ENTREVUE DE LOUIS ET DE CHARLES A TUSEY
des de la convention qu'ils avaient signée ', mais il est probable que les pourparlers préliminaires avaient pris plusieurs jours.
Si les deux rois avaient pu craindre que Nicolas ne fût sur le point d'excommunier leur neveu, les nouvelles qui leur arrivèrent de Rome, soit avant, soit pendant leur entrevue, les rassurèrent. Le danger de l'intervention pontificale n'était pas cependant écarté. Nicolas n'avait pu tenir le i^"" novembre le concile général qui devait juger Lothaire et ses archevêques. Mais un homme aussi énergique, aussi tenace que l'était le pape, n'abandonnait pas facilement une idée qu'il croyait juste. Revenant donc à la charge, il convoqua pour le mois de mai 865 ^ un concile, qui devait, comme le précédent, celui qui n'avait pu se réunir, se composer de tous les métropolitains, et, à leur défaut, de deux évêques par province 3. Cette assemblée aurait eu probablement à examiner les trois questions de Photius, de Lothaire et de ses deu.x archevêques. Les prélats de Louis le Germanique, de Charles le Chauve et de Lothaire, ainsi que ces trois princes eux-mêmes furent avisés des intentions de Nicolas''. Les lettres pontificales qui leur étaient destinées partirent sans doute en janvier, car elles étaient arrivées en Francia avant l'entrevue qui réunit à Tusey, dans le courant de février, les deux oncles de Lothaire ; peut-être ne les reçut-on qu'à Tusey même >'. Mais, pas plus qu'en 864, Louis le Germanique, ni Charles le Chauve, ni leurs conseillers ne se souciaient de prêter les mains à de nouveaux progrès de la puissance du pape aux dépens du pouvoir séculier ou des attributions des métropolitains. La décision qu'avait prise Nicolas dans l'aff'aire de Rothade, la
1. Pactum tusiacense, inscriptio, OC, t. II, p. i65 ; les Ann. Bert. 865, p. 7^, placent au milieu de février la rencontre des deux frères. Louis était accompaijné de ses fils. Les Ann. Fuld. placent à tort cette entrevue en septembre 864-
2. Adventii Epistola ad Nicolaam, B.vroxius, t. XV, p. 3, col. i. Certains auteurs ont rejeté « priori la convocation successive de deux conciles par le ])ape, et ont cru qu'il n'y en avait eu qu'une seule, faite en 864, celle dont parlent les Ann. Bert. 8G4, p. 73. En conséquence, et pour faire cadrer avec leur hypothèse la lettre d'Advence, ils ont proposé de lire dans celle-ci, au lieu de « junii », « novembris ». Le concile se serait donc ouvert le 19 octobre ; comme les Ann. Bert. disent « circa kalendas novembris », il n'y a pas contradiction. Mais Noorde.x, Hinktnar, p. ig'i et n. 4, et Hefele, Conciliengeschichte, t. IV, p. 280 et n. 2, qui ont soutenu cette opinion, n'ont pas remanjué qu'.A.dvence dit avoir reçu la lettre du pape des mains de Louis et de Charles. Or, en 864 les deux souverains ne se sont pas rencontrés ; c'est à Tusey, en février 805, qu'ils se sont revus pour la première fois depuis le congrès de Savonnières ; c'est donc à Tusey qu'ils ont remis à l'évèque de Metz la convocation pour le concile, et celle-ci ne concerne pas, naturellement, une assemblée déjà tenue en novembre ; il s'agit bien d'une nouvelle, qui devait se réunir en juin 805. H\uck, KG. D., t. II, p. 5ii et n. 0, Mûhlbagheh, Reg. Kar., p. 494, et Dummler, t. II, pp. 99-101 et ii5, se prononcent pour la convocation d'un deuxième concile et pour le maintien dans la lettre d'Advence de « junii » (.Mûhlbacher et Dummler lisent à tort « julii »).
3. NicoLAi Epistola ad Ludouicani et Knrolam, J. E. 2788, Mig.\e, t. CXIX, col. 922, Adv. £/>', Baromus, t. XV, p. 3, col. i.
