B. M. 1268. Nous avons déjà parlé de ce diplôme
3. MuHLBACHKK, Rcff . K(tr., p. 493, sans faire attention que dans les Ann. Bert. la mention de l'entrevue vient longtemps avant celle de l'assemblée de Pitres, place le voyaije de Lothaire à Orbe après l'envoi à Rome de Ratold, qui serait lui-même postérieur au 21 mai. DuMMLEii, t. IL p. 78, n. 7, croit que la rencontre des deux frères eut lieu au début de l'été.
2lM) LK UlUi.NE DE LOTHAIUK II (S'.^-HCxj).
ment, avaient invité leurs collègues de Germanie à intervenir en laveur (le llotliudc, qu'Ilincmar avait lait déposer, mais qui en avait appelé au pape ' : c'étaient (junllier, Theutgaud, Arduic, Roland d'Arles et Tadon de INIilan. (lonuue nous l'avons dit plus haut, la mention île Roland et de Tadon en tète de cette lettre est une preuve que celle-ci a été écrite durant la conlerence où l'empereur et son l'rère s'entendirent sur le partage lie la Provence ; on ne voit pas à cette épo([ue d'autre circonstance où les archevêques de Milan et d'Arles aient pu se rencontrer avec leurs collègues de Trêves, de C^ologne et de Besançon. Vraisemblablement, l'initiative de cette lettre, où il était insinué qu'Hincmar avait conçu iiuel([uc jalousie de la sainteté de Rotluide, revenait à Gunther, qui saisissait avec joie une occasion d'intervenir dans les affaires religieuses de la province de Reims, et d'être désagréable à Ilincmar. Cette lettre ne produisit, à ce (pi'il seml)le, aucun résultat. Mais enfin Rothade, ne fut-ce que parce qu'il avait encouru la haine et la persécution d'Hincmar, pouvait compter sur les sympathies de ceux qui en voulaient à son métropolitain.
Outre Robert, évêque du Mans, Rothade avait avec lui les délégués des prélats qui l'avaient jugé ; ces délégués étaient chargés de remettre au pape les actes du synode^. L'intention de Robert et de ceux qui l'accompagnaient était, à ce qu'il semble, de gagner l'Italie par la voie romaine qui, pai'tant de Reims, passait par Chàlons, Troyes, Langres, Besançon, Orbe, Lausanne, Saint-Maurice et le grand Saint-Bernard. Une fois sur la rive gauche de la Saône, ils se trouvaient dans les Etats de Lothaire. Ils arrivèrent sans encombre jusqu'à Besançon, peut-être même poussèrent-ils jusqu'à la frontière qui séparait le royaume de Lothaire de celui de l'empereur ; on se rappelle que depuis Sôg cette frontière était formée à peu près par la chaîne bordière orientale du Jura?. Robert et sa suite furent-ils réellement arrêtés par les gens de Louis II, qui aurait ordonné de ne pas les laisser pousser plus avant ? C'est la version que donne Hincmar dans ses Annales 4. Mais Nicolas, écrivant à Charles le Chauve et à l'archevêque de Reims, présente autrement les faits, d'après la lettre que lui adressèrent les délégués du roi et du synode pour s'excuser de n'être pas allés jusqu'à Rome : ceux-ci avaient simplement ententlu dire que l'entrée de l'Italie leur était interdite connue à des ennemis et ipi'ils ne (levaient pas compter sur l'escorte dont ils avaient besoin pour accomplir le ti'ajetî. Ainsi donc, c'est sur un simple bruit, dont ils ne vérifient pas le bien-fondé, que, d'après leur propre témoignage, ils interrompent leur voyage. Cette seconde version nous paraît préférable à l'autre. On
1. Mansi, t. XV, coll. 04"i-r)/i8. Voir ci-dessus, p. aa'j, n. a.
2. Ann. lierl. 8O4, pp. 71-72. Cf. lettres du pape à Ciiarles le C.liauve et à lliiK-niar, de janvier (?) 8(15 (J. K. ^78^, 2784, Micm:, I. C.XIX, cuil. 8.j4 et 8(j8).
