LOTHAIRE ET CHARLES ENVOIENT UNE AMBASSADE AU PAPE (8G
rien de ia première ambassade ; nous parlerons tout à l'heure de la seconde. Entre les deux se place probablement le départ de Theutberge pour Rome. Lothaire avait pensé que le meilleur moyen de forcer le consentement du pape était de lui députer Theutberge elle-même. Si la reine priait Nicolas d'annuler son mariage et de la laisser entrer dans une abbaye, il accéderait sans doute à sa demande. Etant donné l'éloignement que lui témoignait son mari, l'affection qu'il avait conservée pour Waldrade, Theutberge, qui pouvait craindre que sa rivale ne se débarrassât d'elle par un meurtre, ne devait pas tenir beaucoup a continuer de vivre auprès de Lothaire. Ce prince n'eut probablement pas besoin de recourir à des violences pour amener sa femme à partager ses vues. Celle-ci se mit donc en route, mais elle ne tarda pas à être rappelée par Lothaire, qui avait changé d'avis '.
Le jeune roi, après le départ de Theutberge, était retourné auprès de Charles le Chauve, alors à Attigny avec sa femme Ermentrude. C'est vers la fin d'août, ou au début de septembre, que les deux souverains se rencontrèrent*. Charles présenta-l-il des observations à son neveu sur le voyage à Rome de Theutberge ? Nous l'ignorons, mais il fut décidé entre l'oncle et le neveu que Theutberge serait invitée à revenir sur ses pas'. A la place de la reine, Charles et Lothaire allaient faire partir des ambassadeurs chargés d'une mission confidentielle pour le pape 4; on peut supposer que l'annulation du mariage de Lothaire et de Theutberge en était le principal, sinon l'unique objet. Charles avait choisi, pour l'envoyer à Rome, l'archevêque de Sens, Eigil, jadis abbé de Prûm ; ce personnage avait assisté au premier concile d'Aix-la-Chapelle 5, puis, peu de temps après, il s'était retiré à l'abbaye de Flavigny, dans le royaume de Charles le Chauve, d'où ce prince l'avait tiré en 864, pour en faire un archevêque de Sens ^. Les ambassadeurs de Lothaire étaient Adon, archevêque de Vienne, et le comte Walter, un des principaux conseillers du jeune roi. Si celui-ci pouvait compter sur le dévouement et la fidélité de Walter 7, il n'avait pas eu la main heureuse en faisant choix d'Adon : la chronique et la correspondance de ce prélat nous montrent en lui un ennemi de
1. Ann. Bert. 866, p. 83. D'après Gfrœrer, 1. 1, p. 4i8, c'est Charles le Chauve, auprès de qui Theutbertje s'était réfugiée de nouveau, qui l'aurait fait partir pour Rome, afin qu'elle allât se plaindre au jiape de Lothaire. Une fois réconcilié avec son neveu, il aurait rappelé Theutberqe. Tout cela est de pure fantaisie. La tactique de Lothaire, dit Lapôtke, Hadrien II et les fausses décrétnles (R. Q. H., t. XXVII, p. 388), consiste maintenant à mettre sa femme en avant. (Il l'avait déjà suivie autrefois, alors qu'il obligeait Theutberge à s'accuser d'inceste.)