‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 278 sur 764 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'affaire du divorce (^Jîti)- — Lothaire II fait de nouveaux efforts auprès de Nicolas I^"^, puis d'Adrien II, pour obtenir la dissolution de son union avec Theutberge (866-869). — Voyage en Italie et mort de Lothaire II (8O9).

Malgré sa défaite et les déboires qui l'avaient précédée, malgré les dangers qu'il avait courus, Lothaire n'était ni corrigé de sa passion, ni résigné a garder Theutberge. Il n'avait pas renoncé à faire de Waldrade sa femme légitime, de Hugues l'héritier de son trône. Waldrade régnait toujours sur le cœur de son amant. La crainte d'être excommunié par le pape avait bien été capable de faire plier Lothaire, de lui arracher un acquiescement aux exigences de Nicolas ; mais sa soumission n'était qu'apparente. Nous allons le voir, dès l'année 866, reprendre ses projets, et tout mettre en œuvre pour obtenir le consentement de Nicolas d'abord, puis d'Adrien II ; il se servira de Theutberge elle-même, de son frère, de Louis le Germanique, il ira jusqu'à essayer de gagner Charles le Chauve. Avec Nicolas, il était certain d'échouer, et l'on ne comprend pas qu'il ait cherché à le faire revenir sur sa décision première. Adrien II n'avait ni la fermeté, ni l'énergie de son prédécesseur; pourtant, quelque modéré et conciliant qu'il se montrât, il n'est pas certain qu'il eût fini par céder aux instances de Lothaire.

Ce prince n'avait pas non plus perdu l'espoir de faire remonter Gunther et Theutgaud sur leurs sièges, quoique cette affaire n'eût pas pour lui le même intérêt que l'autre, mais la question attendait encore, lorsqu'il mourut, une solution défînive. Adrien II penchait pour la clémence, seulement ce n'était pas lui qui devait se prononcer en dernier ressort ; il avait réservé à un concile le soin d'examiner cette affaire et celle des mariages de Lothaire. Le jeune roi étant mort subitement, le concile ne se réunit pas ; nous ne savons donc pas si Lothaire aurait fini par faire triompher ses prétentions.

Lothaire ne s'était réconcilié que pour la forme avec Theutberge. Toutefois, tant qu'Arsène ne fut pas retourné en Italie, les apparences furent sauvegardées, on peut le croire. Theutberge avait, dans l'éloignement de Waldrade, emmenée par le légat, une garantie, non de l'amour, mais de la fidélité de Lothaire ; elle n'avait plus à craindre les pièges ni les embûches de sa rivale. Malheureusement pour elle, Waldrade devait revenir promptement dans les États de son amant. Elle accompagna Arsène jusqu'à Pavie ; là, elle refusa d'aller plus loin, et, avec la connivence des fonctionnaires de l'empereur, elle regagna la

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Lorraine '. EufjeltriHle lui avait auparavant iloiiué l'exemple ; h Augsli()ui(|, elle s'était, sous uu prétexte ([uelcouiiue, sé[)ai'ée d'Arsène, lui promettant de revenir, mais, au lieu de le faire, elle était retournée en Francia ^.

C'est probablement vers ia fin de 805 que Waldrade avait faussé compagnie an légat. (]elui-ci rendit compte au pape de l'événement, et Nicolas résolut de frapper un grand coup. Le 2 février 800, il fulmina contre La concubine de Lothaire une sentence d'excommunication, qu'il eut soin de notifier à tous les évêques des royaumes francs?. Mais ses lettres ne parvinrent pas à destination, ou du moins ne furent pas considérées comme autlienticiues. On ne tint donc aucun compte de la sentence pontificale, et Waldrade put librement rentrer en Lorraine, où elle recommen(;a ses intrigues. Elle recherchait, paraît-il, les endroits où elle avait chance de rencontrer Lothaire, et si elle n'avait peut-être pas renoué avec ce prince des relations intimes, elle jouissait auprès de lui d'un grand crédit ; on disait même qu'elle complotait la mort de Theutberge. Tels étaient les bruits qui vinrent jusqu'aux oreilles du pape, et qu'il raj)porte dans une de ses lettres ■♦.

D'autres faits étaient de nature îi augmenter les inquiétudes de la reine. Un de ses ennemis, le principal artisan des menées dont elle avait été la victime, Gunther, un moment disgracié, rentrait en faveur auprès de son maître. En 8G4, Lothaire avait donné h son cousin germain, Hugues, l'administration du diocèse de Cologne. D'après les Annales Xantenses, Hugues se serait conduit comme un loup ravisseur, il aurait même commis plusieurs meurtres >. Ses violences indisposèrent-elles Lothaire contre lui ? Nous ne savons, mais au début de 800 le roi retira à son cousin l'archevêché de Cologne pour le donner, à titre provisoire.

1. Lettres de Nicolas aux prélats d'Italie, de Gerinaiiie, de Neiistrie et des Gaules du i3 juin 806, aux évèques lorrains du aS janvier 867, enfin à Louis le Gerniani(iue du 3o octobre 8G7 (J. E. 2808, 2871 et 2884, -Migne, t. GXIX, coll. 972, ii3y et 117O. Ek.xouf, Histoire de Waldrade, p. 23, se demande si Arsène ne favorisa pas la fuite de Waldrade.

2. Arsknh E/)istola, M.vnsi, t. XV, col. 327 ; cf. Rkginon, (Uironicon 8()(), p. 80, qui a reproduit partielleuient la lettre du légat, (^clui-ci écrivit aux évêques de Gaule et de Germanie pour leur nolilier ([u'il avait renouvelé contre la fufjitivc l'exconinumication dont elle avait déjà été antérieurement fraiipée (IMansi, t. XV, coll. 326-327). Ce n'est ])as dans les États de Lothaire, k ce cpi'il semble, mais dans ceux de Louis le Germani(iue, (pie cette fois Engeltrude trouva un asile, car dans une lettre écrite il ce dernier prince, le 7 mars 867, Nicolas l'invite à contraindre Encjeltrude j\ faire sa soumission ; celle-ci devait donc se trouver dans la F'rance orientale (J. E. 287/1, Mig.nk, t. GXIX, col. iiâi).

3. Cette première notification, anjourd'Inii |)erdue, est rappelée dans les suivantes du i3 juin 866 et du 2.') janvier 867 (J. E. 2808 et 3871, Mui.NK, t. ('XI.\, coll. 972-973 et ii3(j-ii4o ; Ann. Fald. 867, p. 6(5; tlian.NON, (Uironicon 8(')(), p. 87). Les Ann. Fiild. disent (pie Lothaire renoua secrètement avec Waldrade. l^a Translalio S. ISlodesindis, oh. 28 (SS., t. XXIV^, ]). 507, note), ])lace aussitiU après la ih-position de (îunther et de Theulqaud rexconnmmicatioii ilr Waldrade, à lai[ii('ll(' ci- iku'umcnt joint celle de Lothaire lui-même.

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