J. E. 288O, Mui.NK, I. CXIX, coll. 11G
4. Nous ne possédons [(lus ([ii'tiii l'raijinciit de celte lettre, rap|>orlé |)ar Louis le Gei^ m.uiique et par Gunllier dans leurs lettres à Adri<-n H (H. M. l!^'^S, Fi.oss, PupstuHild unler tien Oltonen, Urkuiuleii, pp. 8(> el 72).
Nicolas, la chose est !\ relever, ne prétend eu aucune i'aeou désiipier lui-un\ne les arcli<'vè(iues Ai' Tri;ves el de Goloyno, il respecte les ili'oils des électeurs, mais il se n'serve le droil de contrôler li-s cli )ix (pi'ils auront faits. Sur les préivijalives des |>apes en uialiere d'ilectiuuS t'pisc'opales, consuller Imiiuit \w. i.a Tock, op. cit., di. 8, |vp. i3/|-ir>3.
RÉPONSES DE NICOLAS ; SA iMORT (867). — - ADRIEN II. 3o5
En 864, alors qu'il songeait à convoquer un concile général, peut-être le Souverain Pontife n'avait-il pas irrévocablement pris le parti de maintenir la sentence dont il avait frappé Gunther et Theutgaud. Depuis lors, toute hésitation avait disparu dans son esprit, et il avait penché dans le sens de la rigueur. Si, à l'égard de Gunther, son inflexibilité pouvait paraître justifiée, il n'en était pas de même en ce qui concernait Theutgaud, beaucoup moins coupable que son collègue. En se montrant sévère pour Gunther et miséricordieux pour Theutgaud, Nicolas aurait montré qu'il savait faire la différence d'un meneur à une dupe. L'archevêque de Trêves méritait un châtiment, mais sa punition avait assez duré : il était temps que l'heure de la clémence sonnât pour lui.
Les instructions du pape relatives soit à Waldrade, soit aux métropolitains, ne devaient pas être plus suivies que les précédentes. Il allait en effet bientôt disparaître de la scène du monde, et en même temps s'évanouissait la crainte qu'il inspirait, crainte qui était assez forte pour contraindre en fin de compte Lothaire à l'obéissance. La dernière lettre de Nicolas à ce prince était du 7 octobre, celles adressées à Louis le Germanique et aux prélats allemands, du 3o. Le i3 novembre, le pape avait cessé de vivre '. Nous avons, à différentes reprises, apprécié assez longuement son caractère, ses projets et ses actes pour que nous n'ayons pas besoin maintenant de nous étendre longuement sur ce sujet. Ses intentions étaient droites, il avait l'amour de la vérité, de la justice, de la vertu, qu'il désirait voir régner dans l'Eglise et dans l'Etat ; les désordres dont il était le témoin l'ont amené à intervenir dans des affaires dont ses prédécesseurs ne s'étaient pas occupés, à se constituer l'arbitre et le juge des souverains et des hauts dignitaires ecclésiastiques. Mais s'il était courageux et énergique, il était inflexible, cassant, autoritaire, il n'avait pas suffisamment le respect des règles établies, enfin il manquait de tact et de mesure. Dans ses démêlés avec Lothaire, il avait raison sur le fond, seulement, il se donna le tort de recourir contre ce prince à des procédés irréguliers et incorrects. Il n'entendait en aucune façon favoriser les convoitises de Charles le Chauve, nous en sommes convaincu, mais il facilitait la tâche de ce prince ambitieux, en le priant d'intervenir dans les affaires de son neveu*.
Nicolas I" allait avoir pour successeur un homme qui, à beaucoup d'égards, formait avec lui le plus frappant contraste. Adrien II, prêtre du titre de Saint-Marc, qui fut élu à la place de Nicolas quelques jours après la mort de ce dernier 3, n'avait ni la hauteur de vues, ni la netteté de coup d'œil, ni l'énergie, ni les façons un peu despotiques et cassantes de son prédécesseur. Nicolas avait des ennemis dans le clergé de Rome ;
1. Sur la date de la mort de Nicolas I^"^, voir Jaffé-Ewald, Reg. pont, rom., 1. 1, p. 867.
2. Il est absolument faux que Nicolas ait eu recours à des documents falsifiés et à des superclieries pour arriver au but qu'il se proposait d'atteindre. Dummler, t. II, p. 216, en hasardant cette appréciation risquée, a simplement prouvé qu'il n'avait pas compris le vrai caractère de Nicolas.
