Sur Walt-^r, voir ci-dessus, p. i8a, n
292 LK KKCNE 1)K LdTIlAIHK If (Hr.f.-SCxj).
Lotliairo et un partisan de Cliarlcs le Cliauve '. Il n'est pas certain (|ii'A(lon soit allé ii Rome ; le pape, en edet, dans une lettre du 25 janvier 8G7, parle de W'alter, mais ne fait aucune mention de l'archevôque de Vienne *.
L'ambassade essuya un échec complet, comme il était d'ailleurs i'acile de s'y attendre. Il avait suffi ii Lothaire de céder Saint- Vaast à son oncle, pour que celui-ci abandonnât Theulborcje. Mais il restait h celle-ci un défenseur, que l'on ne pouvait ni aclieter, ni intimider, ni circonvenir, et ((ui ne revenait pas sur ses décisions, (|uand il les croyait justes : nous voulons parler du Souverain Pontife. Par malheur, Nicolas était trop éloigné, trop occupé, pour que sa protection put avoir toute l'efficacité voulue. Nous avons vu ([ue dès le 2 février il avait excommunié Waldrade. La sentence ne parvint pas à ses destinataires, ou ceux-ci n'en tinrent pas compte. Le pape en eut connaissance, ainsi que de la triste situation de Theutberge, des intrigues de Waldrade, de l'influence qu'elle avait reconquise sur son amant ; elle aurait même iTçu de lui des abbayes 3. En présence de pareils scandales, Nicolas crut devoir, pour la deuxième fois, notifier aux évêques l'excommunication dont il avait frappé Waldrade ; il les invitait k la publier et à secourir Theutberge. Cette lettre, écrite le i3 juin, arrivée probablement en France et en Lorraine à la fin de juillet, ou au début d'août, n'eut pas plus d'efl'et que la précédente ; on la tint pour nulle et non avenue. L'entente de Charles le Chauve et de son neveu portait ses fruits. Par crainte de Lothaire, ou pour lui complaire, certains évêques refusèrent de recevoir la lettre du pape, d'autres n'osèrent pas la publier. On fit même courir le bruit que Nicolas avait autorisé Waldrade k revenir en Gaule +.
Nous ignorons si le comte Walter rapporta k son maître une lettre du
1. Los Ipllrcs d'Adou ne nous sont pas parvenues, mais nons savons par les réponses qui y furent adressées ce ipi'elles contenaient. Voir en particulier les lettres d'Anastase le Bibliolhécaire (Ma.nsi, t. XV, coll. l^!:)^S-l^5l^) et d'Adrien II, J. E. 28y3 et 2907 (Micnk, I. CXXll, coll. lafh et layA)- Elles nous prouvent ([ue l'archevèipie île ^'ienne était un admirateur l'ervcnt de Nicolas I«''. Dans sa clironitiue, il adresse à Charles le Cliauve des éloges hyperbo!i(iues.
2. J. E. 2871, Mio.vK, t. CXIX, coi. I i/ji . — Est-ce le comte Christian ou le comte Walter, (jui aurait porté au pape une lettre non dat(;e de Lothaire, et (pii est conique en termes tellement vaçjues qu'il nous est impossible de dire en ([uelle année elle se place? Elle est postérieure ;\ la mission d'Arsène et antérieure à la mort de Nicolas, voilà tout ce <[ue l'on peul al'lirmer. Lothaire y exprime le désir de se rendre à Rome, il se plaint lonque- Mienl (le ses ennemis et de la faveur avec laquelle les écoule le Souverain Pontife. Si dans cetle Ici Ire Charles le Chauve est l'ail versairc contre leipiel récrimiiu> le jeune roi, elle ne peut être de 8()0, comme le su|i])ose il tort IMuulbai;iikh (lietj. Ktn:, pp. /|(j7-Ay8, n» 1378), pniscpi'ii ce moment Lothaire allait se réconcilier avec son oncle. Voir cette lettre dans H.viiOMUS, t. XV, ])p. 7-{j. Nicolas, écri\aril à Louis le (îermauiipie en octobre 8117, cite un passage de la Ici Ire de Lothaire, où U' jeiuie pi'ince dil ([ue le principal de ses ennemis est celui ipu; l'Écriture appi'lle « acinsator frairuui ». (U.vho.nuis, t. X\', p. y, col. i.)
