‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 283 sur 764 · J. E. 2871, MiGXE, t. CXIX, col · texte numérisé non relu

J. E. 2871, MiGXE, t. CXIX, col

3. Nous ne connaissons la letire de Theutberge, aujourd'hui perdue, que par la réponse du pape à la reine cl par la lettre écrite en même temps à Lothaire, l'une et l'autre de janvier 867 (J. E. 2870 et 2873, Mig.xe, t. CXIX, coll. ii36 ii38, ii4'>ii5o).

294 LE RKGNE DE LOTHAIKE II (855-869).

Aussi le pape ne se (il-il aucune illusion, et il vit bien que la lettre de Theutberge émanait en réalité de Lothaire. En même temps que cette lettre, lui arrivaient des i)ruils sur les projets du roi à l'égard de sa femme. 11 se proposait, d'après ces on-dit, de réunir un nouveau concile et de l'obliger à y déclarer qu'elle n'était pas son épouse légitime. Si elle refusait de le faire, Lothaire la reconnaîtrait pour sa femme, mais il l'accu.serait d'adultère et, pour prouver le crime de Tlieutberge, demanderait le combat judiciaire ; si le champion de la reine succombait, il la ferait périr. Qu'y avait-il de vrai dans ces racontars ? Le pape les rapporte dans une lettre k Charles le Chauve, mais il n'en dit rien en écrivant à Lothaire, ce qui semble indiquer qu'il n'y ajoutait pas une foi entière'.

La lettre de Theutberge, l'alliance de Lothaire et de Charles suffisaient d'ailleurs à inquiéter et à mécontenter Nicolas. En faisant ramener Theutberge a son mari, et conduire Waldrade à Rome, il avait cru mettre fin à cette scandaleuse affaire : or, Waldrade était retournée en Lorraine, et Theutberge était persécutée par Lothaire, qui reprenait ses anciens projets, et s'assurait, pour les faire réussir, le concours du roi de France. 11 convenait de couper court à cette reprise de la campagne contre Theutberge, et d'enlever à Lothaire tout espoir de parvenir à ses fins. En janvier 8G7, il répondit à Theutberge, et il écrivit en même temps à Lothaire, à ses évêques et au roi de France ^. Remarquons qu'il adressa k Charles le Chauve une copie de la lettre destinée k Lothaire 3 ; celle-ci était en grande partie la reproduction de la lettre que recevait Theutberge.

La reine avait prétendu que c'était de son propre mouvement, sans y avoir été contrainte, qu'elle s'adressait au pape. Nicolas s'inscrivait en faux contre cette assertion : il reprochait à Lothaire d'avoir employé la violence pour faire écrire k sa femme la lettre qu'avait reçue le Souverain Pontife. Celui-ci savait k l'avance ce que contenait la lettre de la reine. Il était d'ailleurs au courant de la triste situation où se trouvait Theutberge, et des mauvais traitements qu'elle subissait. Le pape déclarait k Lothaire qu'à malmener Theutberge il encourrait sa colère. Il disait aux deux époux qu'ils étaient unis et qu'ils le resteraient, k moins de vouloir vivre tous deux dans la chasteté. Ils n'avaient pas eu d'enfant, mais il fallait peut-être imputer la stérilité de la reine a Lothaire et non k la nature. Nicolas relevait, sans même prendre la peine de la réfuter; l'assertion de Theutberge prétendant que Waldrade était la femme légitime de Lothaire. Jamais Waldrade ne pourrait épouser le roi, même si Theutberge venait k mourir. La reine avait exprimé le désir de se rendre a Rome : le pape le lui défendait, et il interdisait k son mari de la faire partir, en raison des embûches qui la menaç-aient au cours du voyage,

Page 1