LOUIS ET CHARLES INVITENT LOTHAIRE A SE REFORMER
prêtres, et, comme un mal contagieux, fait des ravages dans le peuple chrétien. Aussi, puisque Dieu a dit : « Tu chériras ton prochain comme « toi-même », puisque, selon la parole de l'Ecriture, Lothaire est l'os de nos os, la chair de notre chair, puisqu'il n'y a qu'une seule Eglise confiée à ses soins et aux nôtres, qu'un seul peuple, qu'une seule communauté chrétienne, nous avons décidé de lui envoyer nos ambassadeurs pour lui conseiller ce qu'il doit faire en vue d'être sauvé devant Dieu et honoré devant le siècle, d'assurer la tranquillité à l'Eglise et au royaume dont le salut lui est confié, enfin de donner au peuple la sécurité, le bienfait des lois, de la justice et de la paix '. — Gomme il nous a député des ambassadeurs pour nous demander conseil, nous avons chargé les nôtres de lui transmettre nos avis amicaux et nos intentions à son égard, qui sont tels que nous venons de vous les communiquer ^. »
Assurément ce langage n'avait rien d'agressif ni de menaçant à l'égard de Lothaire, rien non plus d'outrageant ni d'injurieux : les termes de cette déclaration avaient été pesés, calculés, pour ne pas froisser la susceptibilité du jeune roi. Il semblerait, à entendre Louis et Charles, que le seul intérêt de l'Église et de l'État, de la religion et de la morale dictât leur conduite à l'égard de Lothaire. N'obéissaient-ils vraiment à aucun sentiment égoïste? Ils voulaient, nous l'avons dit, prévenir et rendre inutile l'intervention du pape ; songeaient-ils en outre à dépouiller leur neveu pour le cas où il refuserait de suivre leurs conseils ? Charles le Chauve convoitait le royaume de Lothaire, mais il ne pouvait ni le prendre en entier, car Louis le Germanique n'y aurait jamais consenti, jii même en annexer une partie à ses États sans le consentement de son frère. Essaya-t-il de gagner Louis à ses vues en lui promettant la moitié orientale du royaume de leur neveu ? Le capitulaire de Tusey ainsi que les Annales de Saint-Bertin et de Fulda sont muets sur cette question, mais cela ne prouve pas qu'elle n'ait pas été abordée. Lothaire fut convaincu que l'intention secrète de ses oncles était de le dépouiller 3.
Ceux-ci lui avaient député comme ambassadeurs deux évêques, Altfrid d'Hildesheim et Erchanraus de Châlons. Ces prélats étaient chargés par leurs maîtres d'inviter en leur nom Lothaire à se soumettre aux ordres du pape, à réparer les fautes qu'il avait commises contre les lois divines et humaines, et à faire cesser le scandale qu'il avait causé dans l'Eglise. Alors seulement, et après avoir mis en ordre les affaires de son royaume, il pourrait, s'il le jugeait bon, accomplir le projet dont il avait parlé, de se rendre à Rome pour y obtenir son pardon +. Les deux prélats étaient sans doute porteurs d'une lettre où Louis et Charles avaient développé les idées que les Annales Bertiniani se contentent d'indiquer