‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 280 sur 764 · Ann. Bert. 866, p. 8i · texte numérisé non relu

Ann. Bert. 866, p. 8i

!\. Ibidem.

5. Willibert, le futur archcvègue de Cologne, était du nombre, comme le prouve la note où Gunther prie un correspondant inconnu de faire copier par Willibert et par d'autres clercs de Cologne les actes du concile de Pavie (H.vrtzheim, Concilia Gernianiie, t. II, p. 333). La rentrée solennelle de Gunther à Cologne, dont parlent les Ann. Xant. 867 (SS., t. II, p. 232) ne se rapporte certainement pas à 866, comme le croit à tort Muhlba- CHER, Beff. Kar., p. 496, mais vraisemblablement à 86g, car c'est seulement lors du voyage ([u'il fit en Italie avec Lothaire II que le pape Adrien lui concéda la communion laïque, mentionnée par les Ann. Xant. antérieurement au retour triomphal de l'archevêque déposé dans la ville de Cologne.

288 Llî RÈGNi: Di: LOTlIAIUi: II (8r)5-8()<j).

lie l'église de (lologue, et leiii' en avait ahaiidoiiiié la lihre dis[)().sitioii. C'était (loiiiier aux cliauoiiuvs ou aux uioines de ces collégiales ou de ces abljayes uue graude indépendance vis-à-vis de rai'clievè(jue. Mais, pour conserver son autorité, (îiuither avait besoin de ménager le clergé, et l'on s'explique les concessions ini[)ortantes (pi'il lui faisait. Ses dispositions il'ailleurs avaient obtenu rapprol)alion des chanoines de la cathédrale et des nobles laïcs, probablement de ceux qui détenaient en [)récaire des domaines de l'église de Cologne. Lothaire confirma ces arrangements', l^lusieurs points sont à relever dans ce diplôme. Il n'y est pas question de Hugues, ([ui évidemment n'avait plus l'administration de l'évêché, mais pas davantage non plus d'Hilduin. Gunthcr seul est nommé dans l'acte, et il y est (jualifié de vene/'aùilis Agrlppinensis ecclesiœ gubernator et pias rector. Lothaire n'ose pas le traiter d'archevêque, mais les titres qu'il donne à Gunther n'en constituent pas moins une protestation indirecte contre la sentence qui avait frappé le prélat, et si le pape avait eu sous les yeux le diplôme du roi, il aurait certainement protesté contre les expressions qui y étaient employées, aussi bien que contre les dispositions mêmes de l'acte, et l'illégalité qu'avait commise Gunther en les prenant : étant déposé, il n'avait plus le droit de rien décider à Cologne. L'ex-archevèque et le roi se mettaient ainsi en opposition formelle avec les ordres du Souverain Pontife. A peine tiré du danger, Lothaire revenait à ses anciens errements.

Le diplôme que nous venons d'analyser et un autre, rendu deux jours plus tard en faveur de Theutberge, nous renseignent en outre sur les intentions du roi à l'égard de Theutberge et de Waldrade, bien qu'aucun des deux documents ne nomme cette dernière. Si Lothaire a confirmé les dispositions de Gunther, c'est afin que les chanoines prient pour le repos de l'àme de ses pai^ents, mais aussi pro nostra seii prolis nostre stabilitate. Ainsi, il n'a pas perdu l'espoir de léguer son rovaume à Hugues, par conséquent de légitimer son bâtard par un mariage conclu avec Waldrade. D'autre part, dans la donation ([ue lui fait son mari, Theutberge est traitée de dilectissima nostra, mais on ne lui donne pas le titre d'épouse-. L'omission de ce terme est significative et ne laisse aucun doute sur les sentiments de Lothaire. Il ne considérait pas Theutberge connue sa femme, et il allait reprendre sa canq)agne pour lui faire perdre définitivement ce titre et le faire attribuer à Waldrade.

Des alliés lui étaient nécessaires. 11 pouvait toujours compter sur l'empereur, et, pour entretenir Louis dans des sentiments amicaux à son

1. B. M. 1273, Ennen et Eckertz, Quellen sur Gescfuc/ite dev Stadt Kirln, t. 1, p. 447- Willibert devait, en 878, conUriner les dispositions de son prédécesseur.

2. Par ce diplôme, rendu à Aix-la-Chapelle le 17 janvier 8(')0, Lothaire concède i\ Theulbcrije vinijt et une villiv dans les jxuji de tîrenohle, île Hellev (et non de lîeanne, connue le snppos<> à tort IMûuLnAcnKK, lli'(j. Kar., p. /|(jt)), de Manrieune, de Genève, de Lausaiwie, de Lyon et dans les p(i</i Aintiiis et Sruding (B. ftL 1274, H. II. /"?'., t. VIII, p. /|i:!). On \()it par ce docunn-nt (pie Lothaire II avait conservé des jiropriélés dans des /KKji qu'il avait i'(''(lés !i ses Iri-i'es ; il avait donné celui de Belley ù Ciiarles en 8r)8 et ceu.v lie Licnéve et de Lausanne à Louis l'aïuiée suivante.