!L Lettre écrite le ili juin par le (lape îi tous les évêques, .1. E. 38118, MuiNK, t. C.XI.X, coll. (J71-.J73. Nous avons vu ipie d'après la \'i'/(i S. Di-ivoli, ch. \'i, Lothaire aurait donne j"i Waldrade l'abbaye de Lure {SS., t. XV, p. (I78).
4. Voir lellres du paj»- aux ('!\éques lorrains et !i Charles le Chauve du a.'i janvier 8l>7 (J. E. ^.871 et 3872, iMui.M:, t. CXIX, coll. 11/10, ii/,i et ii/|C.j.
THEUTBERGE PRIE NICOLAS d'aNNULER SON MARIAGE (866). 298
pape, mais celui-ci l'avait invité à faire ses efforts auprès de Lothaire pour le détourner du mal. Nous le savons par une lettre postérieure de Nicolas aux évêques de ce prince '. Le mal, pour le pape, consistait évidemment à s'éloigner de Theutberge, k la persécuter, à vouloir se défaire d'elle pour épouser Waldrade. Walter put se convaincre que Nicolas se prononcerait contre tout projet destiné a rompre l'union de Lothaire et de Theutberge.
Lorsque Walter rapporta à son souverain les exhortations du pape et le mit au courant des dispositions où il était, Lothaire avait peut-être déjà tenté de nouveaux efforts pour se délivrer de Theutberge. Walter n'était parti pour Rome qu'en août ou en septembre, et à moins qu'il n'ait fait le voyage avec une très grande rapidité, il n'a dû revenir en Lorraine qu'en novembre ou en décembre, après la réunion du concile de Trêves. C'est en octobre-novembre que se tint ce concile. Lothaire avait essayé de reprendre un moyen qu'il avait employé autrefois avec succès : contraindre sa femme k s'accuser d'un crime et k demander le voile. Hincmar, qui nous apprend le fait, ne nous dit pas si c'était encore d'un inceste avec son frère que la reine devait se reconnaître coupable. Le roi avait convoqué k Trêves quelques évêques, nous ignorons lesquels, pour recevoir la confession de la reine et sa demande d'entrer en religion. La tentative échoua par la résistance de Theutberge, qui se refusa k faire ce que l'on exigeait d'elle^.
Lothaire obtint pourtant qu'elle écrivît au pape une lettre aujourd'hui perdue, mais que nous connaissons par la réponse de Nicolas. Theutberge déclarait qu'elle désirait, et cela sans y avoir été contrainte, renoncer au trône et k la couche de Lothaire. Les motifs de sa résolution étaient sa stérilité et la légitimité de la première union contractée par Lothaire avec Waldrade. Elle exprimait le désir d'aller k Rome se confesser au pape. Elle aurait même donné k entendre qu'elle se donnerait la mort si sa demande était repoussée '.
Il était facile de voir que cette lettre n'avait pas été écrite par Theutberge seule. La reine pouvait être sincère en exprimant le désir de s'enfermer dans une abbaye : elle avait été si malheureuse avec Lothaire, elle avait tant de chances de l'être encore dans l'avenir, qu'en vérité elle ne devait pas souhaiter vivre plus longtemps auprès de lui. Elle était probablement stérile, mais aurait-elle abordé ce sujet délicat, si on ne le lui avait pas ordonné ? Il est évident, d'autre part, que le passage où elle déclare Waldrade seule femme légitime de Lothaire lui a été dicté par ce prince ; jamais d'elle-même elle n'aurait plaidé la cause de sa rivale, d'une femme qu'elle devait profondément haïr.