H. Voir ci-dessus, p. \\\t\.
/(. Ann. lirrt. 8C)/(, p. 7^.
r>. .1. 1;;. 2873, ^874 (iMui.M;, t. CXI.X. coll. 8,y, n S(,8J.
HUBERT TUÉ PAR CONRAt) LE JEUNE (864). 261
ne voit pas pour quel motif l'empereur aurait empêché Robert et les envoyés du synode d'aller à Rome ; on comprend bien mieux que ces derniers aient cherché un prétexte pour s'épargner un voyage long et pénible, et l'humiliation d'assister à la réhabilitation probable de Rothade^ Ils retournèrent en France, après avoir écrit au pape pour se justifier de ne pas aller k Rome. Rothade, qui se disait malade, resta à Besançon, d'oîi il ne tarda pas d'ailleurs a repartir pour continuer son voyage. Faisant un grand détour, il passa par Coire, ville qui appartenait k Louis le Germanique, franchit les Alpes et alla demander k Louis II de lui fournir les moyens de gagner Rome. Les évêques lorrains et allemands avaient donné k Rothade pour l'empereur des lettres de recommandation^. L'évèque déposé de Soissons arriva sans encombre jusqu'au pape, qui revisa son procès, cassa la décision du synode français et ordonna la restauration de Rothade sur son siège'.
Il peut sembler singulier que le prélat n'ait pas suivi, pour se rendre en Italie, la route la plus directe, celle qui passait par Orbe, Lausanne et Saint-Maurice. Le seul motif qui puisse expliquer cette décision, en apparence bizarre, est la crainte d'Hubert, qui se maintenait toujours dans la haute vallée du Rhône. Dès 860 il avait trouvé un asile dans les Etats de Charles le Chauve, où sa sœur ne tardait pas k le rejoindre ; en 862 même ce prince lui avait donné l'importante abbaye Saint-Martin de Tours4. Hubert toutefois n'abandonnait pas son ancien duché, et nous savons qu'en septembre-octobre 862 il se trouvait k Saint-Maurice. Ainsi, l'empereur, maître du pays depuis 869, n'avait pas été jusqu'alors plus heureux que Lothaire dans la lutte contre le frère de Theutberge. Il est vi'ai que, retenu en Italie par les Sarrasins, il n'avait pas le loisir de venir en personne guerroyer dans la vallée du Rhône. Bref, jusqu'en 864 Hubert resta insaisissable. Mais en cette année les choses allaient prendre une autre tournure.
Nous avons parlé plus haut de l'entrevue que Louis II et Lothaire eurent k Orbe en mai 864. Us est très probable qu'ils s'occupèrent d'Hubert et de l'insuccès des tentatives faites jusqu'alors contre le rebelle. Il fallait en finir avec lui, et pour cela, trouver un homme capable de le détruire. Le choix de Louis II tomba sur Conrad le Jeune, l'ancien comte d'Auxerre. Nous avons vu que successivement son père Conrad, puis son frère Hugues avaient cherché un asile auprès de Lothaire, qui avait donné au second l'archevêché de Cologne. Peut-être le jeune Conrad s'était-il
1. Nous nous sommes rangé à l'opinion de Schrœrs, op. laud., p. 2.17, n. 72, et de BiJCHTixG, Die Glaubwiirdigkeil Hinkinars, pp. 9-10. Ils se trompent cependant en avan- 4jant que c'est Hincmar lui-même qui avait donné la seconde version en écrivant au pape ; elle provient de Robert et de ceux (jui accompagnaient Rothade. Noorde.x, op. laud., |). 197, accepte le dire des Anii. Bert. ; (juant à Dûmmler, t. II, p. (j3, n. 2, il ne se prononce pas.