LOTHAIRE s'allie A CHARLES LE CHAUVE (866). 289

égard, on voit Lothaire faire don à son frère d'un domaine de l'église de Liège situé en Italie'. Mais le concours de Louis II ne lui suffisait pas, il lui fallait encore celui de ses oncles, ou tout au moins de l'un d'entre eux. Il avait eu, de 860 jusqu'à 864, l'appui de Louis le Germanique, qui ne lui avait été d'ailleurs que médiocrement utile. Le roi d'Allemagne n'avait pas préservé son neveu de l'humiliation que Charles le Chauve prétendait lui infliger à Savonnières, il ne l'avait pas soutenu contre le pape, et finalement l'avait abandonné pour se joindre à Charles contre lui. Lothaire avait donc quelque raison de lui en vouloir. Il aima mieux se tourner du côté de Charles, son ennemi persévérant de 860 à 8G5, le protecteur intéressé de Theutberge et d'Hubert. Si Lothaire arrivait à désarmer l'hostilité du roi de France contre son mariage avec Waldrade, il aurait des chances de réussir, Louis le Germanique devant probablement rester neutre.

Lothaire s'était réconcilié avec Charles en 865, un peu après que Theutberge lui eut été rendue. Mais, si le légat avait pu sans trop de peine rétablir la concorde entre les deux princes, étant donné que Lothaire reprenait sa femme, il était beaucoup plus malaisé à ce dernier d'obtenir de son oncle qu'il consentît à favoriser des projets qu'il avait toujours combattus. Charles le Chauve voulait que Theutberge restât la femme de Lotliaire, parce qu'elle ne lui avait pas donné d'enfant ; Waldrade, au contraire, ayant eu de Lothaire un fils et deux filles, il n'entendait pas qu'elle épousât son amant. Le but du roi de France était, nous l'avons déjà dit, d'empêcher son neveu d'avoir des héritiers légitimes issus de lui, afin de pouvoir un jour recueillir sa succession. Comment vaincre une opposition fondée sur de pareils motifs ? Quelque ardue que fût l'entreprise, Lothaire crut devoir la tenter. Il demanda une entrevue à son oncle, qui l'accepta. Les deux rois se rencontrèrent à la fin de juillet ou au commencement d'août dans la villa à'Orti-Vinese qui dépendait de l'abbaye française de Saint-Quentin ; elle se trouvait probablement dans

I. B. M. 1276, MuRATORi, Antiqiiifates Italiœ, t. VI, co!. 3i et 82. C'est à Lens que cet acte fut rendu, le 17 mai 8 J6 ; s'agit-il du chef-lieu de canton de ce nom dans le Pasde-Calais, arrondissement de Béthunc ? Ce Lens faisait partie du royaume de Charles le Chauve. Il faudrait peut-être identifier le palais oii Lothaire se trouvait le 17 mai avec un des quatre Lens de la Belgique, dont trois appartiennent à la province de Liège et un au Hainaut ; tous quatre étaient situés dans les États de Lothaire. Après avoir séjourné en janvier à Aix-la-Chapelle (B. M. 1278 et 1274), et avant de venir à Lens, Lothaire était allé en Alsace dans le courant de mars. Le 19 de ce mois on le trouve à Marlenheim (Basse-Alsace, Strasbourg, Wasselonne). Là, sur la prière du comte Hugues, fils de feu son oncle Liutfrid , il confirme à l'abbaye de Moutiers-Graaval le prieuré de Vermes et différents domaines dans le comitatiis Pipincensis, le pngiis Sornegaudiensis, VAlsgaugensis et en Alsace (B. ^L 1270, Trouill.vt, Monuments de l'ancien éuêché de Bàle, t. I, p. 112). — A propos de Marlenheim, rappelons que la Vita S. Deia li, ch. i3 (SS., t. XV, p. 678), place dans cette localité la résidence de Lothaire et de Waldrade pendant la période qui précéda et suivit leur union. Puis, quand le roi n'osa plus vivre avec sa maîtresse au palais de Marlenheim, il lui donna l'abbaye de Lure (SS., t. XV, p. 678). Nous avons pour cette dernière abbaye un diplôme faux au nom d'un roi Lothaire (B. M. 1271, ViELLARD, Documents et mémoires pour servir à l'histoire du territoire de Belfort, pp. 82-83).

