée de Pitres, ouverte le i"^ juin, Lothaire n'a pu aller à Orbe après le 21 mai. Ce voyage serait donc plutôt à placer antérieurement à cette dernière date, dans la prem.ière quinzaine de mai par exemple 3.
Est-ce à l'entrevue d'Orbe que Louis II, à l'instigation de son frère, aurait pris le parti de fermer l'accès de l'Italie à Robert, évêque du Mans, que Charles le Chauve avait chargé de conduire k Rome Rothade, évêque de Soissons ? Rothade, déposé par un concile des évêques de la province de Reims, en avait appelé au pape et, après bien des hésitations, on se décidait enfin à lui permettre de se rendre en Italie sous la conduite de l'évéque du Mans. Vers la fin de 862 ou plutôt au début de 863, et probablement lors de l'entrevue qui réunit au printemps de 863 Louis II et Lothaire, plusieurs métropolitains des deux frères et du jeune Charles, mort récem-
1. Ann. Bert. 8G4, p. 71. Lothaire passa par Gondreville et Remiremont.