4. NiGOLAi £'/J^ J. E. 2788, INIiG.NE, t. CXIX, col. 921. D'après celte lettre, ibid., col. 923, le concile devait tout au moins s'occuper de Lothaire.
5. Cela ressort de la lettre d'Advence, Baromus, t. XV, p. 3, col. i. Comme nous l'avons montré plus haut, n. i, c'est à Tusey que les deux souverains remirent la lettre pontificale à l'évè.jue de Metz.
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cassation de la sentence synodale ({ni avait déposé cet évoque, et sa restauration n'avaient pu manquer d'irriter Hincniar et son maître. Les deux rois tombèrent d'accord pour décliner l'invitation du pape.
La lettre qu'ils écrivirent ii Nicolas est aujourd'hui perdue, mais nous savons, par la réponse qu'ils reçurent de lui, quels j)réte.\tes ils avaient mis en avant pour justifier leur refus d'envoyer leurs évêques au concile de Home. Oux-ci, disaient-ils, étaient employés à combattre les Normands; puis, les temps étaient dil'ficiles, le voyage dangereux'. Pas un mot, on le voit, des véritables motifs qui faisaient agir Louis et Charles. Dans l'entourage des rois on fut moins prudent, et certains prélats ne se gênèrent pas ])our déclarer tout haut que leurs maîtres n'avaient nul besoin d'envoyer leurs évêques a Rome. Ces propos revinrent aux oreilles de Nicolas, qui ne manqua pas de les relever dans sa réponse aux rois de France et de Germanie ^. 11 se rendit facilement compte que les raisons alléguées par Louis et Charles n'étaient que des défaites, et il ne put s'enq)êcher de montrer combien peu elles étaient sérieuses 5. Pour atténuer d'autre part le mauvais effet du refus qu'ils opposaient à la demande du pape, les deux souverains avaient soin de parler à ce dernier des efforts qu'ils faisaient pour ramener au bien leur neveu; ils avaient l'intention, lui annonçaient-ils, de se réunir en juin vers la Saint-Jean, pour rappeler à l'ordre Lothaire s'il ne s'était pas encore soumis ■♦.
Ils n'annonçaient en effet rien qui ne fût l'expression de la véi^ité : le capitulaire de Tusey et les Annales de Saint-Bertin en font foi. Le capitulaire, dont les cinq premiers articles ne font que reproduire des dispositions précédemment arrêtées à Meerssen ou à Coblenz, et sur lesquelles il est inutile de s'arrêter), se termine par un long chapitre consacré tout entier à Lothaire. « Vous savez, disent les deux rois, ce que notre neveu Lothaire a fait et fait encore, entraîné qu'il a été par sa jeunesse, ainsi que par l'approbation, les conseils et la complaisance d'hommes inconsidérés, qui auraient dû lui donner de bons avis : il a désobéi à cette loi que Dieu a donnée aux premiers hommes dans le premier paradis, et qu'il a renouvelée dans l'Evangile, quand il est venu vivre parmi les hommes, loi qui oblige tous ceux qui recourent au mariage. Cette désobéissance k la loi a jeté le trouble dans l'Église, causé la déposition de
1. J. E. 2788, MiGNE, t, GXIX, col. 922. Les deux souverains, seinble-l-il, avaient exprimé la crainte que renij)ereur n'ernpèchdt leurs évè(|ues de paivenir jusciu'à Rome. Advence, lui, s'excuse sur sa mauvaise santé i>our ne pas venir, Bakomus, t. XV, p. 3, col. i. Nous ne savons ce (^l'avaient répondu au pape les autres prélats de la Lorraine, mais Nicolas, dans sa réponse à Louis el à (^liarles, se ])lainl cpi'ils ne soient pas vernis : ils n'avaient pas à craindre, dit-il, (jne l'empereur, frère de leur souverain, leur interdît l'accès de l'Italie ; ils ont pris prétexte, pour s'abstenir, de ce que leurs collèipies Trani^ais et allemands ne se rendaient pas à Kome (J. E. 2788, Mig.ne, t. CXIX, col. yaS).