‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 284 sur 764 · RÉPONSES DU PAPE A LOTHAIRE, A THEUTBERGE, ETC · texte numérisé non relu

RÉPONSES DU PAPE A LOTHAIRE, A THEUTBERGE, ETC

et à cause de Waldrade qui se trouvait en Lorraine. Que Lothaire donnât d'abord à Theutberge des garanties pour sa sécurité, qu'il commençât par envoyer Waldrade à Rome, alors seulement la reine pourrait se rendre auprès du pape. Nicolas exhortait Theutberge à reprendre courage et k lutter, lui promettant l'appui de l'Eglise ; d'autre part, il invitait Lothaire à aimer sa femme et à s'abstenir de tout commerce avec Waldrade, que lui, Nicolas, avait excommuniée '.

Les évêques de Lothaire recevaient de vifs reproches sur leur négligence et leur indifférence. Le pape leur avait déjà notifié deux fois l'excommunication dont il avait frappé Waldrade ; il leur donnait un troisième avertissement, les priait de montrer sa lettre et de faire connaître la sentence qu'il avait portée contre Waldrade. En outre, il leur demandait de lui faire savoir si Lothaire, se conformant au serment qu'il avait prêté devant le légat, traitait Theutberge en épouse et en reine. Autant que possible, les renseignements devaient lui être adressés par des messagers convenables ; s'ils n'en avaient pas à leur disposition, ils s'arrangeraient, comme ils pourraient, pour lui faire parvenir leurs lettres. Exception était faite pour l'évêque de Verdun, à qui le pape enjoignait de lui envoyer un de ses clercs'.

Nicolas exprimait à Charles le Chauve la surprise et le chagrin qu'il avait éprouvés en apprenant sa conduite : lui, le défenseur de Theutberge, il avait abandonné sa protégée pour une abbaye que lui avait cédée Lothaire ! Le pape invitait le roi de France k reprendre ses anciennes dispositions vis-k-vis de la reine. Il mentionnait ensuite le bruit d'après lequel Lothaire se proposait de réunir un concile pour juger Theutberge, et il déclarait que l'affaire ayant été portée k son tribunal par les deux parties, personne n'avait plus le droit de s'en occuper. Il condamnait la pratique du duel judiciaire, k laquelle Lothaire était censé devoir recourir. Il faisait ressortir la contradiction que présentaient les projets attribués k Lothaire, de se refuser d'abord k reconnaître Theutberge pour sa femme, puis de l'accuser d'adultère. De plus, pour qu'un jugement dans cette affaire eût de la valeur, il faudrait que la reine fût libre, maîtresse d'elle-même, et ne se trouvât pas dans la dépendance étroite d'un mari, qui pouvait faire d'elle ce qu'il voulait 3.

La plupart des observations du pape étaient justes, ses reproches fondés ; il avait le droit de rappeler Lothaire au respect de ses engagements, de chercher k lui enlever l'espoir d'épouser jamais Waldrade, de l'inviter k bien traiter sa femme. Mais, d'autre part, il avait tort de demander aux évêques de Lothaire des rapports sur la conduite de leur maître : c'était les inviter k jouer le rôle d'espions. Nicolas commettait une faute plus grave en adressant au roi de France copie de sa lettre k Lothaire et en le chargeant de faire parvenir k son neveu les lettres

I. J. E. 2870 et 2873, iMiG.NE, t. CXIX, coll. ii36-ii38 et ii46-ii5o. a. J. E. 2871, MiG.NE, t. CXIX, coll. 1139-1142. 3. J. E. 2872, MiGNE, t. CXIX. coll. 1142-1146.

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