290 LE RÈGNE DE LOTIIAIRE II (855-8G(j).

le rovaume île Charles, mais près île la frontière'. Hincmar mentionne l'entrevue, mais sans dire quelles questions y furent traitées, quels arrangements y furent pris. C'est une lettre du pape qui nous fournit les renseignements que ne donnent pas les Annales rédigées par l'archevêque de Keims. Nous apprenons par cette lettre que Lothaire était venu rendre visite h son oncle, dans le but d'obtenir son consentement au projet de divorce*. Hincmar, alors en froid avec son maître, n'était pas auprès de lui pour le détourner d'écouter les propositions de Lothaire'. Peut-être celui-ci avait-il gagné quelques-uns des conseillers de son oncle ■♦. Une chose est certaine, c'est qu'il acheta Charles lui-même : moyennant la cession de la grande abbaye Saint-Vaast d'Arras, le roi de France promit à son neveu d'abandonner Theutberge et de le laisser libre d'agir avec elle comme il lui plairait?. Allait-il jusqu'à lui permettre d'épouser Waldrade et de légitimer ainsi les enfants qu'il en avait eus ? C'eût été pour Charles renoncer à ses projets ambitieux, et le don de Saint-Vaast ne suffisait pas à compenser le sacrifice qu'il faisait de ses droits à la succession de Lothaire.

Assurément, le jeune roi avait lieu de se féliciter du succès de sa démarche. Mais l'opposition du roi de France écartée, il restait à vaincre celle du pape. Dans le courant de 866, Lothaire envoya successivement à Nicolas le comte Christian, puis le comte Walter ^. Nous ne savons

1. Ann. Berf. 866, p. 82. Ces annales placent le récit de l'entrevue entre une invasion normande, qui est de juillet, et le concile tenu en août à Soissons. Lothaire, que nous avons laissé à Lens le 17 mai (B. M. 1276), se trouvait le 12 juin dans une uilla Apsiacuin, qui doit peut-être s'identifler avec un des nombreux villages d'Essey que l'on rencontre en Haute-Lorraine. A cet endroit il confirma un privilège rendu par son père le 4 août 854 (B. I\I. ii33) en faveur du prieuré alsacien de Liepvre, qui dépendait de Saint- Denis (B. ^I. 1277, extrait dans Calmet, Notice de Lorraine, t. I, col. 645).

2. NicoLAi Epistola ad Karoliun Calinim, J. E. 2872, Mig.ne, t. GXIX, col. 1 143.

3. La façon dont Hi.ncmar parle de l'entrevue « ut dicebatur », indi(iue <]u'il n'y assislait pas. C'est sans le moindre fondement ([ue Gfrœrer, t. I, p. 486, attribue à l'influence d'Hincmar l'alliance conclue par Charles avec son neveu. Noorde>' pense avec plus de raison, o/>. laiid., p. 217, que le rapprochement de Charles et de Lotliaire amena la brouille du roi de France avec Hincmar.

4. DuMMLER, t. n, p. 234, croit qu'Hincmar de Laon avait employé en faveur de Lothaire l'influence dont il jouissait auprès du roi. Nous n'osons pas être aussi alTu-malif. Vers la fin de 868, en octobre ou novembre, Hincmar le Jeune écrivit au roi (pi'il allait quitter son rovaume, et l'on rapporta à Charles le Chauve (jue l'évèipie de Laon était en iiourparlers avec Lothaire, ([ui consentait à l'accueillir dans ses Etats et à lui donner des bénéfices {Liliellus e.rpostulationis, etc., ch. 4 et 16, Mig.ne, t. CXXVL col. 071 et 586). Mais cela prouve-t-il cpic deux ans auparavant Lothaire eût noué des intrigues avec le neveu de l'archevèciue de Heims ? En aucune façon.

5. Ann. Jievt. 866, p. 82. La lettre du pape à Charles le Chauve parle de la donation d'une abbaye, mais sans nommer celle-ci (J. E. 2872, Migne, t. CXIX, col. ii43). .-Vvant le mois de juin, Charles le Chauve avait enlevé à Engelvin l'abbaye Saint- .Miu-lin de Tours, pour la donner à Robert le Fort (Ann. Dert. 8()6, p. 81), mais cette mesure ne ]ieul être la consé(|uence de l'alliance conclue jiar (Charles le Chauve avec Lothaire, f/ue/ifut's mois plus tard. Nous trouvons cette opinion erronée dans MOhi.bac.iier, Het/. h'ar., ]). 4<j8, et dans Du.mmi.er, l. Il, p. i45, tpii font, nous l'avons vu, d'Engelvin un clia|)ilain de Theutberge, alors (pi'il l'était de Charles le Chauve.

6. .Nic.OLAi Kpislida ad rpiscopos in regno Lotknrii constitntos (J. E. 2871, Mu:nk, t. CXIX, col. ii4i).

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