3. Ann. Bert. 867, p. 90; Vita Hadviani, Lib. pont., t. II, pp. 178 et suiv.
,'k)6 LE RKdNE DE LOTIIAIRE II (SSS-RGfj).
nous ne savons si AiliitM» avait été du noinlire, mais il semble (ju'il ait été choisi par le parti hostile à Nicolas, parti qui avait l'appui de l'empereur'. Adrien n'allait pas, comme le crai()naient les amis et les adhérents du pape défunt, détruire son œuvre, casser les décisions qu'il avait prises^; toutefois, son mancpie de fermeté, son caractère conciliant, son désir de ne pas déplaire à Louis II, dont il était la créature, devaient l'entraîner à fajre des concessions, peu importantes, il est vrai, mais qui semblaient en annoncer d'autres '. L'excommunication de Waldrade allait être levée, les métropolitains déposés purent espérer leur restauration, et quand Lothaire mourut, il entrevoyait le moment où ses plus chers désirs seraient enfin réalisés.
Il suffit de la nouvelle que Nicolas était mort ou îi l'agonie, pour faire renaître l'espérance dans le cœur de Lothaire et des archevêques déposés, et pour les décider, le premier à envoyer à Rome Theutberge, les deux autres à s'y rendre en personne, (l'est Arsène, le légat chargé, en 805, de ramener Theutberge à son mari, qui fit dire à Gunther et à Theutgaud de venir à Rome, leur promettant qu'il obtiendrait du nouveau pape leur pardon et la restitution de leurs sièges*. D'après les Annales Bertiniani, qui rapportent le fait, l'invitation d'Arsène se placerait après la mort de Nicolas ; la chose est difficile à admettre, si les deux métropolitains se trouvaient alors en Lorraine. Nicolas mourut le i3 novembre, et le i4 décembre Theutgaud assistait à la consécration d'Adrien II 5; en un mois Theutgaud aurait donc reçu le message d'Arsène et fait le trajet de Lorraine à Rome. Une pareille célérité est d'autant moins croyable qu'à cette époque de l'année les passages des Alpes sont encombrés de neige, et la circulation difficile et lente. Alors, de deux choses l'une : ou Gunther et Theutgaud se trouvaient en Italie quand mourut Nicolas I*'', ou bien Arsène, voyant le pape gravement malade, et supposant qu'il n'avait plus longtemps à vivre, n'aura pas attendu son décès pour appeler à Rome les deux prélats^. Arsène se fit donner par
1. NooRDEN, Hinkinav, p. 2.37, croit que c'est Louis qui avait fait élire Adrien, et Lapôtre, Hadrien II et les fausses décrétales (/?. Q. //., t. XXVII, p. 896), estime que le successeur de Nicolas a été soutenu par le parti impérial.
2. Nous avons une preuve de ces craintes dans la lettre d'Anastase à Adon de Vienne (Ma.nsi, t. XV, col. 453-454) et dans celle d'Adrien II au même archevêque du 8 mai 808 (J. E. 2907, MiG.NE, t. CXXII, coll. i274-i27()). La Vita Iladviani (Lib. pont., t. Il, p. 176) y fait allusion. Voir le travail déjà cité de Lapôïre, pp. 3(j7 et suiv.
3. Sur le caractère et les projets d'Adrien, consulter Lapôtre, pp. 892 et suiv.
4. Ann. Bert. 867, p. 90. D'après Gfrœrer, t. II, p. 5, Lothaire avait acheté Arsène à prix d'argent pour cpie l'ancien léijat IravaillAt on faveur du divorce ainsi que de la restauration des métro|iolilaiMs déposés. El si Élcutlière, fils d'Arsène, enlève la l'eunne et la lille d'Adrien, c'est à l'iusli(|atiou de son père, cpii espérait tenir de celte l"a(^on le pape à sa merci et le contraindre d'approuver les projets matrimoniaux de Lothaire. La mort d'Arsène empêcha ce plan de réussir (ihid., p. 7). Ce sont là des fantaisies échafaudées en l'air.